TOME IV
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la cour de Rome et leurs enfants légitimés. La cour, de son côté , ne se fit faute des biens ecclésiastiques.
« Son règne ( de Charles IX ) a aussi esté » taché d'avoir esté soubs lui les ecclésiastiques » fort vexez, tant de lui que des huguenots : les » huguenots les avoient persécutez de meurtres , » massacres, et expolié leurs églises de leurs » sainctes reliques; et lui avoir exigé de grandes » décimes, et aliéné et vendu le fonds et tem- » pore! de l'Eglise, de laquelle vendition il tira » grand argent. » (BraTitome.)
Les députés du clergé de France , assemblés à Melun , représentèrent à Henri III, « qu'en plu- « sieurs archevêchés et évéchés il n'y avoit aucun M pasteur ; et quant aux autres abbayes et aux au- » très grands bénéfices étant aussi sans pasteurs, » le nombre en étoit quasi infini , mêmement » que de cent, trente-cinq diocèses qu'il y a en » Languedoc et en Guyenne , par non-résidence » d'évêques et par maladie des autres , et prin- » cipalement par faute d'évêques pourvus en » titre , on avoit été quelques années sans y faire » le Saint-Chrème, tellement qu'il étoit tous les » jours besoin l'aller mendier de là les monts en » Espagne. Au surplus nu! roi par avant lui » (Henri III) n'avoit été cause de tant d'œcono- 1) mats, constitutions de pensions pour les fem-
» mes (voire la plus grande partie courtisanes), » et autres personnes laïques, sur les biens de » l'Eglise , et , qui pis est , il soufFroit trafiquer » des bénéfices , vendre , engager et hypothéquer M le domaine de Dieu. Faisant autoriser etjusti- » fier ces choses par jugement et lois publiques » en son grand conseil , où de l'argent provenu » de la vente d un évéché ont été acquittées les » dettes du vendeur, et en son conseil même une » abbaye y auroit été adjugée k une dame, » comme lui ayant été baillée en don , avec décla- » ration qu'après son décès ses héritiers en joui- » roient par égale portion. » ( V^ie et mort de Henri de Valois. )
Ces choses , que les catholiques reprochoient amèrement à Henri III, ils les approuvoient dans Charles IX.
La vente, saisie et jouissance des biens de l'Eglise par des laïques, étoient accompagnées delà saisie, jouissance et vente des biens des particuliers, comme dans la Révolution. Plusieurs édits et déclarations ordonnent la confiscation des biens des huguenots. Le parlement, en 1589, rendit un arrêt pour faire procéder à la vente
des biens de ceux de la Jiouvelle opinion
Afin qu'on ne soit pas privé du fruit et secours espéré des saisies et ventes des biens et héritage de ceux de la nouvelle opinion.
Uti règlement du duc de Mayenne de la même année exige le serment à l'Union Catholique par le clergé, la noblesse, le tiers-état, les habitants des villes et des campagnes, etc. Ce serment doit être prêté dans la quinzaine du jour de la publication du règlement. L'article 9 porte : « Après la dite quinzaine passée, sera procédé » à la saisie des biens , meubles et immeubles » de tous ceux qui se trouveront refusant ou » délaiant faire ledit serment, soit ecclésias- » tique, noble ou du tiers-état, et si, dans un » mois après ladite saisie, ils ne le voudroient » faire ou n'auroient proposé excuse valable de V leur absence et légitime empêchement, seront » tenus et réputés pour ennemis de Dieu et de » l'état , et passé outre à la vente des dits » meubles , etc. »
On voit que les massacres, les injustices, les spoliations ne sont pas, comme on l'a cru , particuliers à nos temps révolutionnaires. Les Terroristes delà Saint-Barthélémy et de la Ligue étoient des aristocrates nobles , des rois , des princes, des gentilshommes, Charles IX, Henri III, le duc de Guise, Tavannes, Clermont, Coconas, La Mole, Bussid'Ambûise,Saint-Mesgrin ettant d'autres : non-seulement, ils lâchèrent les bourgeois de Paris sur les huguenots , mais ils trempèrent euxmêmes leurs mains dans le sang. Les Septembri-
seurs et les Terroristes de 1 792 et de 1 793 étoient des démocrates plébéiens : au delà des meurtres individuels qu'ils commirent, ils inventèrent le meurtre légal, effroyable crime qui fit désespérer de Dieu; car si la justice de la terre peut jamais être armée du fer de l'assassin, où est la justice du ciel? Que reste-t-il aux hommes?
La Terreur de la Saint-Barthélémy et de la Ligue fut approuvée par la grande majorité de la nation; on regarda aussi cette Terreur comme nécessaire. On ne trouve pas contre Charles IX , qui nous fait tant d'horreur aujourd'hui, un seul écrit de ses contemporains catholiques ; il est loué au contraire de presque tous les hommes de mérite de cette époque , Du Tillet, Brantôme, Ronsard, tandis que Henri III est accablé d'outrages.
J'ai souvent cité les pamphlets de la Ligue, parce qu'on y suit mieux le mouvement des opinions. C'est la première fois que la presse a joué un rôle important dans les troubles politiques; par son moyen, la pensée étoit devenue, ainsi que de nos jours, un élément social, un fait qui se mêloit aux autres faits et leur donnoit une nouvelle vie. La plume étoit aussi active que l'épée; comme chacun avoit liberté entière dans son parti et n'étoit proscrit que dans l'autre, il y avoit réellement liberté de la
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presse. Les imaginations audacieuses de Rabelais, le Traité de la Servitude volontaire de la Boétie, les Essais de Montaigne, la Sagesse de Charron, la République de Rodin, les écrits polémiques, le traité où Mariana va jusqu'à défendre le régicide, prouvent qu'on osa tout examiner. Comme la succession à la couronne étoit contestée, les catholiques , en se divisant à ce sujet , examinèrent hardiment les principes de la monarchie, et les protestants rêvèrent la république aristocratique. La liberté politique et religieuse eurent un moment pleine licence, en s'appuyant à la liberté de la presse, leur compagne ou plutôt leur mère. Mais cet horizon , qui s'ouvrit un moment dans l'esprit humain, se referma tout à coup. La réaction qui suit l'action , quand l'action n'est pas consommée , précipita la France sous le joug.
En résumé, les guerres civiles religieuses du seizième siècle, qui ont duré trente-neuf ans, ont engendré les massacres de la Saint-Barthélémy, ont versé le sang de plus de deux millions de François, ont dévoré près de trois milliards de notre monnoie actuelle, ont produit la saisie et la vente des biens de l'Eglise et des particuliers, ont fait périr deux rois de mort violente, Henri III et Henri IV, et commencé le procès criminel du premier de ces rois. La vérité religieuse quand elle
est faussée ne se' livre à pas moins d'excès que la vérité politique lorsqu'elle a dépassé le but.
Maintenant je vais cesser de raconter les faits et les mœurs qui n'ont plus rien de caractéristique et de pittoresque. Les mœurs du dix-septième siècle, non les opinions, étoient à peu près celles qui précédèrent immédiatement l'époque révolutionnaire. Les François qui parlèrent la langue de Louis XIII , de Louis XIV et de Louis XV sont si près de nous qu'il semble que nous les ayons vus vivants : il n'y a pas long-temps que sont morts des vieillards qui avoient connu Fontenelle ; Fontenelle étoit né en 1657, et d'Espernon étoit mort en 1642, La veuve du duc d'Angoulême , fils naturel de Charles IX, ne trépassa que le 1 0 août 1715. Quelques réflexions générales sur les quatre règnes de la monarchie Absolue termineront cette analyse raisomiée de notre histoire.