I.OUIS XIIX, IiOUIS XIV, XiOUIS XV ET I.OUIS XVI
De i6io à 1793.
Le parlement conféra la régence et la tutelle de Louis XIII h Marie de Médicis. Sully (1611) se retire de la cour : il avoit payé deux cents
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millions de dettes sur trente-cinq millions de revenu, et il laissa trente millions dans la Bastille. On ne sait pas que ce riî^ide et fastueux protestant, ministre habile d'ailleurs, qui vivoit dans sa retraite comme un dernier grand baron de l'aristocratie, déridoit ses graves loisirs en écrivant sur l'ancienne cour des Mémoires aussi orduriers que ceux de Brantôme.
Le duc de Mayenne meurt : il n'entra jamais bien dans la Ligue et dans les complots de son frère , mais il avoit plus de bon sens que le Balafré, et cet esprit commun qui convient aux affaires.
ConcJni , marquis d'Ancre, et sa femme gouvernent Marie de Médicis. Brouilleries de cour; retraite des princes; petites guerres civiles mêlées de protestantisme (1614). Derniers États généraux du 17 octobre 1614. Le premier vote des Communes de France, lorsqu'elles furent appelées aux Etats par Philippe le Bel , pour s'opposer aux empiétements de BonifaceVII, fut ainsi conçu : « Qu'il plaise au seigneur roi de garder » la souveraine franchise de son royaume, qui » est telle que dans le temporel le roi ne recon- » noît souverain en terre, fors que Dieu. » Le dernier vote des Communes aux États de 1614 fut celui-ci :
« Le roi est supplié d'ordonner que les sei-
» gneurs soient tenus d'affranchir dans leurs » fiefs tous les serfs. »
Le premier vote du Tiers-Etat sortant de la longue servitude de la monarchie Féodale , est une réclamation pour la liberté du roi ; son dernier vote, au moment où il rentre dans l'esclavage de la monarchie Absolue, est une réclamation en faveur de la liberté du peuple : c'est bien naître et bien mourir. J'ai dit pourquoi la monarchie des Etats ne se put établir en France.
Richelieu , dont le génie, heureusement pour lui, n'étoit deviné de personne, est fait secrétaire d'état par la protection du maréchal d'Ancre.
Ce maréchal (1617) est arrêté par Vitrj, et massacré par le peuple. Sa femme, qui eut la tète tranchée, dit le mot fameux que Voltaire a un peu arrangé. Les biens du maréchal d'Ancre sont donnés à Luynes , favori de Louis XIIL Luynes avoit fait son chemin auprès du roi en élevant des pies-grièches. Mésintelligence entre Louis XIII et sa mère.
(1 621 ) Guerre religieuse renouvelée par Rohan et Soubise. Les idées politiques s'étoient débrouillées dans la tête des protestants; ils vouloient faire de la France une république divisée en huit cercles.
Richelieu, devenu cardinal, entre au conseil (1 624). Le maréchal de Luynes l'avoit protégé
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après le maréchal d'Ancre. Sa souplesse fit sa fortune , son orgueil sa gloire. Henriette de France, sœur de Louis XIII, épouse Charles P'., roi d'Angleterre (1625).
L'an 1626 voit commencer les cabales contre le cardinal de Richelieu encouragées par Gaston , frère du roi, qui perdoit ses amis, et fuyoit toujours. Richelieu abaisse h la fois les grands, les huguenots et la maison d'Autriche. Tragique histoire du duc de Montmorency et de Cinq-Mars.
Toutes les libertés meurent à la Fois, la liberté politique dans les Etats congédiés , la liberté religieuse par la prise de la Rochelle ; caria force huguenote demeura anéantie , et l'Edit de Nantes ne fut que la conséquence de la disparition du pouvoir matériel des protestans. La liberté littéraire périt à son tour : on avoit passé de fécole naïve, simple, originale d'Amiot , de Rabelais , de Marot, de Montaigne, à l'école artificielle et boursoufflée de Ronsard. Malherbe rentra dans la première route :les sujets étrangers à nos mœurs et à nos croyances furent choisis de préférence. Alors s'éleva l'Académie françoise, haute cour du classique qui fit comparoître devant elle, comme premier accusé , le génie de Corneille. Racine vint ensuite imposer aux lettres le despotisme de ses chefs-d'œuvre, comme Louis XÏV le joug de sa grandeur h
la politique. Sous l'oppression de l'admiration , Chapelain , Coras , Leclerc , Saint - Aniand , maintenoient en vain dans leurs ouvrages persécutés l'indépendance de la langue et de la pensée : ils expiroient pour la liberté de mal dire sous le vers de Boileau , en appelant de la servitude de leur siècle à la postérité délivrée. Ils eurent raison de réclamer contre la règle étroite et la proscription des sujets nationaux; ils eurent tort d'être de méchants poètes.
Le premier ministre mourut détesté et admiré, la même année que la veuve de Henri IV mourut à Cologne dans la dernière misère. Pendant le règne du cardinal de Richelieu , on voit se traîner quelques hommes du passé et s'avancer quelques hommes de l'avenir : Guise et d'Espernon, Turenne, le jeune Villars et le jeune Condé. D'Espernonestle seul favori quisoitjamaisdevenu un personnage par une imperturbable morgue de médiocrité : à force de vivre et d'insulter, ce bourgeois avoit fini par faire croire qu'il étoit un grand seigneur. Il ne paroît pas tout-à-fait innocent de l'assassinat de Henri IV. Les sujets, comme le chef suprême , incli noient au despotisme; on arrivoit peu à peu à l'admiration du pouvoir.
Louis XIII, mort en i643, ("ut placé entre Henri IV et Louis XIV , comme Louis le jeune
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entre Philippe-Auguste et saint Louis. Il fut aussi intrépide que son père, et n'eut rien de la grandeur de son fils. Il n'y a qu'une seule chose et qu'un seul homme dans le règne de Louis Xlll, Richelieu. Il apparoît comme la monarchie Absolue personnifiée, venant mettre à mort la vieille monarchie Aristocratique. Ce Génie du despotisme s'évanouit, et laisse en sa place Louis XIV chargé de ses pleins-pouvoirs.
Le parlement de Paris donna la régence et la tutelle à Anne d'Autriche, comme il l'avoit donnée à Marie deMédicis en 1 610 ; il achevoit son usurpation législative.
La monarchie Parlementaire , survivante à la monarchie des Etats, atteignit sous la minorité de Louis XIV le faîte de sa puissance : elle démena ses guerres; on se battit en son honneur; ses arrêts servoieut de bourre à ses canons. Dans son règne d'un moment elle eut pour magistrat Mathieu Mole, pour prélat le cardinal de Retz, pour héroïne la duchesse de Longueville, pour héros populaire le fils d'un bâtard de Henri IV, et pour généraux Condé et Turenne. Mais cette monarchie neutre , qui n'étoit ni la monarchie Absolue , ni la monarchie tempérée des Etats , cette monarchie qui paroissoit entre l'une et l'autre, qui ne vouloit ni la servitude, ni la liberté, qui n'aspiroit qu'au renversement
d'un ministre fia et habile, cette monarchie à la suite de quelques princes brouillons et factieux , passa vite. Louis XIV devenu majeur entra au parlement avec un fouet, sceptre et symbole delà monarchie Absolue, et les François furent mis à l'attache pour cent cinquante ans.
Auprès de la comédie de Mazarin se jouoit la tragédiedeCharlesI"'.,etMazarinreconnut humblement le Protecteur. La monarchie des Etats avoit commencé en France et en Angleterre presqu'au même moment dans les siècles barbares; elle aboutit presqu'au même moment dans le dix-septième siècle, en Angleterre à la monarchie Représentative, en France à la monarchie Absolue. La réforme religieuse que tenta Henri VIII réussit, et la réforme religieuse qu'essayèrent les huguenots avorta : de cette différence de fortune dans la vérité religieuse, naquit peutêtre la différence de position dans la vérité politique. Les guerres parlementaires de la Grande- Bretagne furent les dernières convulsions de l'arbitraire anglois expirant; les guerres de lu Fronde, les derniers efforts de findépendance françoise mourante : l'Angleterre passa à la liberté avec un front sévère, la France, au despotisme en riant.
Le traité des Pyrénées met fin à la guerre entre la France et l'Espagne, et stipule le mariage de
Louis XIV et de l'infante Marie-Thérèse (1 059 ). Restauration do Charles II en 1660. Mariage de Louis XIV dans la même année. Mort de Mazarin en 1661 : homme habile, patient , insensible à l'injure , et qui regretta la vie. Arrestation de Fouquet. Commencement de l'élévation de Colbert. Louis XIV sort de l'ombre à la mort de Mazarin. Conquête de la Flandre. Louvois étoit ministre de la guerre ; Turenne , Condé , Créqui , Grammont , Luxembourg , étoient généraux et capitaines ( 1 667 ).
Conquête de la Franche-Comté. Tri pie alliance entre l'Angleterre, la Suède et la Hollande. Paix entre la France et l'Espagne. La France garde les conquêtes de la Flandre et rend la Franche- Comté. Conversion de Turenne, qui cède à Y exposition de la foi de Bossuet; grands noms (1668).
Suppression des chambres mi-parties dans les parlemens établis par l'Edit de Nantes. Troubles au sujet de l'affaire de Jansenius. Prise de Candie par les Turcs. Le duc de Beaufort , roi des halles ou de la Fronde , est tué dans une sortie. Edit qui permet le commerce k la noblesse ( 1 669 ).
Mort de madame Henriette immortalisée par Bossuet. La France s'allie secrètement à l'Angleterre. Louis XIV se vouloit venger des Hollandois qui avoient interrompu ses succès contre
les Espagnols. Il étoit en outre choqué de la liberté des gazettiers républicains , acharnés contre son gouvernement et sa personne. Il entre en Hollande et en fait la conquête. Guillaume III devient stathouder , et commence à balancer la fortune du Grand Roi.
Les guerres continuèrent pendant tout le règne de Louis XIV, et la dernièra, celle de 1701 , la plus juste dans son principe et la plus malheureuse dans ses résultats , laissa pourtant à la maison de France la succession de la maison d'Espasçne : le royaume y gagna de n'avoir plus besoin de se défendre du côté des Pyrénées, et de pouvoir porter toutes ses forces sur les frontières de l'est et du nord.
Louis XIV a rendu fameux le premier règne de la monarchie Absolue, par sa protection des lettres et des arts , par ses conquêtes , son administration, ses fêtes, ses galanteries; car, dans l'histoire du despotisme , la magnificence et les foiblesses du prince deviennent des affaires d'état. Voltaire n'a rien laissé à dire à la gloire du siècle de Louis XIV. Un auteur moderne, sévère sur tout le reste, a rendu justice à l'administration de Louis-le-Grand : seulement il reproche à ce roi ce qu'il faîloit reprocher à tous les rois ses prédécesseurs , et ce qui découloit de la législation romaine. Nous n'entendons plus
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aujourd'hui l'esclavage; nous ne concevons plus comment un homme pouvoit être la propriété d'un autre homme; et néanmoins les sages, les philosophes , les hommes les plus libres et les plus éclairés de l'antiquité , le concevoient et le trouvoient juste. Nous ne comprenons plus comment un juge pouvoit accepter les biens de l'accusé qu'il avoit jugé et condamné; et pourtant, sous Louis XIV , les magistrats les plus intègres le comprenoient et le trouvoient naturel. Aujourd'hui même en Angleterre où la confiscation existe , les biens confisqués pour crime de haute trahison seroient encore distribués entre les délateurs et les favoris de la cour. Nous nous demandons comment un prince pouvoit avoir une maîtresse en titre que venoient idolâtrer l'honneur, le génie et la vertu ; on entroit dans cette idée au dix-septième siècle : Bossuet se chargeoit de réconcilier Louis XIV et madame de Montespan. Le Grand Roi, dans la démence de son orgueil , osa imposer en pensée à la France, comme monarques légitimes, ses bâtards adultérins légitimés.Sous certains rapports généraux nous valons mieux, hommes de notre siècle, ou plutôt notre temps vaut mieux que les hommes et le temps qui nous ont précédé, et cela tout naturellement par le progrès de la raison et de la civilisation ; mais nous sommes injustes quand nous jugeons
nos devanciers par des lumières qu'ils ne pouvoient avoir, et par des idées qui n'étoient pas encore nées.
Tout devint individuel sous Louis XIV. Le peuple disparut comme aux temps féodaux : on eût dit d'une nouvelle conquête , d'une nouvelle irruption des Barbares, et ce n'étoit que l'invasion d'un seul homme. Observons néanmoins une différence : le nom du peuple ne se rencontre nulle part dans la monarchie de Hugues Gapet , parce que le peuple n'existoit pas ; il n'y avoit que des serfs; la nation, militaire et religieuse , consistoit dans la noblesse et le clergé. Sous Louis XIV le peuple étoit créé ; il se perdoit seulement dans l'arbitraire, ce qui fait qu'il se retrouva au moment où ses chaînes se rompirent.
Quand la lutte de l'aristocratie avec la couronne finit, la lutte de la démocratie avec cette même couronne commença. La royauté, qui avoit favorisé 3e peuple afin de se débarrasser des grands , s'aperçut qu'elle avoit élevé un autre rival moins tracassier , mais plus formidable. Le combat s'établit sur le terrain de l'égalité. Il y eut monarchie absolue sous Louis XIV, parce que la liberté aristocratique étoit morte et que l'égalité démocratique vivoit à peine : dans