II. LE DEVOIR. — LA FIN DERNIÈRE DE l'uOMME
nous laisse entrevoir la manière dont la béatitude pourra envahir les puissances de notre âme.
La Psychologie, en analysant la nature de l'intelligence humaine, nous a montré cette faculté orientée vers le vrai universel. Toujours et encore plus de lumière et de vérité ! c'est la naturelle ambition de notre esprit. Notre œil corporel se fatigue des rayons du soleil ; l'œil spirituel de l'intelligence ne dit jamais: c'est trop, ni c'est assez !
De même pour notre volonté. Orientée vers le Men universel, elle ne se peut rassasier d'aucun bien limité et fini, et partout où elle rencontre un nouveau rayon d'un nouveau bien, réel ou apparent, elle se sent attirée toujours et sans fin.
En sorte que la caractéristique de ces deux facultés qui spécifient l'être raisonnable, l'intelligence et la volonté, c'est d'être orienté vers l'Infini, la Vérité infinie, la Bonté infinie, c'est-à-dire Dieu lui-même.
Et qu'on ne dise pas que nous jouons sur les mots, et qu'il s'agit ici seulement d'indéfini, et nullement d'infini. L'objection serait bien superficielle.
Sans doute, on peut dire que la capacité de ces deux objei facultés est indéfinie, sans fin, puisqu aucun objet infmi. fini ne l'épuisé ou ne la rassasie; mais ce serait un non-sens d'ajouter qu'un objet indéfini suffirait à remplir cette capacité. Un objet indéfini et indéterminé est une pure négation ou abstraction, sans réalité, incapable j)artant d'attirer et de rassasier notre âme, incapable de jouer aucun rôle actif et réel, surtout celui de fin dernière et de centre d'attraction universelle. Il faut donc que ce centre d'attraction, ce premier moteur comme fin dernière, qui n'est ni le bien fini, ni le néant, ni l'indéfini, soit un véritable infini, un absolu dans le sens rigoureux de ce mot, c'est-à-dire Dieu lui-môme (1).
(1) « Impossibile est, beatitudinem hominis esse in aliquo bono
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Ainsi se justifie cette inciuiétiide divine, cette soif inaltérable du divin, qui tourmente l'iiuinanilé, et qu'un de ses i)lus grands génies exprimait par ces paroles célèbres : <c C'est pour vous, o mon Dieu, que vous nous avez faits, et notre cœur sera inquiet, jusqu'à ce qu'il se repose en vous ! (1). > i-'Vrai, Ainsi s'explique, en même temi)s, le mode futur de
Le Bien, . , , ,
Le Beau, uotre béatitude. Nos facultés les plus élevées ne pouvant être rassasiées que par un objet infini, c'est la Vérité même qui illuminera notre intelligence ; la Bonté même qui ravira notre cœur; la Beauté même qui transfigurera notre être tout entier, car le Bien suprême ne peut envahir les puissances supérieures, sans béatifier par extension toutes les puissances subordonnées, et l'être humain tout entier (2).
Suivant unepensée profonde d'Aristote, que S. Thomas n'a pas oublié de mettre en lumière (3), l'essence du bonheur est dans la perfection de la faculté la plus haute appliquée à son objet le plus parfait. Connaître et aimer Dieu, de la manière la plus parfaite qu'il soit possible à la raison, telle sera donc l'essence de la béatitude éternelle.
creato. Beatitudo enim est bonum perfectum. quod totaliter quietat appctitum . . . Objectum autem voliinlatis, qiuu est appetilus humanus, est universale bonum, siciit objectum intellectus est uiiiversale verum.Ex quo patet, quod nihil potest quietare voluntateiii hominis nisi l)onum universale ; quod non invenitur in aliquo creato, sed in solo Deo. » S. Tlionias, la 2œ, q. '2, a. 8. ; Contra Genl., III, 18, 2ô ; Suarez, I, ch. V, I. G, 7.
(I) S. Augustin, Confess., liv. 1, ch. 1.
(•2) Sans excepter notre être corporel : « ex beatiludine aniniae fiet redundantia ad corpus, ut et ipsum sua perfectione potiatur » (S. Th., \i2iB, q. -i. a. G). — Mais nous ne parlons ici que de la lin naturelle et non de fin surnaturelle que la foi promet au chrétien, cl qui doit consister, dans une vision intuitive de Dieu, incomparablement plus parfaite que la connaissance abstraite philosophique, seule possible à la raison dans l'ordre naturel.
(3) S. Thomas, U î^sd. q. 3, a. 5; — (j. 4. a. 1 et 2 ; — 1». q. 62, a. 1 ; — q. (A. a. 1 : — l'onlr. (ienl., III, 44. — Cf. Arislole, Eth., Mr., liv. I, ch. 'i, lin :— liv. VI, ch. 10, § (5 ; — liv. X, ch. 7, § 1, 7. 8, '.»: - liv. X. ch. 8, g 7 ; - liv. X, ch, 9, S ^ (». ^. H'-
de Dieu.