II. LE DEVOIU. — LA LOI MUHALE
de la Sagesse éternelle, dont elle ne doit être que l'application à des circonstances locales et temporelles. Dès qu'elle cesse d'être l'écho de cette gi-ande voix éternelle, la voix de l'homme est sans force et sans autorité sur les consciences. Aussi est-il hon et salutaire que cette grande voix apprenne au législateur humain qu'il est loin d'être omnipotent, et qu'elle relève à leurs propres yeux la dignité des sujets, en leur rappelant qu'ils ne doivent obéissance à aucun homme, quelque puissant qu'il paraisse, mais seulement au représentant de l'autorité et de la sagesse éternelle. Ces principes sont les véritables « droits de l'homme » qu'on ne saurait trop proclamer.
S'il est vrai que la loi éternelle ordonne tout et di- ^a loi
^ nalurelle.
rige tous les êtres vers leur fin, les êtres humains doivent trouver en eux-mêmes, dans leur raison et leurs consciences, des signes certains ou au moins des vestiges et comme une empreinte de Tordre et de la direction propre à leur nature. Cette participation de la loi éternelle par la conscience humaine est ce que nous appelons la loi naturelle : « participatio legis aeternœ in creatura rationali (1). »
Nous avons déjà eu l'occasion de constater l'exis- existence, tence et le caractère absolu de l'obligation qu'elle nous dicte au fond de nos consciences, lorsqu'elle nous crie : < fais ton devoir, advienne que pourra » ; — « fais le bien, évite le mal » ; — « sois véridique. sois fidèle à tes promesses ; respecte le bien d'autrui ; ne trahis pas les amis ; n'opprime pas le faible... etc. >
(1) s. Thomas, 1" 2^, q. 1)1, a. 2 ; q. tt3, el supp. q. (lô, a. 1. — IV Henl., dist. 33, q. l,a. 1. — « Halio sumina insita iii natiira, quae jiiljet ea qiut; facieiida sunt, prohibelque cotitraria. » Cicéroii. De Leibus, 1. 0, 18.
2()«» FONDEMENTS DK LA MOHALE
Si cette voix de la conscience est si forteetsi eflicace, nous en comprenons niainlenant la raison : elle est ïédui de la grande voix élernelle (Ij qui s'impose au respect de toute créature.
8a Cette métaphore de « voix de la conscience > sera
nature. „ . ,
facilement comprise de tous nos lecteurs. Cependant, s'ils exigent un langage plus précis, nous leur dirons que ce n'est pas un acte de notre volonté, mais de notre raison, car notre volonté serait-elle hostile et révoltée contre telle ou telle loi naturelle, la raison ne cesserait j)ourtant pas de la proclamer quand même. C'est donc un acte de notre raison personnelle, et non pas d'une prétendue raison impersonnelle, qui habiterait en nous sans être une partie de nous-même. Nous rejetons cette fiction de Cousin, qui conduirait facilement à je ne sais quel Panthéisme mystique d'illuminé.
Elle est Or, notre raison raisonne et juge, mais, par elle-
la vota: .p o ' r
de Dieu, même, elle ne commande pas, car ce n'est pas directement sa fonction ; cependant elle juge que chacune des maximes de la loi naturelle lui apparaît comme un commandement absolu, c'est-à-dire imposé à la volonté humaine parquehfue autorité supérieure à sa nature, que le plus simple raisonnemeiU identilie avec Fauteur de la nature, Dieu lui-même.
Témoi- D'où, la métaphore de «: voix de Dieu » ou de < luuniversel, niière divine » usitée par tous les peuples. La loi naturelle est, en ellet, comme l'écho ou le retlet de la lumière divine en nous, dit S. Thomas (2), iynpressio
(1 ) « In omnibus causis orJinatis ell'ectus plus pendet a causa prima, quam a causa secunda, quia causa secunda non agit nisi in virtule primai causa;. Quod autem ratio huinana sit régula voluntalis humanae, ex quà ejus boiiil.is meiisuratur, liabot ex lege a;ternA, quap est Halio divina. » S. Thomas, 1» 'J*. q. 19, a. à.
(2) « Quod autem ratio buuuina sit recula voluntalis humanie. ex quâ ejuH bonitas meiisuretur, babet ex lege œlerna. qu:p est ratio divina ; unde dicitur (l'sal. IV, U' : MnUi dicunt : qui oslendil nobis hona ? sii/naluiii est super nos lumen vullus lui. Domine ; quasi dice-