‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 141 sur 211 · LA LOI MORALE · texte numérisé non relu

LA LOI MORALE

plus l'intention de coraptei- sur la conscience de ses sujets ; ce qui assurément n'est pas un progrès moral.

Après avoir dit comment les lois justes commencent, on pourrait ajouter comment elles finissent, ou comment elles sont partiellement suspendues. Nous nous bornerons sur ce sujet à de simples indications.

Pour les lois naturelles, pnisiiu'elles sont fondées sur les essences immuables des choses, il est clair qu'elles ne peuvent jamais cesser ni être suspendues. Gicéron le proclamait dans ce magnifique passage de la République, que nous a conservé Lactance, et qui est devenu classique : «C'est une loi intangible, disait-il, à laquelle on ne peut déroger, et qu'on ne peut abroger. Ni le Sénat ni le peuple ne peuvent nous dispenser de lui obéir... Elle ne peut varier suivant les lieux, à Athènes, ou à Rome, ni suivant les temps, aujourd'hui et plus tard ; elle demeure une, éternelle, immuable, embrassant tous les peuples et tous les siècles... Celui qui lui manque d'obéissance se nuit à lui-même, et, défigurant en lui la nature humaine, il s'expose aux plus grands malheurs, alors même qu'il échapperait aux autres peines que l'on croit à venir (1). >

(1) « Huic legi nec abrogari fi\s est, neque derogari ex hâc aliquid licet, neque tota abrogari potest ; nec vero per Senatum aiit per poluluin soivi hac loge possumus ; neque est quserendus explanator aut interpres ejus alius ; nec erit alia lex Romae, alia Athenis, alla nunc, alia postliac, sed et onines gentes et onini tempore, una lex et sempiteriia et iinintitabilis continebit, unusqiie erit comniuiiis quasi magister et iinperalor oiuiiiiiMi Deus ; ilie legis hujus inventor, disce()tator lator ; cui (jui non pirebit, ipse se fugiet ac naturam liominis aspernatus hoc ipso luet niaxiinas pœnas, etianisi ca,>t-ra supplicia, quse putantur, ell'ugerit. » rullius, De liepublica, liv. III, apud Lactantium, Inst. VI, 8.

Dispense

et ces-

saiiondes

lois.

Impossibles pour les luis naturelles.

2S2 KONDEMKNTS DE LA MORALK

Du reste, par qui ponrrait-elle être supprimée ou suspendue ? Il n'y a pas d'autorité supérieure à la loi naturelle, et Dieu lui même ne peut faire (jue ce (jui est par essence un mal, comme le mensonge, devienne un bien. Cependant, si l'on prenait les mots de dispense ou de dérogation, dans un sens très large, pour exprimer une dispense ou une dérogation purement a{)parente, il en serait toutautremenl. Ainsi, (juoique le vol et riiomicide ne puissent jamais cesser d'tHre un mal, Dieu, grâce à son souverain domaine sur la vie et les biens de ce monde, peut changer les circonstances et la nature de ces actes. S'il ordonne aux Hébreu.K de prendre les vases d'or des Egyptiens, ce n'est plus un vol, et s'il ordonne le sacrifice d'Isaac, ce n'est plus un homicide qu'en apparence, comme les Théologiens l'ont expliqué plus longuement. Possibles Toutes les lois positives, au contraire, soit divines ''""oi»*'' soit humaines, dépendent dans leur durée de la voposi ves. Jqjjj^ j^j^j législateur^ qui a pu porter sa loi pour un

temps seulement, ou qui peut l'abroger lorsqu'elle n'est plus utile à son but; qui peut aussi en accorder dispense, dans des cas particuliers, lorsque le bien public semble le réclamer, ou tout au moins le permettre sans inconvénient.

Bien i)lus, sans aucune intervention explicite delà volonté du législateur, la loi peut être suspendue et même cesser complètement.

KUe cesse complètement. lorsqu'elle n'a plus de raison d'être, les circonstances qui l'avaient occasionnée ayant changé. Ainsi une lui d'exception, portée uniquement pour le temps de la guerre, cesse d'ellemême avec la paix rétablie.

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