‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 150 sur 211 · II. LE DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL · texte numérisé non relu

II. LE DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL

Le péché, en effet, est la violation d'un commande- Le réché ment, c'est une offense de Dieu, analogue aux autres de Dieu, offenses. Nous pouvons offenser Dieu de la même manière que nous offensons les hommes. Or quand nous oliensons les hommes, nous violons aussi un de leurs commandements, tacite ou formel, peu importe. Celui qui ne me respecte pas, par exemple, m'offense, c'est-à-dire qu'il viole non seulement sa raison qui lui prescrit de me respecter, mais le commandement que je lui en fais d'une autre manière, ne serait-ce que d'une manière tacite et implicite, en me posant comme un être moral ayant droit au respect. De même à l'égard de Dieu. Lorsque je manque à. la loi morale, non seulement je viole une règle de ma raison, — ce qui ne suffit pas pour un péché, ainsi je puis enfreindre les règles de l'art musical ou les règles mathématiques sans pécher, — mais je viole en même temps Tordre établi par la sagesse et les commandements divins, je traverse les desseins de l'amour divin, et par conséquent j'offense Dieu. Sans doute, je ne lui fais aucun tort, parce qu'il est au-dessus de mes atteintes, mais ma volonté n'en est pas moins coupable, ma révolte n'en est pas moins le plus grand de tous les attentats, et ce mal est encore plus grand que le tort que je me fais à moi-même ou aux autres créatures par mon péché. La violation de la loi morale est donc toujours une offense de celui qui l'impose, de Dieu, en même temps que de la raison qui la proclame ; impossible de se révolter contre elle sans se révolter contre Dieu. Il n'y a pas de péché contre la raison seule, pas de péché purement philosophique.

Le bien moral vient donc, suivant l'expression de Les nois

'■ éléments

S. Thomas, de < la plénitude d être >. et le mal moral «'u l'ien.

tances.

300 FONDEMENTS IiF, LA MOHALE

(l'un < défaut d'être > dans l'action humaine. Mais cette plénitude ou ce défaut, — cette rectitude, comme disent les modernes. ou celte dillormité. — peuvi'nt affecter chacun des éléments constitutifs de l'action morale, (jui sont autant de sources partielles de malice ou de bonté.

Fin, Or ces élémentsde Taction morale, sont au nombre

crrœns- dc trols i \Si fin, X objct et les circonstances. La fin est le i)ut vers lequel la volonté se porte tout d'abord par l'intention ; l'objet de l'acte, c'est ce que Ion opère, comme moyen pour arriver à la fin ; enfin les circonstances sont les accessoires souvent imi)ortants de cet objet. Ainsi celui (\\\\ dit un mensonge nuisible, par vanité, a pour fin unique et totale la vanité ou désir de paraître; pour moyen un objet illicite, le mensonge; pour circonstances aggravantes, le tort causé au prochain par ce mensonge. Cet acte a donc une triple malice, provenant de la fin. de l'objet et des circonstances. Chacun de ces éléments de l'acte, en effet, a un défaut de rectitude, et un manque de bonté morale.

Pareillement, celui qui, ])Our l'amour de Dieu, fait l'aumône, en se cachant aux yeux des hommes, est à la fois religieux dans son but, charitable par l'objet de son acte, et humble par ses circonstances. Chacun de ces trois éléments possède la rectitude morale.

Notez quela malice d'un seul de ces éléments aurait suffi pour le gâter ; ainsi mettez la vanité comme [\\\ principale, à la place de la gloire de Dieu, et cet acte, malgré l'elTort dépensé, et la difficulté surmontée, et le bien matériel produit, n'en est pas moins un acte de vanité.

De là. laxiome de l'Ecole, qui exige pour un acte bon l'intégrité de ses éléments essentiels, bnnum ex

Page 1