II. LE DEVOIR. — LE BIEN ET LE MAL MORAL
intégra causa, alors qu'un seul de ses éléments viciés suffit aie rendre mauvais ; malum ex quocumque defectu{i).
N'exagérons rien pourtant, et soulignons le mot d'éléments essentiels.
Tous les actes de l'homme, même les meilleurs, sont plus ou moins imparfaits ; il s'y glisse toujours quelque légère imperfection, et ce serait bien décourageant de penser que cela suffit pour rendre nos actions les plus généreuses, inutiles et sans mérite. La vertu deviendrait impossible pour l'homme.
Il ne s'agit donc que des éléments essentiels, ceux qui sont les mobiles déterminants de l'acte, et nullement de ceux qui se surajoutent par faiblesse, et sans lesquels l'acte se ferait quand même. Ainsi, dans l'exemple donné plus haut, si l'amour de Dieu est bien la fin réelle et déterminante de notre aumône, elle demeure bonne et méritoire, alors même qu'il s'y ajouterait une légère pensée de vanité. La valeur de Tacte ne serait pas détruite, mais seulement un peu diminuée par cette imperfection.
Parmi ces trois éléments essentiels, le principal ,]','i^l'J""de est assurément la fin que l'on se propose. Elle est, en etfet, la cause première et le dernier terme de l'acte, qu'elle enveloppe tout entier. Du reste, l'exécution des moyens et les circonstances ne dépendent pas toujours de nous, tandis que la position de la fin en dépend toujours. Nous sommes donc obligés de ne choisir que des fins bonnes, c'est ce qu'on appelle la bonne volonté ou la bonne intention. Et plus ces fins seront élevées, plus l'action sera dun degré sui)érieur de bonté. Elle peut être non seulement strictement bonne, mais encore meilleure, parfaite, belle jusqu'à
(1) Cf. s. Thomas, la2ac,q. 18, a. 4, ad 3.
"iiilcntion.
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riiéroïsme et au sublime, alors uiènie (jne l'objet et ses circonstances seraient d'une valeur vulgaire et triviale. La femme du peuple (jui nettoie sa maisnii, et fait le ménage, malgré la fatigue et mille diflicultés, si elle élève ses intentions, jusqu'à l'amour de ses enfants, de son mari, de Dieu lui-môme, peut revêtir ces actions vulgaires du plus haut mt-rite et de la beauté morale la plus noble.
Voilà pourquoi les moralistes abondent de conseils
sur la droiture et la pureté d'intention : c'est l'art de
donnera nos actions les plus vulgaires une valeur
inlinie.
Labonne Mals est-il cxact dédire que toute la. valeur mo-
in(ention i i i,.
ne snffîi raie douos actions déjiend de 1 intention. Assurément non, puistiue la fin n'est qu un des trois éléments essentiels de l'action.
De ce {)rétendii principe on pourrait conclure que la fin justifie les j/ioyens, ce qui serait non seulement une erreur, mais une énormité, car elle justifierait l'emploi du vol, de l'assassinat, du parjure, etc., pour obtenir une fin bonne et même excellente en elle-même, comme serait par e.\emple le salut de la Patrie. L'Ecole a protesté justement contre cette maxime immorale, en lui opposant celle-ci : von su)if facienda mala ut eveniant hona, on ne peut faire le mal, comme moyen pour arriver au bien.
La fin ne justifie donc ni les moyens, ni les circonstances,et si, par exemple, on ne peut obtenir une bonne lin, par un bon moyen, sans causer du scandale, on doit s'en abstenir.
On voit par là combien il serait injuste de résumer cette doctrine de la direction des intentions par la formule courante : < ayez bonne intention et faites ce que vous voudrez », puisqu'elle exige au contraire la bonté non seulement de la lin. mais encore des movens
actions indifférentes.