II. CRITIQUE. — K.VNTISME ET NÉO-KANTISME
nous, par quelle incroyable métamorphose, la raison pure, trompeuse par elle-même, de-vient-elle tout à coup certaine et infaillible, lorsqu'au lieu dejioser une idée, elle l" impose à notre volonté ? Si la raison se contente de poser l'idée de loi et de devoir, je puis et même je dois lui attribuer un caractère illusoire, comme à toutes les autres idées spéculatives ; ce n'est qu'une « apparence » de la raison pure, que Kant a vigoureusement démasquée ; et lorsque cette même idée de loi et de devoir commande l'obéissance, comment cette « apparence » devient-elle tout à coup une réalité objective, certaine et indiscutable ?
Ou bien parmi toutes les idées métaphysiques, également subjectives et illusoires, ferez-vous une exception en faveur de l'idée pure de loi et de devoir; et comment soutiendrez-vous ce privilège unique, pour « les besoins de la morale »? Voilà le paradoxe de Kant, et la contradiction secrète entre les deux parties de sa critique, qu'il ne parviendra pas à supprimer.
Je sais bien qu'il répond qu'il v a une différence Kam
^ r- 1 . défend
essentielle entre les deux raisons. Il faudrait se défier s»" paradoxe.
de la raison pure, parce qu elle cherche à sortir d'ellemême, en s'objectivant, en regardant sa forme idéale comme l'expression d'un objet réel, alors qu'il n'exprime que la constitution organique du sujet pensant ; tandis que la raison pratique ne sort pas d'elle-même en se commandant à elle-même.
Sans doute, répliquerons-nous, le commandement Réponse, ne sort pas de nous-même, mais il suppose un devoir réel etobjectif,quenous ne puissions pas soupçonner d'être une illusion, un simple préjugé inné de notre esprit, une habitude impérieuse due à l'hérédité et variable avec les races ; en un mot, il suppose un devoir absolu, qui seul a le droit de commander catégoriquement.
FONbKMENTS DK LA MOHALK
Divers exemples
Le comaiandemeiit (1(3 la raison, sous son air j)rati(iue et ininianent, contienl (hjncdela s])éculalion et beaucoup de spéculalion, car a;,nr moralement c'est encore spéculer. C'est spéculer sur l'objectif et l'absolu du devoir, du bien et du mal, de la liberté humaine, de la fin en soi ou idéale, et d'une multitude de princii)es moraux ; en un mot, c'est spéculer sur l'idéal moral que l'on cherche à réaliser. Que si la spéculation est fra})pée d'impuissance ou d'interdit. Faction morale sera frappée du même coup, car il est impossible pour l'homme d'agir humainement sans penser. Prenons comme exemple, à la suite de Kant,le précepte : tu ne dois point mentir. Ce commandement présuppose toute une métaphysique : il suppose la notion de vrai et de faux, de bien et de mal ; l'idée d'être intelligent et libre, et de ses rapports avec la société humaine ; l'idée de parole et de son rapport moral avec la pensée ; l'idée de mensonge et d'intérêt à mentir; l'idée de loi universelle et absolue, car celte loi s'applique à tous les êtres doués d'intelligence, etc.. Que si toutes ces idées sont un rêve d'un monde imaginaire, le précepte en question cesse d'être intelligible et raisonnable, il n'est plus qu'un rellet illusoire de ce monde imaginaire, dont la critique de la raison pure nous a à jamais délivrés.
Par ce simi)le exposé général, on peut déjà comprendre combien est ardue et périlleuse, la tâche que s'est imposée Kant, en entreprenant de réédifier par la raison pratique, l'édilice renversé de fond en comble par la raison pure. La tâche paraîtra surhumaine et défiant toutes les subtilités du génie de Kant, si nous l'analysons dans ses principaux détails. Pour nous en mieux convaincre, suivons-le dans sa démonstration du devoir^ de la liberté, et de l'idéal moral.