‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 184 sur 211 · III. CRITIQUE. — KANTISME ET NÉO-KANTISME · texte numérisé non relu

III. CRITIQUE. — KANTISME ET NÉO-KANTISME

Quoique cette explication ne soit pas très éloignée cniique de la vérité, nous ne la croyons pas exacte. Bien su- expuca-

tion.

périeure à l'explication de Kant, qui veut que le devoir soit commandé pour le devoir, M. Renouvier n'y voit qu'un moyen pour atteindre une fin, et c'est dans la relation de moyen à fin qu'il nous découvre le « devoir-faire >. Mais ce « devoir-faire » est-il toujours l'équivalent dune obligation catégorique ? nous ne le croyons pas. L'artiste peintre ou musicien qui a conçu le projet d'un dessin ou d'un concert, peut découvrir, lui aussi, entre plusieurs moyens possibles, celui qui est le meilleur et qui porte le caractère du devoirfaire. Mais ce devoir-faire, si rationnel, si logique, si désirable qu'on le suppose, ne sera pas pour cela obligatoire. Il sera toujours loisible à l'artiste de rechercher encore mieux, ce qui est toujours possible, ou d'essayer ce qui au premier abord lui a paru moi7is bien ; il pourra même, par exemple, si ça lui plaît, faire une note fausse, ou construire un « manoir à l'envers»; ce sera un caprice, si vous voulez ; ce ne sera pas un péché, et sa conscience le laissera tranquille.

Pour que le devoir-faire prenne un caractère moral ^j^'°^"' obligatoire, il faut donc que la fin soit elle-même ^'^'^^^ obligatoire, car si elle n'est qu'indifférente ou de simple conseil, le moyen ne saurait être de précepte. Bien plus, le moyen le meilleur pour atteindre une fin obligatoire n'est pas toujours celui qui est imposé. Ainsi, par exemple, secourir une infortune n'est pas toujours pour moi obligatoire ; et lorsque c'est obligatoire, il ne m'est nullement imposé de le faire par des moyens héroïques, comme de me dépouiller de tous mes biens.

Il faut donc en revenir au principe de la vieille morale : il y a une fin absolue pour l'homme. Toutes les fins intermédiaires et tous les moyens ne sont obligatoires que dans la mesure où ils sont nécessaires

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pour atteindre cette fin dernière. Mais s'il y a une fin absolue, ce n'est pas ma raison contingente qui peut créer ou produire cet absolu ; elle no peut que le rclyrodvire; elle n'est que l'écho de la loi divine ; elle n'est donc pas autonome.

Forma- Après avolr critiqué < l'autonomie » du devoir Kan- 'dévoir." tien, il nous faut examiner son « formalisme ». — « Le devoir pour le devoir », principe fondamental de la morale de Kant, est-il un principe raisonnable ?

Qu'il soit imposé par le système de < l'immanence >, je le veux bien. Tout élément étranger à la raison qui se commande à elle-même, devant être impitoyablement écarté, sous peine de ruiner son « autonomie », puisqu'elle dépendraitalorsdeceséléments étrangers, il faut vider le concept subjectif de devoir, de toute notion objective, c'est-à-dire de tout objet, de tout motif et detoute fin dépassant le sujet conscient et voulant. Tel est le nouveau paradoxe de Kant, qui a la prétention de fonder la morale sur une volonté pure de tout objet, ou formelle, seul moyen de lui éviter un usage transcendant, désormais interdit. „Le de- Cette peur superstitieuse del'hétéronomieferaadop- Tde-' ter le même paradoxe à tous les néo-criticistes. < La "*'"■ " loi du devoir, dit M. Pillon, est )»osée catégoriquement sans condition^ sans explication et sans motif\\)... > Et M. Renouvier : < La propriété du principe suprême de la morale est de n"im})liquer aucune connaissance expresse des biens objectifs et des (ins réelles des êtres ni de soi-même, quelles qu'elles puissent être. Il vaut toujours de sa nature ou par sa forme, indépendamment de la matière à laquelle il s'applique d'ailleurs nécessairement (2). >

(1) Pillon, Critiq. philosophique, :23 déc. 1875.

(2) r.ité par M. Fouillf«e, Critiq. fies syilèmes, p. m\>.

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