‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 186 sur 211 · III, CRITIQUE. — KANTISME ET NÉO-KANTISME · texte numérisé non relu

III, CRITIQUE. — KANTISME ET NÉO-KANTISME

l'existence de la liberté ; mais la connaissance du devoir ne suppose pas nécessairement la connaissance delà liberté. Bien au contraire, de fait, la plupart des hommes commencent à être instruits de leurs devoirs, avant d'avoir réfléchi sur la notion de liberté. Supposez donc quelqu'un qui soit certain du devoir, sans connaître encore la liberté, on pourra la lui prouver par raisonnement, c'est-à-dire lui prouver que la conclusion : donc la liberté existe, est contenue réellement, quoiqu'implicitement, dans les prémisses : le devoirexiste. Déduire n'est pas autre chose que tirer de l'obscurité et mettre en lumière, ce qui était contenu implicitement et caché dans les prémisses. Le raisonnement de Kant est donc irréprochable, sanoibn

^ de liberlé

En sera-t-il de même de la manière dont il va conce- esieiie

bonne ?

voir la liberté ainsi rétablie ? Gomment, en etiet, concevoir la liberté sans contredire trop ouvertement les conclusions de la Critique de la raison pure, et les données de la science moderne, qui, d'après Kant, exigent le déterminisme absolu et universel des phénomènes ? Rappelons le point précis de la difficulté.

Partant de l'idée que l'essence de l'acte libre est l^ï^ïâ d'être « un commencement absolu de mouvement > ''''^'''^- — « un commencement absolument premier » — « un affranchissement des lois de la causalité » — « une spontanéité absolue del'action », — Kant (1) n'a pas de peine à montrer que la thèse et l'antithèse : ily ades causes libres; il il y a pas de causes libres, sont également contradictoires et insoutenables.

S'il y avait des causes libres, il y aurait, — d'après sa définition, — des commencements absolus et des effets sans cause, ce qui est contradictoire. -

S'il n'y avait pas de cause libre, ou de commence-

(1) Kant, Crilique de la raison pure (Banii, M, p. 01-07).

i22 FONDEMENTS DE LA MORALE

ment absolu, — au moins au commencement de la série des i)hénomènes cosmiques, — nous aurions un processus in i7ifinUum,une aéne infinie actuellement, ce qui répugne de nouveau.

Solution L'antinomie paraîtrait insoluble. Kant va nous

de 1 anli- '

noniie. nioutrer qu elle n est qu'apparente.

S'appuyantsur sa fameuse théorie subjf.'ctiviste que nos idées et nos ])iincipes ne sont que des lois de l'esprit, ne régissant que le monde des phénomènes, et inapplicables au monde des noumènesetdes substances, lequel demeure à jamais inconnu et inconnaissable, — il n'a pas de peine à découvrir qu'il suffirait de reléguer la liberté humaine, du monde des phénomènes dans celui des noumènes, pour qu'aussitôt le principe de causalité cessât de lui être applicable, et que la contradiction apparente fût dissipée.

Autant la liberté-phénomène est contradictoire et absurde à ses yeux, autant la liberté-noumène lui parait possible. Du moins la raison pure, ignorante du monde des noumènes, est-elle incapable d'y contredire. Mais si la liberté est possible, la raison pruti- ^16^ nous dit qu'elle existe : « /" dois, donc tu peux > ! Critique Ce mouvement tournant de notre philosophe paraît tout d'abord fort habile, et volontiers, en l'entemlant affirmer si haut la nécessité et l'existence du libre arbitre, serait-on tenté de proclamer Kant le sauveur de la liberté. Mais défions-nous des mouvements tournants, et regardons-y de plus près.

La liberté admise et proclamée par Kant n'est jilus qu'une liberté-noumène. Or en quoi pourrait bien consister au juste une telle liberté ?

Tout k monde connaît l'autre liberté, la libertéphénomène, celle qui, à chaque instant de notre existence, passe ou peut passer à l'acte libre, et intervenir dans le cours de notre \w. pour nous faire pratiquer

(le la SO' liilion.

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