III. CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES
< formule anarchique » de Jouffroj^ demandant que l'homme développe < toutes ses facultés ». Mais pour transformer ainsi une hiérarchie « psychologique » en hiérarchie « morale et obligatoire »; pour transformer le bien « psychologique » des facultés, en bien « moral et obligatoire », il faut s'élever au-dessus des faits psychologiques et de nouveau faire de la métaphysique.
Généraliser ces faits ne suffit nullement. Le bien de rhomme en général, serait-il d'être raisonnable, un individu d'une nature plus grossière pourra estimer que son bien particulier, pour lui, est d'être moins raisonnable et plus sensuel. Et de quel droit imposerez-vous à l'individu de ressembler au genre ou à l'espèce, si vous n'avez que des arguments psychologiques ?
N'insistons pas davantage, ce serait inutile. Il est m. va-
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clair que la morale que M. Vacherot nous présente s-appuie
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comme purement psychologique, s appuie en réalité 'a métasur une multitude de données métaphysiques : nature et essence métaphysique de l'homme, fin métaphysique et morale de l'homme, bien métaphysique et moral de l'homme, distinction métaphysique et morale de « l'esprit » et de la << chair », du supérieur et de l'inférieur, du bien et du mal, du devoir et de l'ordre imposé à l'homme par la Divinité, etc. Ce qui prouve, une fois de plus, que bon gré, mal gré, la métaphysique est, pour le moraliste, la pensée plus ou moins consciente qui le guide, la lumière qui l'éclairé, l'air qu'il respire. [1 ne peut s'en passer sans périr.
Nous arriverions à la même conclusion, eu analy- secréum sant rapidement d'autres morales qui se prétendent -M""on. hautement indépendantes de toute idée métaphy-
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siqiie,i)ar exemple la morale delà S(j/idari(é, exposée avec un certain éclat par M. Si.'crétun etM.Marion il). Certes, l'idée de la solidarité de tous les membres dans un même corps, et partant de toutes les puissances dans l'individu, de tous les individus dans» la société, de toutes les sociétés dans l'humanité, est une idée très belle, qui peut servir de thème aux plus brillantes variations littéraires et morales. Mais elle est elle-même une idée métaphysique, très élevée et très complexe, bien éloignée des données premières de l'observation, qui a{)])araît au moraliste, bien pins comme un couronnement, que comme un point de départ et une première base de l'édifice moral.
l^artir de ce fait reconnu : les hommes sont solidaires physiologiquement, i)0ur en conclure : donc ils Morale dolveut l'être aussi moralement. (Jlonclure du fait soiida?iié physique au devoir moral, sans vouloir faire intervenir aucun principe métaphysique sur le bien et le mal, sur la lin idéale et sur les moyens, sur le droit et le devoir, cai)able d'éclairer et de légitimer ces conclusions, c'est supposer prouvé ce qui est en question et faire une pétition de principes.
En elTet, si c'est une loi de la nature que les hommes sont solidaires, pourtiuoi ne chercherai-jepas à m'y soustraire le plus possible, comme je cherche, par le progrès des sciences, à me soustraire de plus en plus aux autres servitudes de la nature? Et si je ne puis entièrement me soustraire à la loi, pourquoi n'essayerai-je pas au moins de la tourner, en me servant, pour mes propres intérêts, de cette même solidarité ? En sorte que le fait de la solidarité ne fonde pas plus la morale altruiste que la morale égoïste, si on l'isole de tout principe supérieur au fait. (Test ce que faisait
(1) Secrcluu, Le Principe Je la moi ah' ; Murioii. De la solidarité viorale.