‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 204 sur 211 · III. CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES · texte numérisé non relu

III. CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES

à la volonté qui a voulu le mal, et de rendre le bonheur à la volonté qui a embrassé le bien. Bien et bonheur, mal et malheur, s'uniront et se confondront pour toujours, et ce sera justice !

Dieu est donc nécessaire'pour assurer les sanctions éternelles, non moins que pour fonder le devoir luimême. La Morale ne peut s'en passer.

Et cependant des poètes et des littérateurs ont Lecuuc espéré que la morale pourrait remplacer la vieille ^neur! croyance en Dieu par le « culte de l'honneur ».

« Dans le naufrage universel des croyances, écrivait A.de Vigny,j'aicru apercevoir un point qui m'a paru solide, c'est l'honneur. Une vitalité indéfinissable anime cette vertu bizarre, qui se tient debout au milieu de tous nos vices. Sans palme céleste après la moi't, c'est la vertu de la vie.» — C'est la même pensée, sousune image très saisissante, que nous retrouvons chez Prévost-Paradol : « On voit souvent, au bord de quelque ruisseau, un arbre profondément atteint par le temps. Le tronc est ouvert, le bois est détruit; il ne contient guère plus qu'un peu de pourriture, mais son écorce vit encore, la sève peut monter, et chaque année il se couronne de verdure, comme au beau temps de sa jeunesse. Il reste donc fièrement debout, et peut même braver plus d'une tempête. Voilà l'image fidèle d'une nation que le point dhonneur soutient encore, après que la religion et la vertu s'en sont retirés (1). »

Inutile de multiplier ces citations. (Jui de nous n'a pas entendu dire à des hommes du monde, gens d'ailleurs excellents, que les distinctions d'athées et de croyants, de matérialistes et de spiritualistes, étaient

(1) Prévost-Paradol, Elude par 0. Gréarci.

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à effacer comme inutiles ; il suffisait désormais d'être des « honn(}tes gens >, des « hommes d'honneur >. Ses mer- Uii liouime d'houncur est (idèle à sa parole, ;imi de

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cflcis. la droiture et de la loyauté, et mcapahle de certaines défaillances. Il a horreur d'une bassesse, d'une tromperie, d'un mensonge, de certains procédés louches ou peu délicats, pour s'enrichir ou arriver. Il a le mépris des convoitises vulgaires, des profits sordides, des plaisirs trop grossiers, ignobles. Sa probité scrupuleuse pour le bien d'autrni. dont il serait dépositaire, est bien connue.

Il est aussi l'esclave du devoir professionnel, parfois jusqu'à l'héroïsme. La crainte de paraître dénué de courage ou poltron, lui fera affronter mille périls et la mort elle-même. L'honneur a eu ses martyrs et aussi ses fanatiques. Aux époques les plus troublées de notre histoire, nous avons vu des soldats sans vêtements et sans vivres, marchant à la mort pour l'honneur du drapeau ; nous avons vu des proscrits monter sur l'échafaud sans trembler, pour Thonneur de leur nom.

Cette puissance de l'honneur est à la fois merveilleuse et indéniable. Il y a là un ressort mystérieux, dont le philosophe doit découvrir le secret, s'il veut en connaître la véritable valeur au point de vue qui nous occupe, gu'esi-ce Qu'est-ce donc que l'honneur? Cette vertu « bizar-

Tiion-* re », comme l'appelait A. de Vigny, qui se tient debout au milieu de nos vices ; cette écorce verdoyante, recouvrant un tronc qui pourrait être à peu près pourri, comme le disait Prévost-Paradol, n'est en effet qu'une vertu de surface, composée surtout de deux sentiments : un sentiment de sa propre dignité, on ne veut pas déchoir, on veut pouvoir s'estimer soi-même ; — et aussi un sentiment de respect humain, on ne veut

neur ?

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