f 1, des
progrès croissant des instincts sociaux; 4° 1 amour «équivadu risque physique ; 5° l'amour du risque métaphysique.— J'ai beau les rapproclier et les exaininerje ne parviens pas à y découvrir une ombre de direction morale. Je vois là des faits et non des principes de conduite. Ce sont des faits, des tendances physiques ou intellectuelles, qu'il ne suffit pas de développer par l'éducation, comme on nous le propose, car elles n'ont rien de moral par elles-mêmes: loin de prod uire nécessairement le bien, elles produisent aussi le mal, et sont incapables de remplacer le devoir.
Consultez, en effet, les vies des grands criminels, des célèbres brigands et des grands aventuriers, fléaux du genre humain, vous les verrez précisément dominées par ces besoins exubérants d'action et d'expansion, visant au maximum d'intensité et d'extensité de la vie, dominées par un idéal de leur choix, et par l'amour impétueux de tous les risques physiques et métaphysiques.
Constater, analyser, décrire ces tendances naturelles et instinctives, voir leurs évolutions dans le passé, prédire même leurs transformations dans l'avenir, peut être une science instructive, qui s'appelle* l'histoire naturelledes instincts et des mœurs»; ce n'est pas encore de la morale. La morale a pour but d'éclairer et de diriger ces instincts, parla distinction du bien et du mal, et une règle de vie. Or on nous propose, au contraire, de supprimer cette règle avec la distinction du bien et du mal, et de nous fier à la direction naturelle et spontanée de ces instinls: ce n'est plus là une morale quelconque, mais la suppression même de toute morale. La suppression du devoir entraine donc la suppression de la morale elle-même:
50fi FONDEMENTS DE LA MORALE
chercher des é(}uivalenls au devoir, c'est la véritable
quadrature du cercle de la morale positiviste. On ne
remplace pas le devoir.
La En présence de ces résultats négatifs de cette mo-
^"'"l'f ^ raie soi-disant scientilique, et après les orgueilleuses
nouvelle • < 1 1 * < * i ^
science, csperances qu elle avait conçues et bruyamment annoncées, de détrôner et de remplacer « l'ancienne morale >, je ne m'étonne plus ([ue les esprits les plus distingués de notre temps, un instant séduits et ébranlés par ces pompeuses promesses, aient fini par proclamer publiquement « la faillite morale de la science >, ou plus exactement peut-être « la faillite de la nouvelle morale déguisée sous le masque de la science moderne >. Cette faillite, qui ne pouvait être plus lamentable, a été pour ces esprits la preuve la plus éclatante de la vérité de la « bonne vieille morale de nos pères >, et aussi de la nécessité de la religion chrétienne qui, seule, en est la dépositaire et la gardienne indéfectible, à travers les âges.
C'est là un nouveau point de vue, et un nouveau champ de bataille, où il nous faut encore suivre la morale indépendante.
wiraie II est clair, en effet, que la nouvelle morale est,avant S^de tout et par-dessus tout, indépendante de l'idée chrétienne.Libre sur tout le reste, c'est à peu près là le seul « dogme sans preuve > qu'elle impose à ses croyants, la seule vérité absolue devant laquelle ils doivent fléchir le genou. « A dire vrai, écrit M. Fouillée, l'indépendance de la morale par rapport à la religion (positive ou naturelle) est un point sur lequel sont d'accord presque tous les philosophes dignes de ce nom (1). »
^1; Fouillée, Critique des syslèmes. p. &2.
la Reii gion.
tonomie de la morale.
m. CRITIQUE. — MORALES INDÉPENDANTES 507
Il y a dans ce jugement, nous aimons à le croire, plus d'équivoque et de malentendu que départi pris. Accordons, tout d'abord, qu'il est une juste et même Juste au
iiri-i -I • .11 tonoini"
nécessaire liberté de la Philosophie, et partant de la jeja Morale, à l'égard de la Théologie révélée, que le moraliste peut et doit exiger. C'est une erreur condamnée par la Théologie elle-même, l'erreur fidéiste, de supposer la raison impuissante à édifier aucune science, par ses seules forces et sans le secours de la Révélation. Cette radicale impuissance de la Raison entraînerait, en effet, la ruine de la Foi chrétienne, qui s'appuie sur la raison, et lui demande de démontrer que les fondements de la foi sont raisonnables. Sans ces démonstrations préalables, notre foi, loin d'être raisonnable, comme l'Apôtre l'exige (1), ne serait plus qu'une aveugle crédulité. En sorte que nous pouvons, et que nous devons, soumettre notre foi au contrôle et aux exigences de la raison. C'est ce que font tous les théologiens catholiques, à la suite de S. Thomas et des grands Docteurs de l'Eglise, dans tous leurs traités de Théologie, notamment dans les traités préliminaires, de la Vraie Religion, et de la Véritable Eglise.
Que si la raison a ses lumières propres, elle peut et doit s'en servir pour édifier des sciences rationnelles ou de raison, entièrement distinctes de la Théologie, qui est une science d'auiorité.Lm science de la Philosophie,notamment, a droit de se constituer à part, avec un objet propre, des méthodes spéciales, un but différent, et d'être autonome dans son domaine, comme le Concile du Vatican l'a de nouveau proclamé (2).
Aussi, nous-même ,à la suite de S. Thomas et des docteurs chrétiens, avons-nous usé de ce droit et de
(1) « Rationabile sit obsequium vestrum. » Rom., XH, 1. ('2) Conc.Vatic, Cap. IV.
cette liberté, largement et sans scrupule, en édilianl la Morale rationnelle, comme les autres parties de la philosophie, sans recourir une seule fois, ni directement ni indirectement, A aucun argument théologique ou d'autorité divine. Nous n'avons admis aucune idée, aucune thèse qui ne fut agréée par la raison. Nos lecteurs nous en rendront facilement témoignage. Lumières C'est sculemeut lorsque la raison a découvert et
des
sciences reconuu le grand fait de la révélation chrétienne, qui phes!" domine l'histoire et le monde (1), et pris contact avec la science théologique qui en est l'interprète, que le rôle de la raison se trouve complété et circonscrit. Elle a désormais le devoir de tenir compte des vérités certaines de la théologie, comme de toutes les autres vérités découvertes dans les autres sciences limitrophes. De même que sa métaphysique n'a pas le droit d'être en contradiction avec les vérités certaines des sciences physiques, ni sa psychologie avec les vérités de la physiologie, ainsi sa morale ne peut contredire les vérités de la théologie morale.
En ce sens, il n'y a aucune science indépendante. La chimie est-elle indépendante des mathématiques ? La physiologie, indépendante de la chimie? On ne l'imagine même pas. Une vérité ne pouvant jamaiscontredire uneautre vérité, deux sciences limitrophes, la raison et la foi, ne i)euvent être qu'en désaccord ajiparent : elles doivent linir par s'entendre. Ce n'est là, au fond, qu'une simjde régie logique, et, en se soumettant à la logique, la raison n'a pas à craindre de s'humilier et de déchoir.
Loin de là, elle s'élève et s'enrichit, car toutes les
(1) « La philosophie de 1 hisloirn s'évanouit pour ainsi parler devant la divinité de Jésus-Christ. L'histoire est toute divine. et ce qu'il y a d'universel en elle, c'est précisément ce caractère de sa divinité. » Brunetière, Revue des Deu.i Mondes. 1«' aoiil 1891.
ancienne.
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conquêtes des sciences voisines sont indirectement une conquête et un progrès pour la pliilosophie ellemême. Elle est comme illuminée de tous ces reflets du ciel et de la terre, elle est fortifiée dans ses défaillances, affermie dans ses doutes ; elle voit plus haut et plus loin.
Or si la raison humaine, toujours courte par quelque endroit, a besoin d'être aidée et fortifiée contre
sespropres faiblesses, c'est assurément dans la science m.orale. L'histoire le prouve surabondamment.
Certes, ce n'est pas la pleine liberté dépenser ni Leçons l'indépendance complète des cultes établis, qui ont rHiîoire fait défaut aux plus grands génies de l'antiquité païenne , philosophes , orateurs, poètes ou savants d'Athènes et de Rome. Les philosophes grecs n'étaient point, comme ceux de l'Inde, de la Perse et de l'Egj^pte, des prêtres obligés de donner à leur enseignement moral un caractère religieux, et ils usaient de cette liberté. Xénophon et l'école d'Elée, Anaxagore et l'école d'Ionie, Euripide, Aristophane, et la plupart des penseurs avant Socrate, étaient déjà des incrédules, réfractaires aux fables mythologiques. Socrate jeta les premiers fondements d'une morale purement philosophique. Platon et Aristote complétèrent son œuvre, et, depuis eux jusqu'à Lucrèce, Epicure et Gicéron, la direction morale des consciences échappa aux Dieux de l'Olympe, pour passer entre les mains des philosophes.
Eh bien, tous ces grands penseurs dont s'honore l'humanité, ont-ils réussi à fonder une morale indépendante de toute idée religieuse, et à donner aux liommes une règle de vie ? Il est clair que non. Tout en louant volontiers les maximes élevées que nous
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rencontrons çà et là dans les ouvra^^os de Platon, d'Aristote, de Sénèque, d'Epictète ou de Marc-Aurèle, nous avons le regret de ne découvrir nulle part dans leurs ouvrages un corps de doctrine morale, entièrement solide et complet. <Jue d'erreurs, que d'incertitudes et de contradictions, même sur les principes généraux! La théorie même du devoir n'y paraît-elle pas un peu vague et flottante, et très incomplète (1)? Que serait-ce si nous entrions dans la critique des détails !
Impuissante à fonder une doctrine morale complète, la philosophie n'a pas été moins impuissante à la faire régner sur les masses populaires, pas même sur les classes éclairées de la société. Les siècles les plus policés de la civilisation grecque et romaine, <mt été les époques de la plus scandaleuse et abominable corruption, et même de l'inhumanité la plus révoltante. C'est le peuple d'Athènes, le plus policé du monde, qui vote sans scrupule regorgement de multitudes de prisonniers et le massacre de populations entières. C'est le peuple de Rome qui acclame, comme des jeux et des fêtes, les comijats où les gladiateurs s'entre-tuent par milliers, et qui applaudit aux bêtes féroces dévorant les chrétiens dans les arènes sanglantes. Et ce déluge de boue et de sang, de servilités et de hontes, n'a pu être endigué et refoulé que par le
(1) Ouoi qu'on en ait dit, il est impossii)le que les philosophes grecs, n'aient pas eu l'idée du devoir. C'était l'idée courante de tous les peuples, sans excepter le peuple grec. Les idées d'obligation, de responsabilité, de conscience, de culpabilité et de punition remplissent la littérature, la poésie, les institutions politiques et religieuses des Grecs. Nous en avons donné plus haut des exemples, qu'il eut été facile de multiplier. On doit seulement reprochera la plupart de ces philosophes de n'avoir pas su, dans leurs si/stètties, assez mettre en relief le caractère religieux du devoir en le rattachant à la raison absolue de Dieu. Mais ce caractère religieux du devoir, pour avoir été surtout mis en lumière par le christianisme, n't^n demeure pas moins une idée naturelle et philosophique.