I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES
libre arbitre, c'est-à-dire des causes capables de produire des effets variables à leur gré, capables de se soustraire elles-mêmes aux liens nécessaires qui devraient les faire dépendre de leurs propres causes, c'en serait fait de l'ordre invariable de la nature; les séries de phénomènes éprouveraient sans cesse des déviations anormales sous l'influence du libre arbitre, la nature retournerait dans le chaos, et la science pourrait renoncer à rien prédire ni à rien connaître de certain.
N'est-ce donc pas une illusion puérile de croire au y. oblibre arbitre de l'homme? N'est-ce pas une prétention ^""^""^ orgueilleuse et folle à cet être, si petit dans l'immensité de l'espace qu'il est à peine comparable à un grain de sable en face de l'océan, de se croire assez puissant pour venir briser à son gré la trame nécessaire des phénomènes cosmiques, et se soustraire lui-même aux lois de l'inexorable nécessité qui régit l'univers entier?
On le voit, nous n'avons pas cherché à affaiblir la force de l'objection des savants naturalistes; elle se résume en deux mots : si tout est nécessaire autour de nous, tout est nécessaire même au dedans de nous.
Malheureusement une telle induction, malgré ^a rigueur, apparente, est contraire aux principes de la logique. De quel droit, en effet, induire des lois de la matière aux lois de l'esprit, de la physique à la psychologie? Vous avez interrogé, je le veux bien, tous les êtres corporels, depuis les soleils immenses qui roulent dans les espaces infinis, jusqu'à l'atome qui se meut lui aussi au sein de la molécule, comme dans un système planétaire infiniment petit, mais vous avez oublié d'interroger votre âme, votre conscience, qui par sa nature spirituelle échappe aux lois
La
solution!
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(les infiniment graiirls et des infiniment petits ; or cet ouljli reiul votre observation gravement incomplète, et ruine par la base la gigantesque induction que vous avez élevée.
Pourquoi attribuera l'esprit les lois nécessaires de la matière ? et pourquoi ces deux mondes des corps et des esprits, régis par des lois dillerentes.ne feraientils pas l'un et l'autre partie d'un même plan, réunis harmonieusement dans une plus haute et plus vaste synthèse ? L'hypothèse de la nécessité ne serait qu'un point de vue de la nature, {)oint de vue qui demeure vrai, pourvu qu'il ne soit pas exclusif.
Comme l'a très bien dit Voltaire : l'expression « tout est enchaîné dans la A^rt/nr^, veut dire uniquementque tout y est ordonne, et nullement qu'il n'y ait qu'un seul ordre possible pour tous les êtres, celui de lanécessité ».Une observation plus exacte et plus profonde decette môme nature va nous confirmer dans cette conviction.
Appe^ à Chaque espèce d'être est régie par des lois spéciales obseivï- et irréductibles les unes aux autres. Ce n'est pas des
lion plus f
p'é'« lois géométriques que l'on peut déduire les lois de la physique, ni des lois de la physique qu'on déduit celles de la chimie, ni de toutes les lois du monde inorgani({ue que l'on déduit les lois orgaiiicjues, ni (les lois organiques que l'on lire les loi.s do la sensation, ni des lois de la sensation, ({u'on tire celles de la pensée ou de la volonté.
En outre, plus nous nous élevons dans l'échelle de ces êtres, plus nous constatons que les lois de leur activité se compliquent, et, parleur complexité croissante, tendent cà l'indétermination. Les calculs de prévision de l'astronome et du mécanicien sont presque rigoureusement exacts ; ceux du physicien, et surtout du chimiste, le sont beaucoup moins ; ceux du biolo-
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