‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 76 sur 211 · I.A LIBEHTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I.A LIBEHTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

« Rien ne se crée, rien ne se perd >. Cet axiome a priori des philosophes et des savants de l'antiquité, a été vérifié et précisé de nos jours parles balances de Lavoisier, qui a constaté la conservation des poids ou de la quantité de matière, dans toutes les métamorphoses chimiques. Mais si la quantité pondérable de la matière demeure identique dans la nature, pourquoi pas aussi la quantité impondérable de force ou d'énergie ? La réponse des savants a été formulée de plusieurs manières, et justifiée par les preuves les plus diverses.

Pour Descartes, c'est le mouvement en «c^^dont la ses deux quantité doit demeurer constante dans le cosmos, et la raison un peu surprenante qu'il en donne, c'est l'immutabilité des perfections et des volontés divines. C'est un axiome aux yeux de Descartes que « Dieu est la première cause du mouvement et qu'il en conserve toujours une égale quantité dans l'univers (1) >.

Leibnitz modifia profondément la formule cartésienne. Ce n'est plus le mouvement en acte, ou l'acte de l'énergie, qui demeure constant dans le cosmos, c'est cette énergie elle-même sous l'une ou l'autre de ses deux formes : le mouvement et la tension : c'est-àdire dans le langage plus précis de l'école, Vactc et la puissajice, dont la somme esttoujours identique, l'un gagnant toujours ce que l'autre perd.

Entre les deux formules, de Descartes ou de Leibnitz, les savants contemporains ont longuement hé- '^"^ site, mais ils ont tous placé le débat sur le terrain expérimental, abandonnant la discussion a priori de leurs devanciers, où il n'y avait plus d'espoir de la faire aboutir à une solution qui s'impose.

D'illustres physiciens, Joule, Hirn,Mayer,Regnault,

(1) Descartes, Principes. TI" p., n»36.

Histori-

152 FONDEMENTS DK LA MOHALE

Grove. Ampère, Fresnel et bien d'autres, se sont mis à la recherche des faits, et ont tenté la vérification expérimentale du principe de la conservation de l'énergie.

On savait depuis longtemps, par l'expérience vulgaire, que la chaleur produit le mouvement, et que réciproquement le mouvement produit la chaleur ; c'était là pour les savants comme une indication qui leur donna l'idée d'en rechercher l'équivalence. Une A la suite des ingénieuses expériences de Mayer à dé^î- Heilbronn en 1842, de Joule à Manchester en 1843, et verte, ^q j^ji-n eu Fraucc quelques années plus tard, le résultat fut atteint, et l'on put déterminer quel est Véqv.ivalent mécaniqve de la chaleur II fut démontré quepourélever de 1 degré la chaleur de 1 kilogramme d'eau, il faut dépenser une force de 425 kilogramraètres, c'est-à-dire une force capable d'élever 42.5 kilogrammes à la hauteur de 1 mètre, en 1 seconde de temps ; — et que réciproquement un poids de 425 kilogrammes tombant d'une hauteur de 1 mètre, élève de 1 degré la température de 1 kilogramme d'eau.

Dans le premier cas, le mouvement ne disparaît que pour faire place à une quantité de chaleur équivalente; dans le second, c'est la chaleur qui disparaît pour faire place à un mouvement mécanique équivalent.

Ces curieux résultats furent bientôt généralisés, et Grove enseignait aussitôt à Londres que < la chaleur peut imnié'liatementou médiatement })roduire l'électricité, l'électricité la chaleur, et ainsi des autres phénomènes, chacun disparaissant dans la même mesure où la nouvelle force ju-oduite se développe >. En d'autres termes, qu'il y a toujours dans le cosmos la même somme de travail mécanique ou de mouvement en acte, conformément à la pensée de Descartes.

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