‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 85 sur 211 · I. LA LIBERTÉ.— LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ.— LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

Celui qui a bien compris cette profonde théorie du 1

moteur immobile ne se laissera plus troubler par l'objection tirée de la conservation de l'énergie. Il expérimentera une fois de plus la fécondité merveilleuse de cette vieille métaphysique qui nous fournit des réponses claires et solides aux difficultés scientifiques les plus modernes et les plus imprévues. Le moteur immobile de S. Thomas, c'est précisément le fameux yoxivoir décrochant nul inutilement cherché sur le terrain de la mécanique par Gournot, Saint-Venant, Boussinesq et Delbœuf (1).

Concluons que les êtres vivants de la nature, qui se conclumeuvent eux-mêmes, n'ont besoin de produire aucun travail mécanique soit pour diriger les forces physicochimiques qui sont en eux, soit pour les faire passer de la puissance à l'acte ou de l'acte à la puissance ; ils peuvent par un acte vital immanent modifier l'état qualificatif de ces forces, sans rien ajouter à leur

ration immanente, ad intra ; tandis que le mouvement local provoque aussi le changement de qualité par le choc et l'opération ad extra.

(1) Voici quelques-uns des toxteR de S. Thomas auxquels nous venons de faire allusion. <( Motus seuiper ab immobili procedit » (la, q. 79, a. 8, c). — « Omnis motus supponit aliquid immobile » q. 84, a. 1, ad 3). « in quolibet genpre id quod est primum movens, non movetur secundum illam speciem motus ; sicut primum alterans non alteratur, (et primum movens non movetur » (3a, q. V2,3t.. 3^ c.) ; « lii quolibet enim motu fit reductio ad aliquod primum. quod non movetur secundum motum illum ; sicut alterabilia omnia reducuntur in primum alterans non alteratum » [De Verit., q. 4, a. 1, ad 3) ; — « Necesse est quod ante omne mobile inveniatur aliquid immobile secundum motum illum : sicut supra alterabilia est aliquid non alterabile.. . omnis enim motus causatur ab aliquo immobili » (Spiril. 10, c); — « Principium autem motus oportet esse immobile in uno quoque motu. sicut cum movetur manus quiescit brachium, et cum movetur brachium quiescit humérus, et sicut omnis motus ab aliquo immobili procedit (Anima, 3, lec. 15, fin.) ; — « Primum enim agens in quolibet génère ila est inlluens quod non est recipiens in génère illo ; sicut sol illuminât, sed non illuminatur ; et igniscalefacit, sed non calnfit » (3a, q. 22,. a. 4, c). — Cf. Aristote, De anima.

leur quantité qui demeure constante, suivant la loi de rinvariabilité de l'énergie.

LaiiiHTté Désormais, la liberté est hors de cause. Oue la vo-

L'St hors "^

•iccanie. louté liumajne, en ellet, soitréputéelibreou nécessitée, la loi de la conservation de l'énergie n'en a cure. Liberté ou nécessité sont encore des modes d'agir de notre volonté, des^tu/Z?7^.vdiiréreiites dans sa manière de passer de la puissance à l'acte, et nullement une qîianiiié nouvelle qui viendrait troubler les équations des mécanistes. Que je soulève librement ou fatalement un poids de dix kilos, la (iuantité de travail mécanique demeure identique, la dilférence est toute psychique et morale, entre le mode volontaire et le mode involontaire. De même, que je résiste librement ou fatalement à un mouvement d'impatience ou de colère, la quantité d'énergie inhibitive déployée par mes muscles est la même: la qualité seule est ditïérente. Dans Tun et l'autre cas, aucune impulsion ^.r- /eHewr^ n'est imprimée aux centres nerveux par la volonté, qui agit tout entière au dedans de leur être, comme moteur immobile, et n'ajoute par son action ({ualitative aucun travail mécani({ue.

Critique Telle est la solution qui nous a paru la plus satis-

antresso- falsaute et la plus complète. On peut s'en convaincre, en la comparant rapidement aux autres solutions philosophiques les plus récentes, pour voir en (luoi elles se ressemblent et en quoi elles dillèrent.

M.Fon- i\I. Fonsegrive fait appel à un agent intermédiaire entre la volonté et les forces matérielles de l'organisme qu'elle meut par cet agent. Dieu aurait pourvu chaque âme humaine d'une certaine quantité de cette force qui demeurerait constante. — Mais cette force intermédiaire, pourrait on objecter, est-elle spirituelle ou matérielle? Si elle est spirituelle, comment agitelle sur l'organisme sans augmenter l'énergie totale ;

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