‹ Études philosophiques (volume 2)Chapitre 86 sur 211 · I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES · texte numérisé non relu

I. LA LIBERTÉ. — LA LIBERTÉ ET LES SCIENCES MODERNES

et si elle est matérielle comment l'esprit peut-il agir sur elle sans augmenter l'énergie totale ? Le problème est déplacé seulement, loin d'être résolu.

Pour le résoudre, un des disciples les plus distin- ^^^J^f"" gués de Mgr Mercier, s'appuyant, dit-il, sur l'enseignement de ce maître éminent, M. Léon Noël, semble donner à la volonté le rôle de cause finale. 11 pense que les forces physico-chimiques de l'organisme sont mues et dirigées par la causalité finale de la pensée, et qu'ainsi il est inutile de lui supposer la causalité moh^ce qui seule soulève les difficultés de la science.

Sans doute, répondrons-nous, la cause finale est indispensable pour orienter la cause efficiente, mais elle ne saurait pourtant la remplacer (1). La théorie péripatéticienne des quatre causes, aussi bien que le principe de causalité, exigent que tout ce qui commence ait non seulement un but, mais un principe qui le faitcoinmencer, c'est-à-dire une cause efficiente. Bien plus, c'est à la cause efficiente qu'est attribuée Faction et sa responsabilité, et non à la cause finale. Il faut donc restituer à la volonté son rôle indiscutable de cause efficiente ou motrice, et montrer comment elle peut être cause < décrochante » ou « prohibante > ou « dirigeante » des énergies totales, actuelle et potentielle, sans faire varier leur quantité.

Mgr Mercier, au moins dans ses premiers essais (2), MgrMer-

" ^ ^ ' cier.

au lieu de ramener la volonté au rôle de cause finale,

avait cru pouvoir la réduire au rôle de cause formelle.

Il est clair qu'il ne s'agit pas ici déforme substan-

(1) La causalité motrice n'est attribuée à la cause linale que par métaphore, molio quœdatn melapJiorica. Aristote, De Gêner, et corrup., I. I, c. 6, trac. 55. — « C'est la préférence de la volonté qui meut, et non pas le but qu'on poursuit. » Arist., Eth. Nie, 1. VI. c. 2, § 4 (Didotj.

(2) Revue catholique, 1884, p. 108 et suiv. — La volonté n'est pas « cause efficiente, mais cause formelle de l'ébranlement du système ». Ibid., p. 121.

tielle, — comme un iiitci iirèle rcceiit a pu le croire, — mais de forme accidentelle. Le commandement de la volonté sur une antre faculté, môme ori^'.'inifjue, n'étant pas un élément substantiel, mais un accident qui donueàla faculté mise en acte, une manière d'être accidentelle et une action passagère.

Ce rôle de cause formelle attribué au commandement de la volonté sur l'acte impéré, est assurément très exact, et S. Thomas l'a explicitement reconnu en maint endroit. L'acte du commandement et l'acte commandé s'unissent, dit-il, comme la forme à la matière, pour ne faire qu'un seul tout. En sorte que la volonté devient la forme du mouvement, ou, si l'on veut, le mouvement matériel du membre devient volontaire, — bien loin que la volonté devienne matérielle, comme l'a faussement compris le même auteur contemporain (1).

Maiscitonslesparolesmèmesdu saint Docteur: < Le commandement de la volonté et l'acte commandé par elle, ne sont pas deux actes, mais un seul et même acte, comme un tout est un, bien qu'il soit composé de parties... Or comme tous les composés naturels sont composés de matière et de forme, tel que l'homme qui a un corps et une àme,... ainsi dans les actes humains, l'acte de la puissance inférieure sert de matière à l'acte de la puissance supérieure qui l'informe, puisque la puissance inférieure n'agit qu'en la vertu de la puissance supérieure qui la meut. L'acte du moteur premier sert de forme à l'acte du moi)ile '2). »

(1) « Si la volitiou est cause formelle de lébranltment... du sy.stème nerveux, il s'ensuit que la volition n'est formellement qu'un mouvement nerveux. » Hevue lho)tii.<te, mai 18ît7. p. 171.

(â) « Imperium et actus imperatus sunt unus et idem actus humanus, sicut (|uoiltlain lotuni, multi aulem secunduin partes... Sicut in génère reruni uaturalium aliquod totum componitur ex mnteria et forma, ut honio ex anima et corpore, qui est unum eus naturale, licet

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