PREMIERE PARTIE : LE MOUVEMENT
hommes de leur prouver l'existence de l'Etre suprême, combien nous sera-t-il encore plus permis de déplorer la nécessité où nous sommes de leur prouver l'existence des êtres réels qui les entourent, ou des êtres qu'ils sont eux-mêmes réellement, quoi qu'ils en disent !
C'est l'observation la plus vulgaire, comme aussi i
Preuve
la plus scientifique, qui nous a montré dans le monde par lex-
1? • -1^ périence.
1 existence du mouvement. L est a la même observation que nous ferons appel pour montrer à tous les gens de bonne foi, pourvu que leur rectitude naturelle d'esprit ne soit pas trop faussée par les préjugés et les sophismes d'école, que tout n'est pas mouvement ou changement, et que sous le mouvement et le changement qui passe, sous les variations perpétuelles de surface, nous saisissons avec évidence l'être qui est et qui demeure au fond identique à lui-même.
Cette conclusion pourrait déjà nous être suggérée par le caractère périodique et constant des mouvements de la nature, qui reviennent sans cesse toujours les mêmes dans les mêmes conditions. Ainsi, par exemple, la périodicité des mouvements sidéraux n'est pas moins évidente que la perpétuité de ces mouvements. Sur la terre, les types spécifiques des règnes minéraux, végétaux et animaux s'y maintiennent, au moins depuis les âges préhistoriques, et continuent à produire les mêmes phénomènes vitaux ou physico-chimiques.
Au travers des perpétuels changements de l'univers, nous entrevoyons déjà un fond de stabilité non moins remarquable; c'est une « possibilité permanente » des mêmes sensations, comme disait Stuart Mill, qui se traduit en langage scientifique par les lois de la natuie. Or ces lois se ramènent à une seule : les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Les natures des
la cons cieoce
choses sont donc permanentes et identiques à ellesmêmes. Sans celte permanence des causes, la récurrence des mêmes elïels serait inexplicable.
Appel;. Mais ce raisonnement est encore trop indirect. Allons " """ au plus profond, et essayons de saisir directement 1 être lui-même, l'être qui opère sous son opération passagère, l'être qui demeure sous les phénomènes changeants. D'abord, faisons appel à notre propre conscience. Je suis déjà vieux, mais je me souviens d'avoir été petit enfant, jeune homme, homme fait. Or, sous ces trois groupes de changements qui en résument une inhnité d'autres, — car on peut dire que chaque instant de ma vie a sa nuance propre, et que deux instants parfaitement semblables ne se répètent jamais, — je sens et je comprends que je suis resté au fond le même individu, le même être et la même personne, ou si l'on veut, le même principe subsistant d'actions et de passions, auquel je rapporte tous les mérites et démérites, tous les événements actifs et passifs de ma vie entière.
Nier ndentité ou la persévérance inaltérable de noire ,>ioi dans sa source profonde; nier cette évidence du témoignage de ma conscience, on la traitant d illusion, avecTaineouKant,est une négation a priori, toute gratuite, et qui nous acculerait à l'absurde.
Ma mémoire qui se souvient de tant de faits passes serait une contradiction vivante, puisqu'elle aurait ete le témoin successif de tous ces faits dont elle se souvient, et que, d'après nos sophistes, elle n'aurait pu en être témoin, ayant cessé à chaque instant d être identique à elle-même. Or cela est impossible,et nos adversaires ne sortiront pas de ce dilemme :
Ou bien le même être a subsisté en moi pendant ces soixante années de ma vie,puisqu'il s'en souvient, - ou bien il ne s'en souvient pas du tout ; -- ou mon êtr^ subsiste, ou je ne me souviens de rien.