‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 31 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT

Gependant,remarquons-le bien, ce n'est pas seulement ^"^,^^ par des raisonnements, c'est par une intuition immé- ^"^J^ diate que nous saisissons sous les phénomènes sensi- «'"C"-'"'^' bles qui passent, le moi, l'être que nous sommes, et qui demeure U7i et le mênie^ sous les changements quotidiens. En effet, je me saisis moi-même avec mon action ; je me sens agir, penser, vouloir. Et c'est pour cela que je dis : oiia pensée, mon action, au lieu de dire votre pensée, votre action, ou bien encore uoie pensée, une action, sous une forme impersonnelle. Voilà le fait de conscience. Aussitôt, dans ce fait sensible, mon intelligence perçoit Vêtre^ mon être, car l'être est précisément l'objet formel et adéquat de l'intelligence qui ne conçoit rien hors de l'être, et ne comprend rien qu'en fonction de l'être. « Illud quod primo cadit in apprehensione, dit lumineusement le Docteur angélique, est cns, cujus intellectus includitur in omnibus qua?cunique quis apprehendit (1). »

Ainsi, du premier coup, mon intelligence a pris contact avec l'être réel ou absolu ; elle s'est établie dans l'être comme dans son élément, et le phénoménisme pur est exclu. Supposez d'ailleurs qu'il en soit autrement, qu'au lieu d'atteindre l'être que je suis et qui en moi pense ou agit, je ne saisisse que le phénomène de la pensée ou de l'action séparé de celui qui pense ou qui agit. Désormais, je ne puis plus conclure avec Descartes : je pense, donc je suis un être ; cogito ergo suM ; je dois dire seulement : donc je suis une pensée : ergosum cogitatio. Encore cette conclusion est-elle excessive. Ne saisissant qu'une pensée sans aucune relalation avec l'agent, désormais inconnu, qui produit la pensée, je ne puis plus dire je pense , mais seulement o^ pense, comme on dit impersonnellement: il pleut

(1) s. Thomas, U 2œ, q. 94, a. 2.

OU IL neige ! Tant il est vrai qu'en parlant du pur phénomène subjectif, il devient à jamais impossible de rejoindre l'être. Il ne faut donc pas refuser de prendre comme point de départ l'être lui-même, comme notre conscience nous en donne le droit.

Nous avons donc retrouvé l'être subsistant un et le même, au fond de nos consciences, et cela serait à la rigueur suffisant pour asseoir une philosophie de l'être. Mais nous avons encore davantage, car l'être n'est pas seulement saisi au dedans, mais encore et tout d'abord, au dehors de nous et dans le monde entier, nnd.'.c- Sans doute, nous l'atteignons par induction. Remar- "0" quant chez nos « semblables » des manifestations physico-psychiques pareilles aux nôtres, notamment des actes d'intelligence et de mémoire, nous sommes en droit de leur attribuer un être personnel semblable au nôtre, et tous les codes de l'univers civilisé sont unanimes à reconnaître à tous les hommes la personnalité avec les droits naturels qui en découlent.

Par induction encore, nous allons retrouver l'être subsistant jusque dans les animaux, les végétaux et les minéraux qui composent le cosmos. Et que l'on ne redoute ici aucune illusion anlhropomorphique.De même que nous n'avons attribué l'être intelligent qu'aux individus qui le manifestent par des opérations intelligentes,ainsi nous n'attribuons l'être vital qu'aux espèces qui ont des opérations vitales ; l'être sensible aux animaux, l'être végétatif aux animaux et aux plantes ; enfin l'être minéral à tout ce qui présente des opérations physicochimiqueS;, qu'il soit organique ou inorganique.

L'homme étant un abrégé de l'Univers entier, un microcosme, comme le remarquait Aristote, nous expérimentons en nous tous les degrés de l'être, mais nous ne les projetons pas tous à la fois et sans distinction autour de nous ; nous les attribuons avec discernement

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