PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
aux hommes et aux clioses, dans la mesure où nous y sommes autorisés par les lois de l'induction, et tout péril d'anthropomorphisme est ainsi évité.
Cependant il serait excessif de croire que nous ne Appei
'■ , aux sens
connaissons les êtres qui nous entourent que par indue- externes. tion. Nos sens et surtout le toucher, dans leur perception immédiate, atteignent indirectement l'être concret en même temps que les modes d'être, car le mode d'être est inséparable de l'être. Ainsi, sous la rondeur d'une pièce de monnaie, mes doigts palpent une chose ronde, dure et figurée, en même temps que la rondeur, la dureté et la figure.
Mais ce n'est là, hâtons-nous de le dire, qu'une connaissance indirecte et confuse, qui resterait bien obscure sans le secours de l'intelligence. L'être des choses physiques, en effet, n'est pas l'objet propre des sens externes, objectum per se ; il n'est que leur objet concomitant et accidentel, objectum per accidens, en sorte qu'ils n'atteignent jamaisdirectement que le phénomène et le mouvant.
A ces témoignages de l'observation vulgaire, nous Appeia.ix
<^ *-' ... sciences
pourrions ajouter celui de l'observation scientifique la physi-
r J ' ques.
plus relevée, qui constate à son tour que tout n'est pas changement dans le cosmos, et qu^il y a aussi du stable et du permanent, régi par des lois invariables, si bien que l'idée de fixité ou de déterminisme semble tout gouverner dans la nature, sans en excepter le mouvement lui-même (1). Un ou deux exemples suffiront pour achever de nous convaincre, et c'est d'abord à la notion scientifique de la masse que nous ferons appel.
Au dire unanime de tous les physiciens, la grandeur rerma-
' •' . nence J-
d'une masse quelconque demeure identique à elle-même iamas«. partout, dans tous les temps et dans tous les lieux (2).
(1) « Qusecumque natura constant aut semper ita liunt aut plerumqiie. » ArisL, Phijs., 1. II, c. 4, S 3.
(2) La conservation de la niasse, serait-elle limitée à tous les corps
En un point quelconque du globe, du pôle à Téqualeur, dans les profondeurs de la terre ou sur la surface d'une autre planète, un corps exigerait toujours l'impulsion de lu même dose de force pour prendre la même vitesse : ce qui prouve qu'il garde toujours la même masse.
La masse, dit M, deFreycinet, « est indépendante de toutes les circonstances susceptibles d'influer sur l'état d'un corps. Non seulement elle est indépendante de sa température, de sa condition électrique, de sa cohésion, de sa fluidité; mais elle est indépendante aussi de la pesanteur. L'expérience répétée sur divers points du globe montre que la masse n'est pas affectée par la latitude, c'est-à-dire par l'inégalité d'action du globe terrestre... On peut concevoir une modification d'intensité de la gravité, sa disparition même (qui ferait succéder à l'ordre actuel un ordre absolument différent, ou plutôt un chaos), mais il nous est interdit de concevoir la disparition de la masse. Dans ce bouleversement immense, suite d'une altération de la gravité universelle, la masse demeurait intacte... Tous les phénomènes seraient modifiés, seul le phénomène de la masse ne se modifierait pas » (1). nencTde ^^ '«^ Tiiasse pcrsiste à travers la succession des phéla force, nomèucs changeants, la science en dit à peu près autant de la force. Les forces physiques des minéraux peuvent, au repos, garder leur intensité pendant des siècles, et même indéfiniment, car elles ne faiblissent jamais avec le temps. Bien plus, non seulement elles persistent, mais elles peuvent s'accumuler avec le temps, car les corps
que nos sens peuvent atteindre, c'est-à-dire à tout l'univers visible, suffit à notre thèse. En conséquence, on est libre d'admettre la nouvelle hypothèse des éleclronisles sur la variation de la masse avec la vitesse pour des particules invisibles, animées de vitesse supérieure à plusieurs millieis de kilomètres par seconde (Cf. Abel Rey, La théorie de la physique chez les physiciens contemporains, 1907).
(1) De Freycinet, Essai sur la philosophie des sciences, 2* édit., p. 1K2.