‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 33 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT

sont de véritables accumulateurs d'énergie. Ils sont accumulateurs de calorique, d'électricité, etc., dans certaines limites variables avec les espèces ; mais ils semblent accumulateurs sans limite d'action mécanique. En effet, la vitesse procurée à un corps par une force constante augmente toujours en proportion de la durée ; aussi la quantité d'action a-t-elle pour expression le produit de la vitesse par le temps écoulé, FT. Et cette loi de Galilée ne paraît pas souffrir d'exception. 11 suffît de soustraire les corps aux causes ordinaires de déperdition de la vitesse : frottements, chocs, résistance des milieux, etc., conditions qui assurent également la conservation des autres énergies naturelles.

De ces faits, la science s'est élevée jusqu'à cette loi [ générale de la conservation de Vénergie, qui domine i toute l'évolution cosmique, et dont nous aurons bientôt à expliquer le sens et la portée. La science moderne admet donc la persistance des forces aussi bien que des masses, et nous permet de conclure avec la plus entière certitude à la persistance de l'être. Tout n'est donc pas mouvement.

Il y a donc des choses immobiles sous les phénomènes mobiles, aux yeux de la science comme aux yeux du plus vulgaire observateur, et cette preuve expérimentale est si claire qu'elle pourrait amplement suffire (I). Cependant, à la suite d'Aristote, nous ajouterons une preuve rationnelle, car la raison en témoigne à son tour, et ne peut concevoir qu'il en soit autrement.

En efTet, on ne conçoit pas un mouvement sans un „ "

' ^ ' Preuve

de raison.

1) « Similiter et impossibile est omnia moveri : aut alla semper mo-

ëri, alla semper quiescere ; nam adversus hsec omnia sufficit pro-

batio una : quia videmus nonnulla modo moveri, modo quiescere. »

Aristote Phys., 1. VIII, c. 3, § 6. — « Dicere omnia moveri falsum qui-

dem est. » Ibid., % à.

SUJC(.

être en mouvement, un changement sans un être qui change, une action sans un agent, un devenir sans un être qui devient, en un mot un attribut sans sujet. Se faisant l'écho du simple bon sens, Aristote en a vingt Pas fois fait la remarque. « 11 faut, dil-il, un sujet qui pro-

■laitribiil -vil .1 T r

duise ou qui soulne le changement... Par exemple, s'agit-il d'un changement de lieu, il faut un sujet qui soit tantôt ici, tantôt ailleurs et en un autre point. S'il s'agit d'un changement par accroissement, il faut un sujet qui grandisse ou diminue. S'agit-il d'un changement par altération, il faut un sujet qui puisse être bien portant et puis malade. Enfin la même observation s'applique à la génération : il faut un sujet qui naisse et puis qui meure (1). »

Un peu plus loin, il ajoute encore plus clairement: '( Les choses sensibles changent, c'est-à-dire passent (l'un contraire à un autre. 11 faut donc qu'il y ait sous le changement un sujet qui demeure pour passer d'un contraire à un autre, puisque ce ne sont pas les contraires eux-mêmes qui peuvent changer. Les deux contraires ne restent pas ; c'est donc un troisième terme qui reste. la matière (3). »

Par exemple : le malade guérit ; il passe de la maladie à la santé. Qu'est-ce à dire ? Que la maladie est devenue santé ? Ce serait absurde. Il faut donc supposer un troisième terme, Vhomme, et dire qu'il a passé de la maladie à la santé. « Toujours les contraires quels qu'ils soient sont les attributs d'un sujet, et il nest pas un contraire qui existe séparément (3). «

Mais ce n'est pas tout. S'il est inintelligible qu'un attribut soit sans sujet, il n'est pas moins inintelligible

^1) Aristote, Physlq., 1. VII, c. 1, § 7. (2) Aristote, /6/rf., 1. XI, c. i», § 1 .2 ; Cf. c. 10, § 3. ^3) 'Aei OLpK TrâvTK TàvavTta -/«Ô'vTrozïfpÉvOL;, z«t oùÔîv yjafji(7Xo-i). Aristote, Ibi'd., \. XIII, c. 1, § 2.

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