‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 34 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT

— à un autre point de vue, celui de la causalité et de la ^^^ •**

' mouve-

finalité, — de supposer un mouvement ou un devenir mentsans

• • cause

pur, sans rien qui fasse devenu^ ou sans rien de nouveau ^^^ut"* qui devienne.

1° Un devenir sans quelque chose qui fasse devenir, qui soit la raison d'être et la cause motrice ou efficiente du devenir, est une conception contradictoire, comme nous le montrerons plus loin en traitant tout au long de la causalité. D'autre part,

2° Un devenir sansquelque chose denouveaugttzc^emenne n'est pas moins contradictoire. On ne se meut pas uniquement pour se mouvoir ; on ne devient pas uniquement pourdevenir ; on n'évolue pas uniquement pour évoluer, mais pour produire un résultat autre que le mouvement ou le devenir. Tout mouvement est un acte incomplet, disait Aristote (1), parce qu'il n'est qu'un moyen et non un but. Ainsi l'étude, la marclie, la construction ne sont pas des buts, mais des moyens pour atteindre un but. Dans la vie elle-même, ou dans l'évolution vitale, que nos adversaires nous allèguent sans cesse, le changement, — toujours partiel et de surface,

— n'est qu'un moyen. Le but de l'effort vital, c'est de faire durer l'être vivant, grâce à une adaptation nouvelle ; c'est de conserver l'être et ses fonctions essentielles,en maintenant uniforme la composition chimique et la température du milieu interne, qui ne pourraient changer sans danger de mort. Et cette grande loi de la w constance vitale )> domine toute la biologie.

Le mouvement n'est donc qu'un moyen, le but c'est l'être, soit l'être ancien à conserver, soit l'être nouveau à produire, en sorte que le devenir sans l'être n'aurait aucun sens. Le devenir pur est donc insoutenable (2).

(1) UiTCi '/àrj ■/.hr,'7i; v.7Ù:hi. Aristote, Mêla., 1. YIIF. c. 6, § 7.

(2) Cette vérité capitale que l'être vivant n'évolue que pour se conserver était récemment proclamée par M. Bourget, de l'Académie

7fi THÉORIE FONDAMENTALE : ACTE ET PUISSANCE

„"ï Du reste, si rien ne subsiste, si rien ne dure, si l'être

Preuve ' ' '

parvab- subsistant est une chimère, mesurez les eraves consé-

surde. ^

1" Né a- quences d'une telle négation. Il faudra dire que nous 'l'.'îl'^j''' naissons et que nous mourons à chaque instant, pour renaître et mourir de nouveau à l'instant suivant. La création et l'anéantissement de chaque chose se répéteront des milliards de fois par minute, sans parvenir à imiter, môme de loin, la durée de chaque individu, car toutes ces coupures innombrables dans l'existence l'auront divisée, subdivisée, pulvérisée sans fin, et tous ces fragments successifs, sans aucun lien qui les unisse, bien loin de pouvoir contrefai)e la continuité et l'unité de l'existence individuelle, ne seront plus qu'un monceau de ruines de leur merveilleux édifice. L'être n'est plus, et la phantasmagorie qu'on nous propose ne le peut imiter.

Que si Ton ne peut admettre une telle conception d'un monde anéanti et recréé à chaque instant sans pouvoir jamais être, il faut donc admettre qu'il dure et se prolonge en son fond, identique sous de perpétuelles modifications de formes, c'est-à-dire qu'il faut admettre l'existence et la durée réelles des êtres qui le composent.

Une autre conséquence, encore plus grave, de la négation de l'être est la suivante. Après avoir fait évanouir l'être, objet de la science, la science elle-même s'évanouit avec les premiers principes de sens commun qui découlent de l'être, notamment les principes d'identité

française (Ga3e/<e de France, 6 février 1908), et à l'Académie (Séance des cinq Académies, 2ô octobre 1906), M. Dastre démontrait qu'il faut de la fixité dans la vie et non un perpétuel écoulement; fixité, par exemple, dans la composition du sang et de tous les tissus fondamentaux ; fixité dans toutes les fonctions essentielles, etc. Fixité d'autant plus grande que l'être est plus parfait.

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