‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 38 sur 118 · ACTE ET PUISSANCE · texte numérisé non relu

ACTE ET PUISSANCE

Malheureusement, cette indifférence sceptique à l'être ou au néant briserait l'élan de la pensée humaine, et mutilerait notre nature dont « toute la dignité est de penser ». Le remède proposé serait donc un vrai suicide, une abdication impossible à l'esprit humain. Déjàstip- Aussi Aristote n"a-t-il pas craint de stigmatiser dans

ma lises , .

pa'- les termes les plus énereriques ces audacieux négateurs

Aristote. , . ^ , , tx i • i i • .

de la raison et du bon sens. Four lui, le sophiste qui ose nier l'être et le principe d'identité ou de contradic-

y a toujours un milieu, une conciliation possible, qui affirme et qui nie à la fois l'un et l'autre, du même objet et sous le même rapport. — Mais aucun géomètre n'accordera à Hegel que A soit un terme distinct de + A. Le signe positif y est sous-entendu, pour la rapidité du discours, mais il serait impossible de donner un sens à un signe qui ne serait ni positif, ni négatif, ou qui serait les deux à la fois. t)u reste, pour plus de clarté, remplaçons les signes algébriques par les deux propositions grammaticales suivantes : Les 3 angles d'un b'iangle égalent 2 droits ; les 3 angles d'un triangle n'égalent pas 2 droits. Il devient aussitôt manifeste que ces deux propositions s'excluent absolument, et qu'il n'y a entre elles aucun « troisième survenant » possible. Ici plus d'appareil algébrique pour trompe-l'œil.

11 est vrai que lorsqu'il ne s'agit pas de vérité absolue, mais contingente, la même proposition peut s'affirmer ou se nier à des points de vue di/fé>'«n«s, mais jamais au même point de vue, sous le même rapport. Si, par exemple, Pierre a bon cœur et mauvaise tête, on pourra dire qu'il est bon et qu'il n'est pas bon, mais à des points de vue différents. Ou bien, si son cœur est bon en telle mesure, on peut affirmer qu'au delà, il ne l'est plus. Mais s'il a tel degré de vertu, vous ne sauriez dire en même temps qu'il l'a et qu'il ne l'a pas. Aussi les exemples apportés par Hegel, où il semble que l'on puisse également affirmer ou nier, ne semblent tels que parce qu'il ne s'agit jamais exactement de la même cbose, sous le même rapport. La citation suivante suffira pour le montrer :

Voici comment Hegel a cru prouver que quelque chose et autre chose sont mé»î6 chose : « Nous demande-t-on quelle difi'érence il y a entre quelque chose et autre chose, il est visible qu'ils sont tous les deux la même chose ; identité que la langue latine rend fort bien par l'expression a^t«(/ aliud. En effet, ai(<re c/tose en face de qutlque chose est lui-même quelque chose ; et c'est pourquoi l'on dit quelque chose d'autre ; de son côté, le premier quelque chose étant déterminé est lui-même autre chose en face de Vautre chose » (tom. IV, p. 182). Donc, quelque citose et autre chose (le soleil et la lune) doivent être identiques, puisque les deux sont également quelque chose el autre chose !. ..En vérité, la sophistique grecque était encore plus subtile et plus profonde, — surtout moins lourde, — que la sophistique germanique, et nous avions tort de sembler leur décerner un prix exsequo. (Cf. Graly, Logique, t. I, ch. 2, La logique du l'anthéisme.)

Page 1