‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 39 sur 118 · PREMIÈHE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈHE PARTIE : LE MOUVEMENT

tioD n'est qu'un menteur qui se trompe lui-même, odie'^/eva^évoç', c'est un être incapable de rien comprendre, oùôèv -/àp vMyixai vozlv ; semblable à une bûche, op.oioq yàp (pu-co, avec laquelle il serait inutile et môme ridicule de vouloir raisonner puisqu'elle est sans raison : yelolov rh Kr,-ilv Xôyov, T:prj; rov p-r/Sevog syo'j-x lôyov ; — ou bien encore un sophiste dont les paradoxes ne méritent pas un examen sérieux, 7:£/0i ovSsvôg èaTi npog roOrov y] œ/J'^ii; ; un sophiste qui devrait se taire après avoir détruit la possibilité même de la parole, où^iv yàp Hyei ; et qui devrait imiter Cratile, lequel ne pouvant plus rien dire, se contentait de remuer le doigt, dllà. tôv ^a.y-v}.ov ky.dvci p.ôvov (1).

Gomme on le voit, l'erreur hégélienne est décrite et exécutée, vingt-deux siècles à l'avance, non seulement avec une élégante maestria^ mais un accent d'indignation dontAristote n'est nullement coutumier. La raison en est que Thégélianisme fausse ou brise en secret les ressorts essentiels de la raison humaine ; il est la systématisation réfléchie de l'absurde : une maladie dont on ne guérit plus.

Renan lui-même en faisait l'aveu, lorsqu'à cette question : un esprit longtemps faussé parles subtilités peutil guérir ? il répondait : « Il est trop tard ! On ne guérit pas de la subtilité. On peut reconnaître qu'on s'est faussé l'esprit, mais non le redresser. Et puis, ajoutaitil élégamment, la déviation a tant de cliarmes, et la droiture est si ennuyeuse, qu'en vérité, si j'étais à recommencer je la préférerais peut-être encore (2) ! »...

Ce mal est donc sans remède... Mais il n'est pas le Germes seul. Le regard pénétrant du Stagirite a deviné, dans nisme"

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cette erreur maîtresse, le germe des plus graves erreurs ii,[„e.

(1) Aristole, Mêla., 1. III, c. 4,5.

(2) Renan, /'rt/r(cc (Roman par lettres publié dans la Revue da Deux- Mondes, 15 mai 1908). On entrevoit que ce n'est pas seulement la pensée qui f,'ravite autour du problème de l'être, mais la vie morale tout entière.

futures, notamment du monisme panthéistique, et l'a vigoureusement dénoncé. « Si les contradictoires étaient également vraies, relativement à la même cliose, continue Aristole, dès lors tout serait confondu avec tout. Ce serait une seule et môme chose qu'une galère un 'mur et un homme^ si Ton peut indifféremment tout affirmer ou toutnier... Unhomme n'est évidemment pas une galère, mais il l'est si la contradictoire est également vraie. On retombe ainsi dans le panthéisme d'Anaxagore pour lequel : toutes choses sont confondîtes les unes avec les autres ; et par là même, il n'y a plus rien qui soit réellement existant »... Car « s'il est vrai que tel être soit homme et en même temps nonhomme, indifféremment, il n'y a plus réellement ni homme, ni non-homme (1). »

Cette vigoureuse réfutation du monisme antique est toujours valable. Il suffirait de rajeunir l'exemple de la galère, du mur et de V homme, pour répondre à M. Bergson nous répétant avec uneinsistance inquiétante que pour lui : « un verre d'eau, l'eau, le sucre et le processus de dissolution du sucre dans l'eau sont sans doute des abstractions (2) «. Pour le monisme, en effet, toute distinction réelle est une illusion.

qui'T'se Et comme la contradiction systématique doit finir elle- par se détruire elle-même, voici la dernière conséquence que signale Aristote : « Prétendre que l'être et le non-être sont identiques, c'est admettre l'éternel repos (du monde) et non l'éternel devenir. 11 n'y a rien,

(1) « Item si contradictiones simul verse de eodem omnes, patet quod omnia erunt ununi, §^).&jv wç arravra IVrat iv ; erit etenim idem et triremis, et paries, et homo, si de omni conlingit quicquam aut affirmare aut negare. ... patet quod homo non erit triremis: sed est eliam, si contradiclio vera est. Et jam fit quod Anaxagoras aiebat : « simul omnes res esse », ita ut niliil vere unum sit, » — « Nara si verum est quod homo est non-liomo, patet quod etiam nec homo, nec non-homo erit. y Arist. , Me^a., 1. III, c. 4, §16, 19.

(2) Bergson, LEvolul. créât. ,^. 10, 366.

même

sens pratique.

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