PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
tuel. Si l'image sensible peut être mouvante, l'idée abstraite ne le peut pas, car son objet est essentiellement fixe et immuable. Pourquoi cette difîérence et ce contraste ?
Si l'idée abstraite, par exemple l'idée de mouvement en général, n'est pas mouvante, mais fixe et invariable, ce n'est donc pas que nous soyons privés d'images mobiles du mouvement, et obligés de nous contenter d'instantanés fixes et immobiles, pris sur la réalité mobile, comme l'a dit M. Bergson, mais uniquement parce que ridée (ou le concept) ne représente nullement le même objet que l'image. L'image représente un fait instable : qiiod est ; Pidée représente au contraire une raison d'être stable : quod quid est. Expliquons ces formules classiques :
Sous Timage sensible d'un mouvement quelconaue, 'î^''?'"^/
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mon esprit découvre une possibilité éternelle réalisée, «déridée. et c'est ce type j^ossib le que l'idée représente. Or ce type d'un mouvement fugitif, temporel et contingent, est lui-même un type immobile, éternel et nécessaire. C'est l'archétype idéal, ou la forme nécessaire, ou Veloo: de Platon, d'Aristote, de Descartes et de Leibnitz, de Kant lui-même, et de l'humanité tout entière. C'est la vision de ce monde idéal des possibles, — quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, — et dont noire monde actuel est une réalisation imparfaite et fugitive.
L'idée n'est donc pas " une vue stable prise sur l'instabilité des choses », comme le croit M.Bergson (1), mais une vue stable de la partie stable des choses. Toute chose, en effets a deux aspects : l'un individuel et contingent, l'autre idéal et nécessaire ; l'un mobile et fugitif, l'autre immobile et éternel, qui nous donne la raison d'être du premier et nous le rend intelligible.
(1) Bergson, L'Evolution créatrice, p. 340.