ACTE ET PUISSANCE
Sans doute, — et nous l'accordons bien volontiers, — il faut se garder des idées « toutes faites » ; il faut faire nous-mêmes nos idées « sur mesure », en les façonnant peu à peu, en leur donnant une ressemblance de plus en plus rigoureuse et adéquate avec les réalités observées dans la nature. De telles idées, abstraites de la réalité, et toujours maintenues en contact avec la réalité, si incomplètes qu'on les suppose, conservent toujours la valeur de leur origine, et nous n'avons aucun droit de les tenir en suspicion.
rldieuM ^^ craignons donc pas cette fixité immobile et rafndispen- dicusc de ridée. C'est cette fixité du phare, qui guide sable, igg mouvements du pilote et l'empêche de s'égarer ; c'est cette immobilité du point d'appui qui fait la force du levier de notre esprit, car le statique sera toujours le pivot essentiel du dynamique, aussi bien pour les mouvements de l'esprit que pour ceux du corps. Ainsi, par exemple, le raisonnement doit s'appuyer sur le principe, et le principe sur l'idée, pour qu'ils soient bien fondés et solides.
On a cru pouvoir, d'un mot magique, exterminer l'idée en disant qu'elle est chose « cristallisée » et « morte », d'où « la vie s'est retirée ». Mais ce ne sont là que des jeux d'esprit, où Ton confond l'idée et son objet.
En vérité, l'idée est l'acte vital de l'esprit ; loin d'être une chose « morte » ou un « résidu inerte », elle est un « fruit » de l'esprit. Bien loin d'avoir l'immobilité impuissante du cadavre, elle est la puissance et la fécondité même. Comme l'observe S. Thomas, nos idées se divisent ou s'accouplent, et se fécondent entr'elles, donc elles vivent. •
Elles sont la source mère de toutes les sciences, car il n'y a de science que de l'universel et du stable, comme M. Poincaré, lui-même, le reconnaît après