‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 49 sur 118 · PREMIERE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE : LE MOUVEMENT

Ces exemples nous amènent à saisir une autre distinction fort importante. Autre est la puissance du disciple à travailler et à s'instruire ; autre est la puissance du fer à rougir dans le feu ou la puissance de l'argile à être modelée. Celle-là est une puissance active, celleci une puissance passive. La première est une faculté d'agir, de produire un effet [virtus producendi) ; lu seconde est une aptitude à subir un effet [capacitas suscipiendi aliquod complementum) . « La puissance active, dit Aristote, est le principe du mouvement et du changement dans un autre ou dans une autre partie du même individu. La puissance passive est le pouvoir d'être mu par un autre ou par une autre partie de soi-même (1). o

Cette puissance passive est quelquefois appelée une possibilité, mais c'est là une équivoque et un abus, car il faut bien se garder de confondre la puissance avec cette pure possibilité logique ou métaphysique, ro oyvarôv, qui désigne la non-contradiction, et que l'Ecole définit : non repugnantia ad existentiani. « Le possible, dit Aristote, n'a rien à voir avec la puissance » (2). La puissance active, comme celle d'un ressort élastique non encore tendu, aussi bien que la puissance passive, par exemple, l'aptitude de Targile à être pétrie et modelée, sont quelque chose de réel et de positif dont tel ou tel autre corps, le fer et le marbre, sont évidemment privés. C'est Y impuissance a^-jvv.ulcf. qui est une privation ou un non-êtro, et non pas la pnissa?iceoùyxuiç{^)-

(1) « Poteutia activa est priiicipiiim transmutationis in alio, prout est a.\md, xp'/ri uzzxrioAr,ç èv allco ri ri y^lo. Potentia passiva principium transmutationis passivœ ab alio, aut prout aliud est, '^px'o y-t'oL^olr,rtKOnriy.viç {tnaXkov ri ri y.ï)o. Arist., Meta., I. VIII, cl, § 3, 4. — Cf. 1. IV, c. 12, S 1, 2.

(2 AvvaTÔv où/.KTà ôûvat/w. fhicL, 1. IV, c. 12, S 10.

;3j « Nunc autem habet quamdam disposilionem, causani et principium hu.juscomodi passionis... impotentia vero privatio potentia; est et quaedam talis principiia blatio, quale diximus. » Arist., Meta., 1. IV, c. 12. .5 5, 6.

Puissance aclive et passive.

Puissance ^^ puissance comporle d'ailleurs une foule de degrés, chaîne, |j gg^ ^lair qu'un architecte très exercé dans son art a

éloignée. '

la puissance de bàlir une maison, dans un degré bien supérieur à celui d'un architecte novice. La puissance de celui-ci est supérieure à celle d'un ignorant qui pourrait apprendre l'art de l'architecture mais qui ne le connaît pas encore ; enlin nous ne trouvons plus qu'une puissance radicale à cet art dans le petit enfant. Les scolastiques ont ramené tous ces états potentiels à deux principaux : la puissance éloignée et la puissance prochaine. Celle-ci est prête à passer à l'acte, staiim ad actum potest reduci ; celle-là a besoin d'y être disposée ; mais il faut reconnaître dans chacun de ces états une foule de nuances et de degrés dilTérents,

La puissance active est souvent appelée ac/6 premier par opposition à son opération, qui est Vacte second. Ainsi le raisonnement est l'acte second de la raison. Il y a donc plusieurs degrés dans l'acte comme dans la puissance. Ce sont autant d'échelons successifs par lesquels l'être s'élève à la plus haute perfection dont il est capable.

II Cet état de simple puissance est assurément quelque

chose de très mystérieux, mais son existence est parfaitement constatée soit par la conscience, soit parles faits vulgaires que nous venons de rappeler. Nous allons ajouter qu'il est encore mis en évidence par une multitude de faits scientifiques oii l'état de potentialité joue un rôle si important.

En histoire naturelle, on pourrait citer mille faits remarquables: par exemple, la reviviscence des vibrions, des nostics, des rotifères. Après leur congélation ou leur dessiccation parfaite, il suffit d'une goutte d'eau et d'un peu de chaleur pour les ranimer. De même, la vie dans un batracien complètement gelé peut reprendre son cours après le dégel. L'exercice de la vie n'élait donc

Preuves

expéri-

menlales

i' Faits bioloiïi-

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