PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
que suspendu par la siccité ou le refroidissement ; la vie ne persévérait pas en acle^ mais seulement en puissance.
Toutefois le fait le plus important, car il domine et inspire toutes les sciences biologiques, est celui de Fé- "î"^ volutiou embryonnaire. Cet ovule fécondé, au moment où il va commencer son évolution, n'est encorde qu'un devenir ; il renferme les virtuosités de choses qui n'existent pas encore. Impossible de découvrir ni même de supposer dans sa substance homogène les moindres linéaments de l'organisme qui en sortira finalement après une série de métamorphoses les plus étonnantes. Et cependant cet ovule microscopique renferme déjà, d'une certaine manière, l'organisme entier d'un être nouveau, avec son tempérament, son caractère, ses aptitudes, ses tendances morbides qui se réveilleront à échéances fixes et mille prédispositions héréditaires ; en un mot, il renferme l'avenir tout entier d'un individu et même de plusieurs générations.
Ce fait scientifiquement certain, aux yeux de tous les biologistes contemporains, comme nous le démontrerons dans une Etude spéciale sur la Fie, nous fait toucher du doigt la réalité de cet état mystérieux de Puissance active, de cet état où l'élément dynamique existe obscurémentsansse manifester encore, mais où il est prêt à passer à Vacte et à s'exprimer dans la matière, prêt à l'organiser et à la spécifier dès que les conditions extérieures deviendront favorables.
Aussi, vaincus par l'évidence de ce fait, les savants ont-ils dû reprendre la théorie, et jusqu'à la terminologie d'Aristote : « Le germe, écrit Mûller, c'est le tout in potentia ; quand il se développe, les parties intégrantes apparaissent inactu. En observant l'œuf, nous voyons apparaître sous nos yeux cette centralisation des parties émanant d'un tout potentiel (1). »
(1) MùUer, Manuel de physioL, t. 1, proleg., p. 20.
Après le témoignage du monde organique, écoulons
celui du monde inorganique.
"cm"* Tiai^is, les combinaisons chimiques, les corps mis en
miq.ies conlact révèlent loul à coup des affinités privilégiées ou
'( électives » qui dissimulaient leur présence, et sont de
véritables potentialités.
Bien plus, dans tout composé chimique, les éléments perdent les propriétés qui les caractérisaient ; de leur union dérive un nouveau corps parfaitement homogène, doué de propriétés toutes nouvelles et souvent opposées aux anciennes. Ainsi, par exemple, si l'on vient à combiner dans des proportions convenables le chlore et le sodium, substances qui sont l'une et Tautre éminemment vénéneuses, le produit qui en résulte, bien loin d'être un poison, est un des aliments les plus utiles à l'homme : le sel marin.
De même, si l'on combine un volume d'oxygène à deux volumes d'hydrogène, ces deux gaz produiront de l'eau à l'état de vapeur, puis à l'état liquide, et douée de propriétés physiques et chimiques fort différentes des deux gaz qui l'ont constituée.
Mais si l'on parvient ensuite, à l'aide de la chaleur ou de l'électricité, à détruire la combinaison ainsi formée, et à séparer les éléments unis par l'affinité, ces éléments reparaissent de nouveau avec toutes leurs propriétés primitives : ces propriétés n'étaient donc pas anéanties pendant la durée de la combinaison ; elles y demeuraient en puissance.
Ici les chimistes modernes tiennent exactement le même langage que nous, M. Berthelot, après avoir fait l'analyse et la synthèse du sel marin, en tire la même conclusion: « Il est donc démontré, nous dit-il, que le composé se trouvait réellement en puissance avec toutes ses qualités, dans les corps composants mis en évidence par l'analyse (Ij. »
(1) M. Berthelot, La Synthèse chimique, p. 7.