‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 57 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVExMENT 12t · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVExMENT 12t

que, les deux fluides électriques de Dufay et d'Ampère, qui étaientclassiques il y a cinquante ans, sont réduits à une seule force ; les forces magnétiques sont devenues un cas particulier des actions électro-dynamiques ; on a pu ramener à une même cause le mouvement orbilaire des planètes, la chute dos graves à leur surface,, le ilux et le retlux des océans qui les recouvrent..., etc. Tout bon philosophe doit applaudir à ces éliminations ou à ces simplifications des forces matérielles de la nature, dès qu'elles sont justifiées. Mais la négation radicale de toute force et de toute activité dans les corps inorganiques est évidemment une exagération regrettable et un but chimérique. Aussi n'est-ce pas sans étonnement que nous avons vu ces savants distingués affirmer hautement que « le but de leurs travaux était de faire table rase de toutes ces forces abstraites (1) ».

Ce n'est pas ainsi, croyons-nous, que les plus puis- Témoisants génies de la science l'ont jamais comprise. Le Newton! grand Newton disait au contraire que « déduire des phénomènes de la nature un petit nombre de forces ou de causes générales du mouvement, et faire voir ensuite comment les propriétés de tous les corps et leurs phénomènes découleutde ces causes reconnues, ce serait faire de grands pas dans la philosophie naturelle, malgré que ces causes demeurassent cachées (2) »•

Les savants qui, de nos jours, ont fait écho à ces sages ^^ paroles de Newton, sont devenus de plus en plus nom- ^hem"~ breux. On sait avec quel éclat M. Duhem a réhabilité

(i;P. Secchi, L'Unité des forces vhyskjiies, p. 450. — De niêuie : A. Brasseur, La Psychologie de la force.

(2) « Ex phrenomenis naturse, duo vel tria derivare generalia motus principia, et deinde explicare qiiemadmodum proprietates et rationes rerum corporearum omnium ex principiis istis manifestis consequantur, id vero magnus esset factus in philosophia progressas, etiamsi principiorum istorum causse nondum essent cognitœ. » (Newton, Op/ic, 1. III, q. 31.)

dans la physique moderne les fameuses qîialités actives, soi-disant u occultes », de la matière, et les plus modérés j^'^^jg dans celte réhabilitation, comme ^l. de Freycinet, n'ont ^nef' P^^ craint de censurer etde condamner le mécanisme pur. « 11 n'est pas moins illogique, écrivait ce savant, de repousser la notion directe de force, sous prétexte qu'elle est puisée dans le sentiment de notre ell'ort personnel, c'est-à-dire dans l'observation de la nature. Pourquoi ne pas repousser aussi les couleurs du spectre solaire, parce que c'est notre œil qui les voit ? En définissant la force (par sa mesure) a le produit delà masseparlavitesse », comme le voudraient certains auteurs, en donnerait-on une idée bien nette à l'homme qui n'aurait jamais essayé sa force musculaire? » — Et il ajoute combien un procédé d'ailleurs si obscur et si mystérieux, lui semble dangereux : c Autant les mathématiques pures, dit-il, aspirent à s'élever dans la région de l'abstrait, autant les sciences physiques, dont la mécanique est la première, doivent plonger leurs racines dans le conciet, sous peine de manquer de base et de s'épuiser bientôt en spéculations chimériques (1). »

fe Cela est encore plus frappant dans les sciences bio-

p.e'rnard. logiqucs oii SOUS le uom dc principe vital, d'idée directrice, d'àme ou d'entéléchie, ou toute autre étiquette, la force s'impose, bon gré, mal gré, à l'esprit de tous les savants. On sait avec quelle conviction Claude Bernard en prenait la défense, et avec quel courage il protestait contre la plaisante raillerie de Molière, mettant sur les lèvres de son candidat au bonnet de docteur la fameuse « ve7Hu dormitive ». — Cur opium facit dormir e ? Quia in eo est virtus dormitiva, cujus est 7iatura sensus assoupire. — « Cette réponse parait plaisante ou absurde, répliquait Claude Bernard ; elle est cependant la

(l) De Freycinet, Essai siir la philosophie des sciences, 2» édit., p. 172.

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