PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
seule qu'on pourrait faire (1), » — Sans doute le piiysiologiste doit approfondir davantage la nature de cette « vertu dormitive » pour essayer une l'éponse moins vague et plus précise. Il doit, par exemple, montrer dans l'opium un poison paralyseur des cellules nerveuses... Mais au bout de toutes ses recherches, c'est encore une force ou une vertu spéciale, — vertu dormitive ou paralysante, — qu'il sera obligé de reconnaître et de cataloguer, sous une étiquette plus ou moins heureuse, sans pouvoir aller plus loin.
D'ailleurs, lorsqu'on aura réduit non seulement la Tcmative « vertu dormitive », mais encore le calorique, Télectri- ,kiue'des cité, la lumière, le magnétisme, l'attraction universelle, nl'L"' l'affinité chimique, la cohésion, l'élasticité, en un mot, toutes les propriétés vitales, physiques et chimiques aux mouvements vibratoires des atomes et des sous-atomes, sous la pression d'un milieu invisible et non moins problématique appelé éther ; lorsqu'on aura essayé de tout expliquer, tout, jusqu'à la constance invariable des types spécifiques, leur structure régulière, leurs propriétés physiques ou chimiques, par une accumulation prodigieuse d'hypothèses sur la nature « exceptionnelle » de ce milieu éthéré, et sur l'influence de ses « grands tourbillons » ou de ses petits « tourbillons infinitésimaux », qui viennent fort à propos produire tous les eiïets que l'on désire, seraient-ils les plus variés et les plus contradictoires (2); lorsque la science aura fait cela avec plus ou moins de vraisemblance, à quoi aura-t-elle abouti ? A transporter dans le monde invisible et hypothétique de l'élher (3) les causes des phé-
(1) eu Bernard, /.o science expérimentale, p. ô7.
(2) P. Secchi. Opus cit., pp. 153, 160, 293, 295, 436, 484, 569, 654, etc.
(3) Nous n'avons pas qualité pour apprécier ici, encore moins pour combattre l'hypothèse d'un milieu éthéré distinct de la matière cosmique, hypothèse généralement admise aujourd'hui, malgré l'opposition de savants distingues, qui ont déclaré hautement que ce fluide impon-
nomènes observés dans le monde visible et réel des corps ; c'est-à-dire qu'elle aura reculé la difficulté sans la résoudre. — A son tour, ce monde invisible et impondérable sera-t-il lui-même une force active ou passive ? S'il est une puissance active, vous ressuscitez, sans parvenir à l'effacer^, la notion de force. — Si l'éther est au contraire purement passif, il faut remonter, pour trouver la cause active de son mouvement, jusque dans un troisième monde, le monde des Esprits ou de Dieu lui-même : ce qui a pour le moins le double inconvénient de nier l'activité intérieure et extérieure des corps, v, gr., leur force de cohésion, d'expansion, d'élasticité, qui est le fait capital de la nature ; et surtout de rendre inintelligibles la transmission du mouvement et la loi de la conservation de l'énergie : phénomènes impossibles à expliquer sans l'activité des corps, comme nous le démontrerons en son lieu, à la suite de savants de premier ordre, comme Mayer, IlirnetM. Duhem.
impos- jNous verrons que le mouvement mécanique ne se se passer rattachc pas toujours à un mouvement mécanique anlé-
[orce. rieur ; qu'il peut être produit par un changement qualitatif on qua7ititati/ des forces physiques ; que du reste, le mouvement ne produit pas toujours le mouvement directement, mais indirectement, puisqu'il peut y avoir un arrêt entre les deux mouvements du moteur et du mobile (par exemple, entre le va-et-vient du balancier ou d'une tige d'acier en mouvement oscillatoire ; ou bien entre l'aller et le retour de deux billes qui se choquent et rebondissent) ; et que, pendant cet intervalle ou cet
dérable auquel on aUribue les qualités des solides, est une pure imagination, compiètemfint inutile, insuffisante et contradictoire (Voy. Grove, Corrélalion des forces physiques, p. 1^1). Nous ne combattons ici que l'exagération qui la porterait à nier radicalement les forces physiques. D'ailleurs nous ne dissimulons pas que cette gigantesque hypothèse, qu'entourent d(;,jà de sinistres prosages, pourrait s'écrouler sans émouvoir lEcole : impavidam ferient ruinœ.
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instant d'arrêt, le jeu des forces élastiques doit servir d'intermédiaire entre les deux mouvements.
Nous verrons aussi qu'il y a d'autres causes que le mouvement local ; que celui-ci n'est au fond qu'un phénomène superficiel, manifestant une cause plus profonde ; et que cette vraie cause, c'est la force sous ses transformations multiples.
Mais n'anticipons pas : il nous suffit ici d'avoir mis ^/^"'^g,^^ en lumière les notions Aa puissance ^\- d'acte, et d'avoir "«''on^montré que la notion de force, qui en est la synthèse, bien loin d'être une « pure abstraction » ou une qualité (( occulte », est au contraire la cause concrète qui produit l'acte ; c'est l'activité même de la substance, vis insita (1), qui se mrznî/es^e par son opération.
Que les mathématiciens et les physiciens, dans leurs calculs, fassent abstraction de la nature des forces (2), c'est-à-dire des causes qui produisent les phénomènes, soumis à leur analyse, cela leur est parfaitement permis puisqu'ils ne visent qu'à les mesurer ; mais cette omission serait tout à fait indigne d'un vrai philosophe (3).
(1) Cette expression est de Newton, qui considère avec raison la force comme un attribut de la substance matérielle. Supposer, comme l'a imaginé un physicien célèbre, que la force est séparée de la substance, qu'elle n'est ni attribut, ni substance, ni esprit, ni matière, mais un intermédiaire entre les deux , serait inintelligible. Voy. Conséquences phil. et mélaph. de la l/iermodynamiqve, par M. Hirn, ou sa brochure : La Cinétique inodema et le dynamisne de l'avenir.
{'2] Les physiciens emploient le mot fo)X'e vive pour désigner le produit de la masse en mouvement par le carré de la vitesse, MV" ; aussi n'y a-t-il aucune contradiction à dire que la Force vive s'épuise en agissant, tandis que \^ Force ou puissance active des philosophes se complète et se perfectionne par l'action.
(y) M. Poincaré en convient : « Ce qui importe (au physicien), dit-il, ce n'est pas de savoir ce qu'est la force ; c'est do savoir la mesurer *>. Savoir ce qu'est la force, « c'est l'affaire du métaphysicien». La Science et l'Hypothèse, p. 129, 2i6.
Le
iiioiivenient ea général .
espèces.
Nature du mouvement.
Après avoir constaté que le mouvement existe, qu'il est le fait essentiel de la nature, et que tous les êtres qui la composent sont nécessairement à l'élat d'acte ou de puissance, et successivement dans ces deux états, par rapport au même effet, il nous sera moins difficile d'expliquer le passage de la puissance à l'acte, et de donner du mouvement une définition conforme à la réalité observée.
Dans le III* livre de sa Physique^ Aristote nous enseigne que le mouvement pris dans un sens très général, est une espèce de changement dans les êtres matériels ; c'est le passage d'un état à un autre état, non pas du néant à l'existence, ni de l'existence au néant ; — ce serait attribuer le mouvement à ce qui n'existe pas : « impossibile est enwi nihilum moveri » (1) ; — mais plutôt le passage d'une manière d'être à une autre. Et comme toutes les manières d'être susceptibles de changeses irois uicut pcuvcnt sc ramener aux trois catégories du lieu, de la qualité et de la quantité, il y aura aussi, nous dit-il, trois espèces de mouvement : le changement purement local, ou translation; le changement de qualité, qu'il nomme altération ; enfin le changement de quantité, ou développement et réduction de masse. « Quoniam autem nec est suhstantiœ, nec ejus quod ad aliquid refertur, nec ipsius facere vel pati, relinquitnr ut inqiialitaie, et quantitate, et uhi duntaxat sii (2). »
(I) « Quoniam non entibus non attribiiunt ipsum moveri. » Phys.^ c. 3, fin. ^ ^ „ , .
(2; Phijs., L. V, c. 2, ^ 10. — 'End oîovt£ oùtik; o'jts ro'jnpoçri o-jts
mouvement
local.