‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 66 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT

précision de lanî^age, qui est moins une erreur qu'une ,Ç,«

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lacune, provenant du point de vue pratique où elle se "'"^j^^" place. La science veut ûiesurer le devenir ou le mouvement ; il faut donc qu'elle le prenne par ses côtés accessibles et mesurables. Or le devenir n'est saisissable que par ses effets ; le mouvement n'est mesurable que grâce à des points de repère fixes, par les relations spatiales ou temporelles qu'il implique, soit entre le point de départ et le point d'arrivée, soit entre des points intermédiaires utilement choisis, c'est-à-dire en fonction d'espace et de temps. Le physicien mesure le trajet par la trajectoire sous-tendue, sans aucunement les con-^ fondre, comme on le lui reproche gratuitement (1). Et cette mesure indirecte. — la seule possible, — force le savant à négliger, sans la nier, l'essence fondamentale du mouvement, qui est hors de ses prises ou de ses mesures, et qu'il abandonne par force à l'étude du métaphysicien.

En niant Ja possibilité de tout point de repère fixe, soit au commencement ou à la fin de chaque mouvement, soit dans les intervalles au gré du physicien, M. Bergson commet une autre exagération non moins blâmable, puisqu'elle rendrait impossible toute mesure réelle du mouvement, et ruinerait la science de la mécanique.

Ce qui nous paraît encore plus grave, dans la défini- Aune

^ , ' , , défaut do-

tion cartésienne, c'est qu'elle est manifestement incom- '»

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plète, puisque, sur les trois espèces de mouvement que pan'' nous avons constatées dans la nature, elle en supprime deux. Une telle omission dans un traité de physique ou de mécanique ne nous étonnerait point. Le mathématicien a bien le droit de ne s'occuper que du mouvement purement local, en négligeant les deux autres.

(I) Le Roy, lleviie de Meta, et de Morale, mars 1907, p. 133.

sienne.

Mais un philosophe qui les exclut volontairement, de parti pris, soit de sa définition, soit de sa philosophie tout entière, change ainsi d'un seul coup la conception métaphysique de l'univers, glisse sur la pente de l'idéalisme, et s'expose par conséquent aux plus graves critiques (1).

Il n'est même pas bien sûr qu'un physicien puisse se permettre cette simplification. Y a-t-il des mouvements purement locaux? En dehors des mouvements purement passifs de translation, nous ne le croyons pas. Tout déplacement de la matière est essentiellement lié à des réactions, et partant à des modifications dans les qualités physiques de celle-ci. Ainsi le mouvement de rotation exige un développement de force centrifuge au sein de la matière en rotation, et partant des modifications caloriques, électriques, etc. Tel autre mouvement exigera dans la masse diverses déformations, compressions, dilatations, etc.. Et tous ces signes qualitatifs et quantitatifs du mouvement réel, pourront suppléer très souvent aux points de repère extérieurs et locaux, qui peuvent manquer sans diminuer en rien la réalité du mouvement local. Alors pourquoi les supprimer dans la définition du mouvement en général ?

méufode Une telle suppression, bien loin de résulter de lob- ^■f. servation attentive et scrupuleuse des phénomènes, ne

« Idées ' '

claires

^1) Celte définition a donné lieu à bien d'autres difficultés que nous avons cru pouvoir négliger parce qu'elles ont moins d'importance. Ainsi elle rend impossible le mouvement absolu, c'est-à-dire celui qui ne serait pas relalif à un autre cirps: par exemple, le mouvement de l'ensemble des mondes créés, ou bien le mouvement d'une planète si Dieu l'avait créée toute seule... Le mouvement sur place d'un bateau, par exemple, ou d'un poisson qui résiste à un courant, serait pareillement impossible, etc., etc. — Descartes en enseignant que tout mouvement est « réciproque », et que si A se meut vers D, on peut tout aussi bien dire que c'est B qui se meut vers A, soutient un paradoxe évident, comme l'a si bien montré la réplique d'Henry More : « si je suis assis tranquille et qu'un autre s'éloignaut de mille pas devienne rouge de fatigue, c'est bien lui qui se meut et c'est moi qui me repose. »

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