‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 70 sur 118 · PREMIÈRE PARTIE ." LE MOUVEMENT · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE ." LE MOUVEMENT

de mouvement emprunte au mouvement extérieur. C'est une chaleur, un de ces feux sans lumière comme ceux qui s'allument dans le vin qui fermente. » — « C'est un feu qui fait la vie tant qu'il brûle ; c'est lui qui, en s'éteignant, fait la mort (1), » — Enfin « le sang produit dans le cerveau un certain vent très subtil, ou plutôt une flamme très vive et très pure » (2) ; ce sont là les u esprits animaux », non moins célèbres que les plus fameuses entités scolastiques, et qui ont eu la singulière fortune d'être élevés au rang des « idées claires ».

Non seulement cesi a priori que tout coi'ps est réduit ^.^* ^°i*

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à l'étendue géométrique et au mouvement mécani- "^^ "'";'"

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que, mais les lois elles-mêmes de ce mouvement seront construites a pWorz,et uniquement fondées sur l'idée de Dieu, de son immutabilité, ou de quelque autre « idée claire ».

Cette loi, par exemple : la quantité de mouvement demeure constante dans le monde matériel ; quelle en est la preuve ? C'est que Dieu étant immuable « doit conserver en l'Univers, par son concours ordinaire, autant de mouvement et de repos qu'il en a mis en le créant (3) ».

Ou bien cette autre loi : tout corps qui se meut tend à continuer son mouvement en ligné droite, et non pas en ligne circulaire. Pourquoi ? Parce que Dieu doit le produire en la matière pur une opération très simple. Or, « de tous les mouvements il n'y a que le dioit qui soit entièrement simple et dont toute la nature soit comprise en un instant (4) ».

Enfin les conditions dans lesquelles ces lois déterminent

(1) Disc, de la mélh.,b' p., I, 174. — V p., TlII ; IV', 43.

(2) L'homme. IV, 354. — Dioptriq. dise, 4',V, 39.

(3) Descartes, Principes, 2' part.

(4) Descartes, Le monde, IV, 201.

448 THÉOniE FONDAMENTALE : ACTE ET PUISSANCE

le mouvement des corps, sont toujours des conditions imaginaires que l'expérience est impuissante à vérifier. Ainsi elles supposent « que les corps sont parfaitement durs et tellement séparés de tous les autres, qu'il n'y en ait aucun autour d'eux qui puisse aider ou empêcher le mouvement {\^ ».

Ce trait du génie géométrique de Descartes et de sa méthode a priori et déduclive est si frappant, pour tout lecteur impartial de ses ouvrages, que nos philosophes modernes les plus indépendants ont fini par le reconnaître et le proclamer. Voici un de leurs témoignages les plus remarquables.

.?^" «Jamais physicien, nous dit M. Liard, ne fut plus

deiex- dédaigneux de l'expérience que Descartes. Au lieu d'in-

périence. o r ^

duire des faits observés les lois qui les régissent, il prétend les déduire des notions pures de l'entendement (2). L'expérience semble peser si peu pour lui, qu'il invite son lecteur « à sortir de ce monde, pour en venir voir .) un autre tout nouveau, qu'il fera naître en sa pré- » sence dans les espaces imaginaires (3) ».I1 dirait volontiers : pour faire la théorie du monde matériel, il faut perdre jusqu'au souvenir de la matière, ne rien emprunter aux représentations sensibles, tout demander à l'entendement pur, négliger tous les résultats de l'observation, et « considérer seulement ces semences de vé- » rites qui sont naturellement en nous-mêmes ». De ces semences, idées claires et distinctes de l'étendue, de la figure et du mouvement, il fait sortir par une déduction progressive, les lois générales du mouvement, la formation des cieux, des astres, de la terre, l'explication de la lumière et des principaux phénomènes physiques,

(1) Descartes, Princip., 1. II, art. 46; III, 168.

(2) « Si nous voulons trouver ce que c'est que l'elTet, il faut d'abord connaître la cause, et non pas lefTet avant la cause. » Descartes, Hégul. Reg. 6 ; XI, 228. — Cfr. Disc, de In méthode, 6<" part., F, i94.

(;{) Descartes, le monde, ch. vi ; IV, 246.

l'expérience.

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