PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
celle de la vie et des phénomènes les plus obscurs qui s'y rattachent, en un mot une théorie géométrique et mécanique de l'univers corporel (1) ».
Et cependant on ne saurait douter que ce puissant ^^^j^l géomètre ne fût aussi un observateur curieux et infati- '^,°"°i''® gable ; son histoire, sa correspondance, ses ouvrages, ses premières expériences de vivisection, ses découvertes en témoignent hautement. Mais, pour Uescarles, l'expérience a une portée secondaire et bien difîérente de celle que nous lui assignons aujourd'hui, lorsque nous la considérons comme la source directe de nos connaissances. Voici le rôle auquel elle se trouve réduite.
D'abord elle nous indique à quels faits nos théories devront être appliquées. Les faits observés ne sont plus que les « poteaux indicateurs » qui nous montrent le chemin que doivent suivre les déductions de nos principes a pfiori. D'autant plus que, selon la remarque de Descaries lui-même, de tels principes « sont si amples qu'on en pourrait déduire beaucoup plus de choses que nous n'en voyons dans le monde ».
En second lieu, comme un monde ainsi reconstruit a priori^ par des idées rationnelles, n'est encore qu'un monde possible, (\m peut être fort différent du monde réel, il faut appeler en témoignage l'expérience pour qu'elle nous marque les ressemblances au moins partielles entre nos théories et les faits. Mais comme il est facile, avec la meilleure bonne foi, d'interpréter les faits scientifiques de manière qu'ils cadrent avec nos théories préconçues, surtout dans certaines sciences en voie de formation qui, suivant la parole du docteur Longet, « sont si riches en faits, qu'elles n'en refusent à aucun système !... » Et lorsque certains faits paraissent réfractaires ou moins dociles, comme il est facile
(1) Descartes par M. Liard, vice-recteur de l'Académie de Paris, p. 111.
à ceux qui, avec Descartes, tiennent en suspicion tout ce qui vient des sens, et font de l'évidence rationnelle le critérium exclusif de la vérité, comme il leur est facile de rejeter tous les phénomènes inexpliqués, dans le domaine des illusions des sens, ou des formes subjectives de la sensibilité !...
Méthode vraiment très commode pour simplifier le monde des corps, mais qui a le double inconvénient de compliquer et d'obscurcir étrangement le monde de l'esprit, et de nous fabriquer un monde matériel tout géométrique et fort différent de celui que nous avons sous les yeux.
Dans ces conditions, l'expérience est devenue la très humble servante de la « Raliocination », elle a perdu à la fois sa dignité et son autorité.
Nous croyons donc pouvoir conclure avec Fauteur déjà cité : « S'il est faux que le démon de la géométrie ait perdu Descaries, il l'a du moins égaré. »
Alors même que la réduction de tous les corps à une matière unique qui serait V étendue géométrique (l) ! et de tous les phénomènes à des mouvements mécanique s devrait être le dernier mot de la science future, ces théories, d'ailleurs si contraires à toutes les apparences, devraient être le résultat final de nos observations, le couronnement dernier de la science, et non pas le point de départ et le principe de nos déductions scientifiques.
Sans doute, nos modernes ont essayé de corriger Descartes, dans ce qu'il avait de plus exagéré. Le moumocu"rne. v^^^nt n'cst plus pour cux un mouvement géométrique et abstrait, c'est le produit d'une force interne, d'une énergie active (2). De plus, ils font profession de
(1) Descartes, Princip., p. 2, n"» 10, 21, 64.
(2) Aristote avait eu soin de nous faire observer « qu'en géométrie, si l'on dit qu'il y a mouvement, c'est une pure ftclion, puisque de
In fluence
de Liescarles sur la