PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT
rejeter de la science toute conception a yriori, et de l'echercher dans la nature elle-même les notions et les lois (|ui l'expliquent.
Mais pourrions-nous affirmer sans crainte qu'ils ne subissent plus l'influence de Descartes et la direction toute-puissante imprimée par lui aux générations nouvelles ; qu'ils ne sont plus orientés a priori et comme fascinés par l'hypothèse grandiose de ce génie des mathématiques (1) ?
S'il en est autrement, pourquoi s'obstinent-ils à ne discuter jamais, et, tranchons le mot, à ignorer l'ancienne doctrine que Descartes a exilée de la science pour lui substituer la sienne ? D'oii vient qu^ils n'ont pas essayé de renouer connaissance avec cette théorie tout expérimentale du mouvement, que les deux plus grands génies de la civilisation grecque ont opposée à la théorie mécanique déjà soutenue par Epicure, si victorieusement, qu'elle a pu leur survivre et régner, non sans quelque gloire assurément, depuis le siècle de Périclès jusqu'au siècle de Descartes ?
Lorsque la science moderne, moins indifférente pour unreiom-
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ses propres ongmes, se sera décidée a étudier et à '"cnce. approfondir cette grande théorie péripatéticienne du mouvement, peut-être reconnaitra-t-elle qu'elle est le fruit de l'observation la plus sincère et nullement le
fait aucun des êtres qu'elle considère n'est mù réellement )). — « in illis enim, ut aiunt, motiones fingunt : mathematicorum namque moveri nullum ». Kai ^/àp to xtvîtTQaj, w; fy.ni, TÙÂrxovjvj In «Otojv* oO yà^ zivîtTÔKt Twv 'j.c/3ri'j.ot.riy.wj où5;'v. De molione animalium, I.
(Ij Nous pourrions en dire autant de l'influence de Kant en Allemagne. En voici un aveu sous la plume de Wundt : « La hase fondamentale philosophique des sciences naturelles modernes, en général, et en particulier de la théorie des sens a reposé, jusqu'à ce jour, sur les idées de Kant. La doctrine des énergies spécifiques est un écho physiologique de la tentative de Kant, de découvrir les conditions données a priori de la connaissance ou bien (ce qui est équivalent) ses conditions subjectives, comme on le voit très clairement chez M. J. Millier, le représentant le plus éminent de cette théorie ». Wundt, Eléments de psych. phys., I, 361.
résultat d'idées a priori ; qu'elle est moins étroite, puisqu'elle réconcilie, dans l'unité de l'être, le double élément de la quantité et de la qualité, du vrai et du beau ; et qu'elle n'est pas moins grandiose que la conception cartésienne, puisqu'elle résume tous les phénomènes de l'univers dans une idée, l'idée du mouvement, mais du mouvement entendu dans son sens le plus large, le plus élevé et le plus conforme à la réalité observée ; peut-être finira-t-elle par reconnaître qu'une synthèse qui élève l'esprit humain à des hauteurs si sublimes témoigne pour le moins d'autant d'ampleur et de simplicité de génie !...
En attendant ce retour qui, grâce à Dieu, commence à se dessiner, qu'il me soit permis de conclure avec M. B. St-Hilaire : « Je préfère donc encore la définition aristotélique à la définition cartésienne; et au risque de provoquer quelques sourires parmi les savants de notre époque, je m'en liens à VActe dii possible (de la puissance), avec les explications que j'ai données plus haut (1). »
caitésten Dcpuis quc uous avons écrit ces lignes pour la pre- ^?*' mièrefois, en 1886, nous avons eu la joie d'entendre
mais brisé .
d'éminents professeurs de la Sorbonneleur faire écho, en protestant contre l'étroitesse du cadre cartésien, que la physique moderne faisait éclater. Ainsi M. Séailles écrivait en 1890 : « Après avoir tout expliqué par la qualité^ on ne veut plus voir en toute chose que quanlité et mouvement ; peut-être l'esprit en viendra-t-il à concilier ces deux éléments de la pensée, à faire entrer de nouveau dans l'idée du vrai total, ce qui, le rappro-
(1) B. St-Hilaire, Préface de la Physiqne, p. 126.