PREMIÈRE PARTIE : LE MOUVEMENT ISS
chant du vrai et du beau, le rend vraiment intelligible (1).»
De son côté, M. Boutroux, dans son cours de 1892- 93, faisait le procès des Ihéories purement mécanistes : « Les mécanistes, disait-il, n'ont pas expérimenté la force... la mécanique des mathématiciens n'est qu'abstraction... Elle enregistre les conditions formelles des mouvements, non leurs causes réelles... La question de la force réelle, physique, reste tout entière... Une des conséquences du théorème de Glausius est incontestablement l'introduction de la notion de qualité dans les lois générales du mouvement. .. C'est l'apparition dans la physique scientifique nouvelle d'une nouvelle notion (2).»
Mais ce ne sont pas seulement des philosophes de Brisé profession, ce sont les savants eux-mêmes et des savants favarul de premier ordre, tels que Rankine, Mayer, Hirn et Duhem, qui de leurs propres mains ont brisé le cadre cartésien,en le remplaçant par un autre plus souple el plus grandiose oij tous les faits scientifiques pourront désormais se classer librement. Qu'on nous permette de citer ce qu'écrivait, en 1894, l'un de ces physiciens dont l'autorité est hors de conteste.
Après avoir rappelé l'échec des « essais audacieux » de '^Glausius, de Boltzmann et d'Helmholtz, pour identifier la chaleur à un mouvement invisible des molécules, et faire de la Thermodynamique un cas particulier de la Dynamique ; après avoir dit que cet échec avait conduit beaucoup de physiciens contemporains à rendre la Thermodynamique indépendante de toute hypothèse mécanique sur la nature de la chaleur, — M. Duhem montre qu'il faut aller plus loin et faire du
(1) Bévue philosophique, 189 , p. 554.
(2) Les cours de philosophie en France, 1892-93, par R. P. Gardeil» Revue Thomiste, sept. 1893.
euxmêmes^
mouvement mécanique un cas parliculier d'une science plus générale, (science du changement ou du mouvement dans le sens large d'Aristote,) ù laquelle on peut conserver le nom de Thermodynamique.
nouv°eîie " Nous avons constitué, dit-il, sous le nom de Tiier- 'dyna"-° ïïiodyuamique, une science qui embrasse, dans des prinmiquc. cipes communs, tous les ciiangements d'états des corps, aussi bien les changements de lieu que les changements de qualités physiques. Les principes de celte science sont les lois expérimentales que Sadi Garnot, Mayer, Joule, Glausius,W. Thomson, Helmholtz ont établies ou éclaircies... » Et il conclut ainsi sa démonstration: « Il nous semble qu'une conclusion générale se dégage de cette étude: si la science des mouvements cesse d'être, dans l'ordre logique, la première des sciences physiques, pour devenir seulement un cas particulier cC une science plus générale^ embrassant dans ses formules toutes les modifications des corps, la tentation sera moindre, pensons-nous, de ramener l'étude de tous les phénomènes physiques à l'étude du mouvement (local); on comprendra mieuxque le changement de lieu dans l'espace n'est pas une modification plussimple que le changement de température ou de quelqu'autre qualité physique ; on fuira dès lors plus volontiers ce qui a été jusqu'ici le plus dangereux êcueil de la physique théorique, la recherche d'une explication mécanique de l'Univers (1).»
inipor- Cette évolution des sciences physiques modernes
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celte revenant à leurs origines, trop longtemps oubliées, et
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aesidées. jusqu'à la Célèbre conception aristotélique du mouvement, est un fait capital dont on ne saurait trop exagérer la portée; mais, ce qui n'est pas moins curieux, peut-être, c'est que la philosophie '( nouvelle » elle-
(1) Duheiii, Comment, aux priiicipes de la Thermodynamique (Journal de Jourdan, 1894).