ACTE ET rCISSAXCE
Son essai de mélaptiysique.
Critique.
mesja Physique devient pourTaine un simple problème de Géométrie ou de Mathématiques.
Or nous savonsqu'en Géométrie ouenMalhématiques, la causalité n'existe pas ; il n'y a, nous l'avons vu, ni acte ni puissance, ni avant ni après, puisque les principes et leurs conséquences sont éternels ; et partant, le principe de causalité n'a rien à y voir, tout étant régi par le principe d'identité et ?es nécessités logiques. Les conséquences se déduisent des antécédents par la simple voie d'analyse, qui passe du même au même, par équivalence, en vertu d'une nécessité a priori.
Eh bien ! peut-on imposer celte explication à la Physique? Peut-on dire, avec Taine, qu'en Physique, comme en Mathématiques, « tout composé se réduit en simples ; que totd produit implique (seulement) des /acteurs ;. .. que le produit équivaut aux facteurs ; que tous deux ne sont qu'une même chose sous deux apparences ; que la cause ne diffère pas de l'effet ; que la force active par laquelle nous figurons la nature n'est que la nécessité logique^ qui transforme l'un dans l'autre le composé et le simple ; que celle maihématique universelle est le terme de toute science ?... » (1).
Il est clair que cela ne se peut sans une radicale con-
(1) « Il y a une force logique intérieure et contraignante qui suscite tout événement, qui lie tout composé, qui engendre toute donnée. Gela signifie, d'une part, qu'il y a une raison à toute chose, que tout fait à sa loi ; que tout composé se réduit en simples ; que tout produit implique des facteurs ; que toute qualité et toute existence doive se déduire de quelque terme supérieur et antérieur. Et cela signifie d'autre part, que le produit équivaut aux facteurs ; que tous deux, ne sont qu'une mémo chose sous deux apparences ; que la cause ne diffère pas de l'effet ; que les puissances génératives ne sont que des puissances élémentaii'es ; que la force active par laquelle nous figurons la nature n'est que la nécessité logique qui transforme l'un dans l'autre le composé et le simple, le fait et la loi. Par là, nous désignons d'avance le terme de toute science, et nous tenons la puissante formule qui, établissant la liaison invincible et la production spontanée des êtres, pose dans la nature, en même temps qu'elle enfonce et serre au cœur de toute chose vivante, les tenailles d'acier de la nécessité. «Taine, Positivisme anglais, p. 120.
fusion de l'ordre logique et de l'ordre réel. Encore une simplification qui est une grave mutilation ! La figure schématique de lignes ou de points et d'équations algébriques à laquelle aboutira ainsi le mathématicien, n'a rien de commun avec le monde physique, encore moins avec le monde vivant que nous avons sous les yeux, et ne l'explique point.
Oui ou non, y a-t-il dans la nature des forces réelles, des réalités productrices, et des produits nouveaux ?La conscience a répondu par la production de Teffort nouveau et de la pensée nouvelle. Le monde a répondu par la production incessante de nouvelles choses, telles que les générations successives des vivants. Donc la Mathématique et son principe d'identité ne suffisent plus ; il faut aborder un autre monde, nullement régi par les seules lois de la nécessité logique, mais aussi par celles de la contingence, le monde de la causalité.
Concluons donc que la causalité s'impose dans la conclu nature, comme un fait certain. Toute action est féconde ; la cause produit vraiment son effet, le moteur meut réellement son mobile, l'acte meut la puissance pour la faire passer à l'acte ; et nous aurons à expliquer le processus de celte efficience si mystérieuse. Mais auparavant il nous faut montrer qu'il n'en peut être autrement, qu'il est impossible à la puissance de passer toute seule à l'acte, au mobile de se mouvoir tout seul, à l'effet de se produire sans cause ; et c'est cette impossibilité qui va se formuler dans le principe de causalité.
Le Principe de Causalité.
Tout ce qui est mû l'est par un autre, quidqiiid moprincipc. veiuv al) alw moveiur, " Pi.T.a.v ~o vxjoit^zvov viiô xivo:; œjoc/v.r, xtvciaôat ( 1 ) • Telle est la formule célèbre par laquelle Arislote a exprimé la nécessité que lout ce qui change ait une cause de ce changement; que tout ce qui devient ait une cause qui le lasse devenir.
Au fond, elle n'est autre que notre principe de causalité : tout ce qui commence a une cause, ivdLns^o?,é dans le ton et dans le style de la théorie aristotélique sur le mouvement, que nous venons d'exposer, et dout elle est le premier et le plus important corollaire. gj Cette nécessité est d'abord, sinon démontrée, tout
nccessiié. J^^ moius indiquée par l'expérience universelle. Autour de nous, tous les corps bruts du règne minéral sont inertes. Ils ne se meuvent jamais tout seuls, et se trouvent dans l'incapacité de modifier eux-mêmes le mouvement qui leur a été imprimé.
La seule apparence contraire est celle des corps graves qui semblent tendre spontanément vers le centre de la terre. Mais ce fait, qui devait embarrasser singulièrement *Ies anciens, ne nous arrête plus depuis la découverte nevvtonienne de la gravitation universelle ; sans cette force d'attraction, les corps lourds ne tomberaient jamais.
Quant aux êtres vivants, ils jouissent, en e(ret, du mouvement spontané : ils se meuvent eux-mêmes : les
(I) Aristote, Phys., 1. VII, c. 1, % 1.
fonde sur le prin-
plantes, par les mouvomenls de la vie végétative ; les animaux, par les mouvements de relation. Mais si l'on observe les choses de plus près, on se convainc bientôt qu'un organe se trouve toujours mû par un autre organe, une faculté par une autre faculté, en sorte que jamais la même partie ne joue à la fois le double rôle de moteur et de mobile. Si le même être se meut luimême, c'est donc seulement en tant que la partie mue est autre que la partie motrice, -ç ë-epov (1).
La raison,à son tour, nous montre que ce fait universel q„^ vient d'une nécessité métaphysique. En effet, elle déclare contradictoire la notion d'une action sans agent et pa- ^Hn^ira! tient, ou d'un mouvement sans moteur et mobile, aussi J"''""bien que l'identification de l'agent et du patient, du moteur et du mobile. Identifier le moteur qui est en acte avec le mobile qui n'est qu'en puissance, ce serait prétendre qu'un même être peut se trouver, à la fois et au même point de vue, en état d'acte et de puissance, et — nous l'avons déjà dit — identifier des termes contradictoires Que si le mobile en puissance ne peut se donner à lui-même l'acte qui lui manque, il doit donc être mû par un autre : quidqiiidmoveturabaliomovetur. Proposition qui, pour ceux qui l'ont pénétrée et comprise, n'est ni obscure ni inutile, mais plutôt lumineuse et invincible comme un des plus beaux théorèmes d'Euclide. C'est le rattachement, ou, comme on dit, la réduction (reductio ad impossibiie) du principe de causalité au premiei- principe, celui de contradiction.
Nous admettons, en effet, avec Aristote et S Tho- conuemas (2), un principe premier qui joue le rôle non pas de source première d'où tous les autres découleraient par
(1) Meta., 1. ly, c. 12.
(2) Cf. S. Thomas, la 2ae, q. 94, a, 2. « Et super hoc principio oninia alla iiuKlaiilur, ut dicit Pliilosopluis in IV Met., text. 9. » — ^{jtzi '/ào yfiyjh y-y.i toïv a/).wv içtwaKTwv a'ÏT-/i ttxvtwv (Arist., Meta., 1, III, c. 1).
sens
déduction, comme on le suppose parfois très faussement, mais le rôle de fondement, sur lequel tous les autres doivent ôtre assis ou rattachés, pour être inébranlables. C'est cette distinction essentielle que Balmès a fort justement exprimée lorsqu'il a dit : « Ce mot premier principe se peut entendre de deux manières : il désigne une vérité unique, origine de toutes les autres, ou bien une vérité dont il faut supposer l'existence souspeined'anéantir toute vérité. Dans le premier cas, le premier principe est comme une source d'où partent les mille canaux qui fertilisent l'intelligence : dans le second, c'est un point d'appui qui doit soutenir sans faiblir le poids d'un monde (1). »
„ On pourrait aussi rattacher le principe de causalité à
fonde celui â'identité. En effet, sans nous éloigner de la pen- '"/ > sée d'Arislote, nous pourrions traduire sa formule mé-
prmcipe ' t'
d'i-ientité. taphysiquc en langage mathématique, et lui donner ainsi une forme plus saisissante pour certains esprits.
Il suffit pour cela de nous rappeler que le principe d'identité quantitative ou d'égalité, — le seul du reste dont on se sert en mathématiques, — nous assure que l'être est quantitativement égal à lui-même : i = ] ; 0 = 0.
Impossible qu'à un moment donné l'être, par luimême et sans aucune addition ou soustraction étrangère, puisse cesser d'être égal à lui-même. Impossible que jamais un puisse devenir égal à deux (1 = 2), ou zéro devenir égal à un (0 ■^= 1), sinon toutes les mathématiques crouleraient.
Or, si nous exprimons par j^ro le non-être ou la possibilité pure qui a précédé le commencement de tel être,
(1) Balmès, Phil. fond., t. I, 1. I, c. 4, n. 38.
DEUXIÈME l'AiniE : LA CAUSE MOTHICE 183
et par ii7i l'ôlre réel qui lui a succédé, nous venons que ce changement n'a pu se faire tout seul. En elTel, au moment précis du cliangement, ou du zôfieri, lorsque, par hypothèse, zéro deviendrait ?oi, l'égalilé de l'être avec lui-même cesserait au même instant, et nous aurions alors l'équation impossible : 0 = I .
L'équation demeure encore fausse, si l'on ne fait intervenir que le néant pour expliquer ce changement, ce passage du non-être à l'être. Nous aurions en effet : 0 + 0 = 1. II faut donc faire intervenir, au moment précis du changement, quelque réalité étrangère, équivalente au résultat produit, pour rétablir la vérité de l'équation, et dire : 0 + X ^= 1 .
C'est la seule équation possible et intelligible. Or cette intervention d'un élément nouveau, X, pour produire un changement, est précisément ce que nous avons appelé la causalité.
Que celte causalité soit immanente ou transitive, cela importe peu. L'exemple, il est vrai, que nous avons choisi, s'applique plutôt à l'action immanente par laquelle un être possible se poserait tout seul hors du néant, ou deviendrait par lui-même supérieur à luimême; mais on pourrait raisonner de môme pour l'action ad extra par laquelle un être produirait un effet extérieur au-dessus de ses forces. Dans l'un et l'autre cas, il est clair que le principe 1 = 1 serait violé.
On nous a objecté récemment (1) que notre formule une 0 + X = 1 , pouvant se traduire par 0 -\-Xest identique Sb/ecilon! à 1, il s'ensuivrait que l'effet et la cause devraient être identiques substantiellement , et par suite « la cause et l'effet étant identiques, ne peuvent se distinguer, ce qui revient à dire que l'être est éternel et immuable ». D'oii l'on voit déjà poindre les horizons du panthéisme !...
(1) Revue de Philosophie, 1908, août, p. 107; sept., p. 272. — Cf. réponse du P. G. Lagrange, Revue Thomiste, sept. 1908, p. 422-442.
objection.
Mais celte traduction rappelle un peu trop le proverbe italien: tradtittore , traditore. Jamais le signe mathématique ■= n'a signifié identique substantiellement, pas même identique de forme, car les deux signes 0 -|- X et 1 ne sont nullement identiques. Il signifie seulement est égal ou quantitativement équivalent. C'est l'unique point de vue du mathématicien, que Tonne peut élargir sans un énorme contre-sens. L'égalité, ou identité quantitative absliaite entre la cause et l'effet, ne nous accule donc nullement aux confusions panlhéisliques. Deuxième Et l'on uc gagnerait pas davantage à soutenir que lorsque 0 devient 1, ou que 1 devient 2, il n'y a pas de changeme?it véritable du premier terme dans le second, mais seulement succession du second au premier. (!e n'est pas, nous dit-on, A qui se transforme en B, ni zéro qui devient égal à wi, nous le reconnaissons avec vous impossible ; c'est un qui succède à zéro. Il n'y a donc jamais, à aucun instant, cessation de l'égalité de l'être avec lui-même ; il y a seulement disparition du premier terme et apparition du second.
A cette objection nous ferons deux réponses. La première, c'est que nier tout changement, môme accidentel, pour n'admettre que de simples successions, serait contiaire à l'observation interne et externe la plus évidente, comme nous l'avons déjà vu. La seconde, c'est que l'explication proposée n'est qu'un vain subterfuge, qui, bien loin d'éviter la dilficulté, l'aggrave au contraire, car si elle sup[>iime un changement, elle en ajoute tacitement deux autres.
En effet, si l'on suppose que ce n'est plus A qui se transforme en B, du moins est-on obligé de supposer que B, pour succéder à A, passe de la puissance à l'acte, tandis que A disparaît en [)assant de l'acte à la puissance. Or supposer que A et B passent tout seuls de l'acte à la puissance ou de la puissance à l'acte, c'est
violer, deux fois au lieu d'une, le principe d'identité ou d'égalité de l'être avec lui-môme. Au moment précis où l'un des deux termes, puissance ou actc^ deviendrait l'autre, nous aurions encore l'équation impossible : 0 r= 1 ; ou bien 1=0.
Equation qui demeure fausse tant qu'on refuse d'y ajouter un nouvel élément, l'éléaient causal. Dès qu'on lajoute, au contraire, la contradiction cesse et tou* s'explique : 0 + X = 1 ; ou bien 1 — X = 0.
C'est-à-dire qu'au moment précis du changement, zéro peut devenir égal à un par l'addition de la veitu de X, et un peut devenir égal à zéro par sa soustraction
Donc, sans contredire ouvertement au principe de conciul'égalité de l'être avec lui-même, rien ne peut chauger tout seul et sans l'influence d'une cause (externe ou interne, peu nous importe ici). Ainsi, pour prendre un exemple vulgaire, une bourse de 10 francs ne saurait, à aucun moment, devenir égale ni à 11 francs, ni à 9, sans uiK? addition ou une soustraction étrangère (1).
Ce qui change ou ce qui commence à être autrement, commence donc par un autre : quidquid movetiir ah alio movetur. Et c'est le principe même d'identité qui nous a conduit à cette conclusion rigoureuse, par un procédé mathématique (2).
Ou pour mieux dire, le principe de causalité nous apparaît désormais comme un nouveau point de vue nécessaire de la relation de l'être avec lui-même.
(1) Les mathématiques n'appliquent ce principe qu'à la quanlilé. Mais il est facile de l'étendre à la qualité. Ainsi ce qui est blnic, en tant que blanc, ne peut devenir noir. S'il le devient, ce sera par autre chose que le blanc.
{2, Nous retrouvons avec plaisir le même raisonnement dans un article du P. de Munnynck, dans la Revue Néo-sculaslique, novembre lyui (i-f. février 1902). Acte est plus grand, dil-il, que Puissance : A > P. Donc, pour que la Puissance passe à l'Acte, il faut lui ajoutai'quelque chose, X, savoir la poussée d'une cause excitatrice : P-|-X = A. Sinon le principe d'identité serait violé.
Nutiviviii conl ^en
Au point de vue statique : ce qui est, est. Quod est, est. L'être est identique à lui-même. C'est le principe d'identité. Au point de vue <^/y/?«m/^?^e ou actif, l'être ne peut cesser par lui-même d'être identique à lui-même. S'il change, s'il devient autre, c'est donc par un aulre^ ou par une autre partie de lui-même. C'est le principe de causalité. 1! n'est au fond que le principe d'identité^ appliqué au même être, non plus en dehors du temps, mais dans la durée successive.
Cependant que l'on ne se méprenne pas sur notre onirc- pensée. Nous ne disons pas que les deux principes d'identité et de causalité soient de tous points identiques, ni que le second n'ajoute aucune notion nouvelle au premier, en sorte qu'on pourrait déduire le second du premier. Loin de là : il est clair que la causalité n'est pas l'identité, et qu'il serait faux de supposer que l'esprit humain ne conçoit et n'affirme que des rapports d'identité. Certes, il y a d'autres rapports de l'être avec lui-même ou des êtres entre eux, et la fécondité de l'être en est un exemple frappant. Nous affirmons seulement qu'aucun de ces nouveaux rapports ne peut contredireau premier principe d'identité, sinon l'esprit se contredirait luimême. Il faut donc entendre et expliquer la fécondité de l'être, sans contredire à l'identité de l'être. Or ce serait la contredire que de soutenir, comme on le fait parfois^ que l'être peut se dépasse?'' lui-même et par ses seules forces, ou quilpeut être plus que lui-même. Ce sont là des formules contradictoires et absurdes. L'être, quelle que soit la fécondité qu'on lui suppose, ne dépasse jamais la somme totale ^'acte et de piiissance qui constitue sa nature ou sa capacité radicale. Jamais il ne produit un effet quelconque, sans en avoir la puissance, ni un effet supérieur à sa puissance. Il reste donc identique à lui-même, jusqu'au sein de cette fécondité où il semblerait se dépasser lui-même, mais où, de fait, il se dé-
ploie seulement, sans se dépasser en rien, si l'on suppose avec nous des puissances latentes ou des causalités, internes ou externes, proportionnées aux effets produits. Le principe de causalité appelle donc et exige le principe d'identité ; celui-ci le réduit sous son empire et le tient en sa dépendance, sans se confondre avec lui ; eu sorte qu'on ne peut nier le second sans nier le premier. Et c'est là uniquement ce que nous voulions dire en parlant de rattacher le second au premier, sans les confondre ni les identifier.
Un troisième procédé de démonstration consiste à fon- m der le principe decausalitésurceluide raison su ffisanfe. fonde Quoique un peu moins simple et moins rapide que les prïnni'e deux précédents, il est toutefois aussi sur et aussi pro- siiffisànle. bant. Aussi allons-nous le résumer.
Tout être a un mode d'être : c'est là un point de départ incontestable et incontesté. L'être abstrait, indéterminé, pourrait-il être conçu sans aucune manière d'être, il n'en est plus de même de l'être concret et déterminé. L'être se détermine et se distingue par sa manière d'être, en sorte qu'un être concret sans aucune manière d'être ne serait plus un être, et partant serait une conception non seulement inintelligible, mais contradictoire. Tout être concret a donc une manière d'être.
De ce principe général vont découler deux principes particuliers ou moins généraux. Puisque dans l'être • concret, de l'avis unanime des philosophes, il y a deux éléments : \ essence et Yexistence, tout être devra avoir un mode d'essence et un mode d'existence, sous peine d'être un être sans manière d'être.
Quelques exemples rendront notre pensée plus saisis- ■ santé.
Tout être doit avoir une essence. Il est, par exemple,
<i'exislen-
spirituel ou nialérie), organique ou inorganique, vivant ou non vivant, sensible ou insensible, etc. En un mot il doit pouvoir répondre à la question : qind sit ? — Répondre qu'il n'a aucune essence, ou que son essence est le néant, ce serait dire que cet être n'est rien, que cet être n'est pas un être : ce qui serait contradictoire. Pas De même, pour la deuxième question, celle de Y exis-
tence. S'il existe, il doit nécessairement avoir quelque mode mode d'existence. Il sera, par exemple, produit ou non -lexisten- ppQ(|^,it^ Contingent ou nécessaire, par soi ou par un autre : esse a se, esse ab alio. Ainsi le fils reçoit l'existence de son père : il est ab alio. La cause première, au contraire, n'a jamais reçu l'existence, elle est a se.
Donc tout être concret doit avoir un mode d'essence et un mode d'existence, sous peine d'être une conception inintelligible et contradictoire. Mais comme ce mode d'essence et ce mode d'existence de chaque être est ce qui les distingue à nos yeux, et nous les fait connaître, puisqu'elle nous les rend intelligibles, en nous montrant comment ils sont, ou ce par quoi ils sont, c'est-à-dire leur raison d'être, la terminologie moderne a transformé notre première formule : tout être a un mode d^être, en la formule équivalente : toîit être a une raison d'être. C'est le principe de raison ou d'intelligibilité de l'être qui s'applique à tous les êtres sans exception, même à ceux qui étant nécessaires n'ont pas de cause. Ils ont eux aussi une manière d'être qui nous les explique et nous les rend intelligibles, c'est-à-dire une raison d'être.
Laissant de côté la raison d'être ou le mode d'être quant à Vessence, revenons au mode d'être quant à Vexistence. C'est à ce second point de vue que nous allons découvrir l'origine et la genèse du piiocipe de causalité.
• Si toute existence doit avoir un mode d'existence,
celte existence, avons-nous dil, est par soi ou parim au- Deux
, , , . . » • • • I modes
t7^e, à moins qu elle ne soil pu?' rien. Ainsi trois nypo- senu thèses: esse a se, ab alloua nihilo.M'dh écartons de suite bies^ la troisième hypothèse : a inhilo. Le néant ne saurait être un mode d'existence, ni un mode d'origine, car il n'est un mode de rien. Etre et néant sont contradictoires.
Restent donc les deux premières hypothèses : l'existence doit être par soi ou 2J«r ^tn autre, nécessaire ou contingente, première ou dérivée, sinon l'existence serait sans mode d'existence.
Et que l'on ne dise pas que notre énumération d'hypothèses est incomplète ; qu'on pourrait peut-être en découvrir une quatrième. INotre énumération a été complète : l'être et le non-être épuisent toutes les conceptions possibles, et la catégorie des êtres est épuisée parcelle division : soi ou tai autre. L'être est donc par soi, ou par un autre, ou par rien : il n'y a pas de quatrième hypothèse.
Appliquons maintenant ce principe général à un cas particulier, celui où l'existence d'une chose a commencé. Il nous sera facile de voir que ce qui commence ne peut pas commencer par soi-même. On ne se fait pas, on ne seproduit pas soi-même. Ce serait contradictoire, puisqu'on donnerait à la fois et l'on recevrait l'existence. Donc ce qui commence à exister, ne pouvant commencer par lui-même, doit commencer par un autre, c'està-dire a une cause. Quidquid incipit., ab alio incipit : vous avez reconnu là la formule classique du principe de causalité.
En même temps, vous avez suivi sa genèse dans le Hdsumé. développement logique de l'esprit humain. Le principe de causalilé n'est que l'application du principe de raison ou d'intelligibilité à un cas particulier, le cas où l'existence a un commencement. Tandis que le principe de
raison, plus général, s'applique à toutes les existences, non seulement aux existences temporelles et contingentes, mais encore aux existences éternelles et nécessaires, qui ont leur raison d'être en elles-mêmes (1).
Le principe de causalité est donc fondé sur le principe de raison, tout aussi bien, — nous l'avons déjà vu, — que sur le principe d'identité et celui de contradiction. Tous ces premiers principes, bien loin d'être une multitude éparse, dont on ne saisit plus l'unité et le pourquoi, comme le suppose Kant, se tiennent et s'enchaînent au contraire dans les liens d'une parenté si étroite qu'il est impossible de les séparer ; impossible de nier l'un sans nier les autres. Ils brillent tous, en effet, quoique inégalement, d'une même lumière ; ils sont autant de rayons émanés du même foyer, qui est la notion d'être considérée sous ses divers aspects essentiels et irréductibles. Et c'est ainsi que la raison humaine perçoit dans l'être réel les principes régulateurs de l'être lui-même.
ohjeciion Et Cependant, nous le reconnaissons volontiers, les «oMii>t'es. Kantistes n'ont pas eu complètement tort en affirmant que ce principe, comme bien d'autres, était affirmé tout d'abord par l'esprit humain, d'une manière plus ou moins irréfléchie, en vertu d'une habitude innée que S. Thomas lui-même a proclamée sous le nom d'habitus primorum principiorum (2).
(1) Nous verrons dans une autre étude si l'on peut admettre des êtres à la fois contingents et éteriiels, ou créés ab œterno. Dans ce cas, le principe de causalité s'élargirait encore, et s'étendrait à tout être, temporel ou non temporel, qui, n'ayant pas sa raison d'être en soi, doit avoir une cause (Cf. Vidée de Dieu, p. 471 >.
(2) S. Thomas a parlé avec insistance de ces habitudes intellectuelles : sunl cognitio naluraliler indila (la y»", q- 91, a. 3 ; q. 51, a. 1) ; impressiodivini lummis (la 2œ, q. 91, a. 2 -, — semina scien-
DEUXIÈME l'AKTlE : LA CAUSE MOTRICE i9l
Avant d'avoir connu les savantes analyses de la métaphysique, quia ramené par divers procédés le principe de causalité à celui de contradiction, et avant d'avoir suivi patiemment tous les méandres de l'argumentation, l'esprit humain a déjà une intuition confuse du principe de causalité. Savants et ignorants recherchent, toujours et partout, la cause de tout ce qui arrive, et ne se déclarent satisfaits qu'après l'avoir découverte. Voilà qui est certain. Il y a donc des tendances innées qui nous font juger et raisonner juste, avant d'avoir connûtes règles du jugement et du raisonnement.
Appelez ces habitudes d'esprit des instincts naturels, des tendances innées, nous l'accordons. Mais de quel droit mettre en suspicion la valeur de ces instincts intellectuels ? De quel droit supposer qu'au lieu d'être un secours, ils nous trompent et nous égarent?
Le petit poussin qui sort de la coquille est-il trompé par l'instinct qui le porte à becqueter le grain qu'il n'a jamais vu? Ou le petit enfant, par sa tendance invincible à sucer le lait maternel ? Pourquoi les lois de l'esprit ne seraient-elles pas d'accord avec les lois des choses ? Et de quel droit supposer un désaccord qui serait non pas un accident passager mais une contradiction <:onslante et universelle dans la nature ? Ce serait là une monstruosité érigée en principe.
En outre, un peu de réflexion jointe à une simple analyse, que les Kantistes n'ont jamais pris la peine de faire, leur eût montré : 1" que le principe de causalité, serait-il d'abord pour nous l'objet d'une vue confuse, peut devenir objet d'une évidente intuition; 2" qu'il s'impose à nos esprits dès que nous avons vu qu'il ne peut
tiarum ; raliones séminales (De Verit., q. Il, a. 1) ; — quo nobis loquilur Deus {IbicL, ad 13 et 17) ; — i?? omnibus invenilur (2a 2ae, q. .^ a. 4, ad 3 ; — q. 8, a. 1, ad 1 ; — q. 47, a. 6). Cf. Aristofe, Phyf., Vil, c. 1, fin. — V. le beau traité de Habilibus de S. Em. lè card. Satolli, I vol. in-8°, Rome, typ. de la Propagande.
être nié sans conlradiction ; 3" tandis qu'il ne s'impose pas absolumenl à ceux qui ne l'ont pas encore clairement compris et qui, de fait, l'ont mis en doute. L'affirmation de ce principe n'est donc pas nécessairement fatale ni aveugle, puisque la raison du savant parvient à justifier et à éclairer le jugement spontané et irréfléchi du vulgaire.
'pri'ma/' ^- — GoROLLAiBii; SUT la pHorité de Vacte. — De cette '\»AT doctrine fondamenlale sur le principe de causalité, Puissance. ^ xxon^ rcste à tirer une conclusion de la plus haute importance. Puisque tout mouvement, on passage de la puissance à l'acte, provient d'un moteur en acte, nous devons conclure que Vacte prime la puissance, nctus prior est potentia (1).
Si quelque lecteur nous demandait de préciser un peu ce terme de « priorité », nous lui répondrions, avec Aristote, qu'une chose a la priorité sur une autre, lorsqu'elle peut être sans la seconde, tandis que la seconde ne peut être sans elle. « Dicitur priits id sine quo alia non erunt, ipsiun vero erit sine aliis{2). »
Or cette priorité peut être ou simplement logique ou réelle ; et si elle est réelle, ce peut être une priorité de nature (ontologique) ou de temps (chronologique). Ainsi les principes éternels n'ont qu'une priorité logique sur leurs conséquences ; l'unité a une priorité de nature sur ses fractions, ou le parfait sur l'imparfait ; enfin le germe a, en outre, une priorité de temps sur la plante qui en sortira, puisqu'il est chronologiquement antérieur. De là trois espèces de priorité que nous attribuerons toutes à l'acte relativement à la puissance (3).
(1) Hpozipv. èTih ri è'jépyEiu ryjç §ua|xî'Mç. Arist., Mêla., 1. VTII, c. 8, S 2 , - 1. XI, c. 5, S « et c. 6, S /i- ^ ^^ , ^ ^,,^
(2) AévcTKt yyp npôrsfjov, ou te ^h ovto; oOx s(ttki ràïla., èy.sivo ô avîu Twv a».wv. Arist., Phys., 1. VIII, c. 7 S 3.
(3) « Omni itaque potentia prior est actus.et ratione,e\ essentia : tem-
Premièrement, il faut lui reconnaître une priorité lo- ,Pf'«"''é
^ lofique.
giqiie, puisque la puissance, qui est logiquement indéterminée, se connaît et se distingue de toute autre par l'acte qu'elle peut produire ou recevoir. Ainsi un devenir se définit par son terme, et un sujet par ses attributs. « L'idée d'acte, dit Aristote, précède logiquement l'idée de puissance, car c'est par l'idée de l'acte qu'on se forme l'idée de puissance. Ainsi je nomme constructeur celui qui peut construire, voyant celui qui peut voir, visible ce qui peut être vu. 11 eu est de même toujours, en sorte qu'il est de toute nécessité que la notion et la définition de l'acte précèdent la notion et la définition de la puissance (1). »
Deuxièmement, une priorité de nature ou de perfec- Priorité lion, car la puissance est une indigence et une privation [natme. du degré d'être oii elle tend, ou, si l'on veut, un effort de l'imparfait vers le plus parfait. De son côté, l'acte est la réalisation même de ce parfait, au moins relatif, où la puissance aspire, selon l'aphorisme célèbre : Vacte est meilleur que la puissance, actiismelior est potentia (2).
Troisièmement, il faut reconnaître à l'acte une prio- pnoiiié rite de temps. D'abord dans Vinteniion^e. l'agent, car temps. ce que la nature a en vue dans l'évolution des êtres, dans le développement d'un germe par exemple, ce n'est pas la puissance ni le mouvement, mais le terme de ce mouvement, qui est l'acte et la perfection de chaque être.
Ensuite, priorité de temps dans la réalisât ion concThle, des choses. Sans doute, dans le même individu, la puispore vero quodam modo quidem est, qnodam modo vero non. » — Uiir,^ 3/) T/fî zoiv.-JZYi; Kporipx èTzij r, ijip'/iicn. y.a.i /o'/w, zKt rr, o-jtiv., ycvj'ji ^'etti iih m;, hzt 'Vw; ov. Arist., Meta., 1. VIII, c. 8, §2. "(1) Arist., Mêla., 1. VIII, c. 8, § 2.
(2) 'H y.pa. i-AoY-ty. êc),Ttwv. Arist. Mêla., 1. IX, c. 9, S 2. - « Actus melior ac prœstantior est quam ipsa bona potentia. » Ibid., % 1.