ACTE ET PUISSANCE
seul acte pour les deux, pour le mobile et le moteur. C'est le même acte qui vient de l'agent qui le cause, et qui est dans le patient qui le subit et le reçoit. « Secundo ostendit quod idem sit actus moveniis el moti : moventis enim dicitur in quantum aliquid agit, moti autem in quantum palilur ; sed idem est quod movens agendo causât, et quod motum patiendo recipit. Et hoc est quod dicil, quod « movens est activum mobilis » id est actuni mobilis causât : quare oportet unum actum esse utriusque, scilicet moventis et moti. Idem enim est quod est a movente, ut a causa agente, et quod est in moto ul in patiente et recipienle. w
En troisième lieu, dit-il, Aristote nous a rendu ce principe évident par les exemples et les faits rapportés plus haut. La distance est la même pour aller de 1 à 2 ou de 2 à 1, pour monter ou pour descendre. Il n'y a qu'une différence de raison. De même entre le moteur et le mobile ; le mouvement est l'acte du moteur en tant qu'il vient de lui, il est aussi l'acte du mobile en tant qu'il est reçu dans le mobile. — « Tertio manifestât hoc per exemplum. Eadera enim distantia est uniiisad duo et duorum ad unum, secuudum rem ; sed diffenint secundum rationem... Similiter idem est spatium ascendenlis el descendentis... Et similiter in movente et in moto, Nam motus secundum quod procedit a movente in mobile, est actus moventis ; secundum autem quod est in mobili a movente est acius mobilis. w Solution Puis, avant de réfuter les objections de ses adversaires, il les attaque le premier et leur demande avec Aristote : si dans l'action du moleuc sur le mobile ils supposent qu'il y a deux actes, où les placeront-ils ? « Si sunt diversi, necesse est quod uterque ipsorum sit in aliquo subjecto. » Seront-ils Ions les deux dans le mobile, ou bien tous les deuxdaus le moteur, ou bien l'un dans le moteur et l'autre dans le mobile ? Chacune de
des
difficiil
tés.
ces hypolhèses est étudiée de nouveau par S. Thomas, d'une manière encore plus complète, et démontrée parfaitement impossible.
Ensuite le saint Docteur reprend toutes les objections qu'Aristote lui-même s'était opposées, il les développe avec une merveilleuse puissance d'analyse, signale les omissions du Maître, en complète tous les détails, les range dans un nouvel ordre, les ramène à quatre chefs principaux, et les réfute successivement avec une nouvelle vigueur.
Enfin il se résume et conclut, en disant qu'il reste bien démontré que le mouvement est à la fois l'acte de conchi.
, . ... . . , sion .
1 agent qui agit et du patient qui subit ; et pour enlever tout doute, ajoute-t-il, et nous expliquer encore plus clairement, disons que le mouvement ç,%\.V acte unique d'une double puissance active et passive. — « Ostensum est quod motus est actus activi, ut ab hoc, et passivi ut in hoc; adtoilendamomnemdubitationem aliquantulum notius dicamus, quod motus est actus potentia? activi et passivi ».
11 ne saurait donc y avoir le moindre doute sur la pensée de S. Thomas, La doctrine d'Aristote lui paraît parfaitement exacte et irréfutable ; et tous les docteurs scolastiques n'ont cessé de le redire et de le proclamer après eux : « S'il est impossible, dit le P. Pesch, que l'acte par lequel l'un agit soit numériquement le même que Pacte par lequel un autre agit, il est cependant nécessaire que ce soit par le même acte que l'un agisse et que l'autre pâtisse (1). »
S'il est impossible, ajouterons-nous, que deux molécules en contact, agent et patient, se compénètrent par
fl) « Naturaliter fieri non potest ut actio agentis unius sit numéro eadem cum actione alterius agentis, sed necesse est ut actio sit eadem numéro qua unusagit et aller patitur. «T. Pesch, Instituliones phil., p. 374; Cf. p. 351». 441.
Approba-
leur substance, il est cependant nécessaire qu'elles se conipénètrent par leur action, puisque l'action, étant le produit de deux co-principes, aciif et passif, elle doit être commune aux deux. C'est donc l'action mutuelle des ôlres cosmiques qui est leur trait d'union, ou leur élément commun ; c'est elle qui produit la communication des substances.
En terminant cette série déjà trop longue de citations, uon de il ne sera pas sans intérêt de voir Descartes lui-même,
llescaiies .
dans une de ses lettres, rendre un complet hommage à celle théorie, qui était sans doute une réminiscence classique du collège de la Flèche : « J'ai toujours cru, écrivait-il, que l'action et la passion ne sont qu'une seule et même chose, à qui on a donné deux noms difîérents, selon qu'elle peut être rapportée tantôt au terme d'oii part l'action, tantôt à celui où elle se termine ou en qui elle est reçue ; en sorte qu'il répugne qu'il y ait durant le moindre moment une passion sans action (1). » Cet accord parfait, sur un point si grave, de Descartes avec 'Ecole, méritait bien d'être signalé.
(1) Lettre VIII, p. 275. - Cf. p. 549.
Objections de Leibuitz et des modernes.
Cette théorie, qui paraissait si lumineuse aux yeux de ces grands philosophes, va le devenir un peu plus pour nos faibles regards, si nous la rapprochons des objections qu'elle ne pouvait manquer de susciter à travers les siècles. Les ombres feront mieux ressortir les lumières du tableau, et les subtilités de nos adversaires nous feront préciser davantage et mettre en relief les moindres détails de l'antique doctrine.
Nous choisissons de préférence les objections de Leibnitz (1) ; ses successeurs n'ayant guère fait que redire celles qu'il avait déjà formulées, comme lui-même, peut-être à son insu, répétait les vieux arguments de Pelage réfutés par S. Augustin (2), et comme Pelage à son tour avait plus ou moins reproduit les vieilles erreurs de Démocrite réfutées par Aristote et plus tard par S. Thomas (3).
Ces objections peuvent se ramener à deux chefs prin- Deux cipaux: tiens.
i" Si un être agissait sur un autre, il s'ensuivrait qu'il agirait à distance, là où il n'est pas.
2" Il s'ensuivrait qu'il perdrait une de ses qualités, laquelle émigrerait du sujet oii elle résidait et se transporterait dans un autre sujet (4).
(1) Leibnitz, Monad., § 7. — Nouv. sxjsl. de la nature el de la grâce, § 12-15. — ^ist. 27 o.d des Bosses.
(2) S. Aug., Contra Jul. Pelag., 1. V, c. xiv.
(3) S. Th., I, q. 115, a. 1, c. et ad. 5.
(4) « Les monades n'ont point de fenêtres par lesquelles quelque chose puisse y entrer ou en sortir. Les accidents ne sauraient se détacher ni se promener hors des substances, comme faisaient autrefois
I" Pas 'l'actiun
N'en déplaise à Leibnilz, aucune de ces deux conséquences, que nous reconnaissons insoutenables, ne découle nécessairement de la théorie péripatéticienne bien comprise. Nous allons nous en convaincre.
L'action à dislance, et sans intermédiaire, du moteur sur le mobile est assurément impossible. C'est l'avis dislance, d'^ristote, de S. Thomas, de Newton et des savants les plus autorisés ; un être ne saurait agir là où il n'est pas présent. Aussi avons-nous déjà dit qu'il était rigoureusement nécessaire, pour que le moteur agisse sur le mobile, que l'un fût présent à l'autre par le contact immédiat ou médiat : « Necesse est, nous a. dit S. Thomas, omwe operans aliquo modo conjungi suo ohjecto circa qnod operatur. » Si les corps paraissent quelquefois agir à distance, comme la lumière qui traverse le milieu éthéré, ou le son qui traverse l'air, c'est que chaque molécule du rayon lumineux et sonore agit immédiatement sur la molécule suivante qui la touche ; en sorte que le milieu qui semble franchi n'est en réalité qu'une série innombrable de moteurs et de mobiles immédiats, interposés entre la première cause vibratoire et son dernier effet.
L'action ad extra ne suppose donc nullement l'action à distance, mais seulement l'action d'une molécule sur une molécule immédiatement présente par le contact : une opération de cette nature, si mystérieuse qu'on la suppose, ne semble nullement contradictoire comme l'action à distance, par laquelle un être agirait là où il ne serait pas présent.
£.) Pas La deuxième objection ne paraît pas plus solide ni ^tkin.'* plus digne d'un grand philosophe, il s'en faut. De ce que les corps agissent l'un sur l'autre, peut-on sérieusement conclure que les qualités d'un être doivent émi-
les espèces sensibles des scolastiques (?}. Ainsi ni sal)Stanco ni accident ne peut entrer de dehors dans une monade. » Leibnitz, Monad., g 7.
grer de cet être pour passer dans un autre ? « Il serait ridicule, répond S. Tliomas, de soutenir qu'un corps ne peut agir sur un autre, parce que l'accident ne peut passer d'un sujet à un autre. Ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Lorsqu'un corps en échauffe un autre, ce n'est pas la chaleur du premier qui, numériquement la même, passe dans le second ; mais c'est la chaleur du corps échauffant qui, par sa vertu, fait passer à l'acte, dans le corps chauffé, une chaleur, numériquement différente, qui y était en puissance. L'agent naturel ne se dépouille donc pas de sa propre forme pour en vêtir un autre sujet, mais il élève ce sujet soumis à son action, de la puissance à l'acte (1). »
La réponse de S.Augustin à Pelage est peut-être encore plus saisissante et plus péremptoire. Comment peut-on sérieusement nous faire dire que les corps agissent sur les autres corps en se dépouillant de leurs qualités pour les en revêtir, comme on se dépouille d'un habit pour en revêtir un autre ? « Non veluti tunicam Irausferunt ?» Nous n'avons jamais soutenu que les qualités se communiquent par une émigration, mais par un contact et une impression, « afficiendo transeunt, non commigrando ». Ainsi, ajoute-til, lorsqu'un enfant nègre est né d'un père éthiopien, sa couleur noire n'est pas numériquement la même que celle de son père, mais c'est une couleur nouvelle qui a été engendrée par l'action de son père (2).
(1) « Ridiculum est dicei-e quod ideo corpus non agat.quia accidens non transit de subjecto in subjectam ; non enim hoc modo dicitur corpus calidum calefacere quod idem numéro calor qui est in calefaciente corpore transeat ad corpus calefactum ; sed quia virtute caloris, qui est in calefaciente corpore, alius calor numéro fit actu in corpore calefacto, qui prius erat in eo in potentia. Agens enim naturale non est traducens propriam formam in alterum subjectum sed reducens subjectum, quod patitur, de potentia in actum. » Conlr. Gent.. l. III, c. Lxi.x.
(2) « Veruni est enim ea quae in subjecto sunt, sicut sunt qualitates,
Il est donc manifeste que nous ne confondons nullement la cause avec l'etTet produit, la qualité de l'agent avec la qualité engendrée dans le patient, raction de celui-ci avec la réaction de celui-là : ces deux actions, seraient-elles semblables, ne sont jamais numériquement identiques. Ce serait là une erreur trop grossière pour qu'on nous la puisse imputer sérieusement.
Ce que nous avons soutenu avec S. Thomas et Aristote, le voici. Ce n'est pas par le même acte que l'un agit et que Vautre réagit, mais c'est du moins par le même acte que Vuii agit et que Vautre pâtit, que l'un meut et que l'autre est mû (1) ; c'est le même acte qui est produit par l'agent et reçu par le patient. En un mot, pour reprendre la comparaison frappante de S. Augustin, nous dirons que si la couleur de l'enfant nègre n'est pas un fragment de celle de son père, pas plus que la vie de l'un n'est un fragment delà vie de l'autre, cependant c'est par le même acte que le père l'a produite dans son fils et que le fils l'a reçue avec la vie de son père. ins- Malgré l'évidence de cette assertion, ou pour mieux
L-rclion dire de ce fait, nous entrevoyons un retour offensif de siiive. l'adversaire leibnitzien, qui vient sur ce nouveau terrain nous reposer la même question : Comment l'acte d'un sujet peut-il passer dans un autre? Une action transitive n'est-elle pas une nouvelle émigration ?
Sans doute, c'est là une objection purement logique, comme le disait Aristote, une subtilité de peu d'importance, qui ne saurait détruire un fait évident. Cependant nous ne voulons nullement esquiver le dé-
sine subjecto in quo sunt, esse non posse, sicut est in subjecto corpore color, aut forma, sed afficiendo transeiint, non commigraiido ; qiiemadmodum yEthiopes, qui nigri sunl, nigros gignunt, non tanien in fllios parentes^colorem suum veluti tunicam transferunl ; sed sui corporis qualitate corpus, quod de illis propagatur afficiunt. » {Contra Jul. Pelag., V, 14. - Gen., X\X, 37-42.)
(i) " Eadem autem actio est ejus quod agitur et movetur, et ejus quod agit et movel. » S. Th., 2a2a8, q. 90, a. 3, c.
commune
à s,'S 2 termes.
bat, et nous expliquerons comment Aristote et S. Thomas ont pu déclarer qu'il n'y a aucun inconvénient à admettre que l'acte du moteur informe le mobile en contact, sans se détacher du moteur : « Quod non est inconveniens actum unius esse in aUero... continue et sinealiqua interruplione {{). »
Remarquons tout d'abord qu'il y a deux espèces de Réponse qualités : les unes absolues, les autres relatives. Les est qualités absolues, comme la quantité, la qualité, sont renfermées dans le sujet auquel elles appartiennent : sunt alicujus, comme dit l'Ecole ; les qualités relatives au contraire, sunt alicujus ad aliquod , c'est-à-dire qu'elles sont fondées sur une relation mutuelle, qui suppose quelque chose de commun à la fois aux deux termes. Ainsi, entre le père et le fils, il y a quelque chose de commun : c'est la parenté ou l'existence donnée par l'un et reçue par l'autre. 11 ne répugne donc pas, que quelque chose soit, d'une certaine manière, commun à deux.
Mais suffira-t-il de dire qu'il n'y a entre le moteur et le mobile, entre la cause et l'effet, qu'une relation purement logique établie par l'intelligence ? Non, une telle relation idéale est incapable d'expliquer comment un effet physique et matériel a été produit par sa cause. Il faut donc admettre qu'il existe entre ces deux termes une relation d'un autre ordre, quelque chose de réel et de physique, capable de produire l'effet physique et réel que nous constatons dans le mobile.
(1) « Si acfio et passio sunt unus motus, seqiiitur quod actus agenlis quodam modo sit in patiente, et sic actus unius erit inaltero... Quod non est inconveniens actum unius esse in altero, quia doctio est actus docentis, ab eo tamen in alterum tendens continue et sine aiiqua inlerruptione : unde idem actus est hujus, i. e. agentis ut a quo ; et tamen est m patiente ut receptus in eo. Esset autem inconveniens si actus unius eo modo quo est actus ejus esset in altero. » S. Tli., in l. phys., 1. IV.
250 THÉORIE FONDAMENTALE : ACTE Eï PUISSANCE
Aussi S. Thomas nous fait-il justement observer que la relation qui existe entre la cause et TefTet n'est pas de même espèce après la production de l'effet que pendant sa production. La relation du père avec son fils après sa naissance est bien difîérente de cette relation pendant la génération, et il nous en donne la raison : celle-ci implique une action commune aux deux, agent et palient, que celle-là, bien que réelle, n'implique plus. « Namque actiones et passiones in quantum motuiu implicant^ nous dit-il, aliud sunt a relationibus qua^ ex actionibuset passionibus consequuutur (1). »
Cette nouvelle espèce de relation implique donc un nouvel élément ; et cet élément que le Docteur angélique appelle souvent un moyen terme commun à deux, au moteur et au mobile, c'est V action ^V action motrice. Cette communauté de laclion aux deux termes, actif et passif, qui la produisent également, quoique en sens inverse, est ce qui nous fait couiprendre la communication des substances, la possibilité et la raison d'être de la causalité.
Temoi- Ecoutons le saint Docteur: « Requiritur quodintelli- ''dt gamus motum ipsum (l'action motrice) quasi médium .lias! inter duo... et sic explicatur ratio causa? et efïectus... et secundum hoc motus pertinet ad prœdicamentum actionis et passionis (2). » — u Actio quai transit ad aliquid externum, nous dit-il ailleurs, est realiter média inter agens et subjeclum recipiens aclionem. Realiter vero consequiturunionem objecti cum agente(3). >> — Et c'est avec complaisance qu'il revient si souvent sur celte pensée : « Operatio est quasi médium inter operans et operatum : unde potest considerari vel sec undum quod exit ab opérante, vel secundum quod
(Il S. Th., la. q. 61. a. 1. ad 2. — la, q. 4-0. a. -2. ad 2. (2, S. Th., in l. phys.. 1. III, lect. 4. (3) S. Th., la. q. 54, a. 1, ad 3.
teiminalur adoperatum (1). » — « Passio dicitur proiil aliquid recipitur in patiente per viam motus (2). »
Sans doute, l'action motrice est un acte incomplet, nous l'avons déjàtlit : « Motus enim in rerum natura, nihil aliud est quam aclus imperfectus (3). » Elle ne peut exister séparée de l'agent qui la produit et du terme où elle aboutit ; mais c'est précisément parce qu'elle existe à la fois, dans ces deux termes, dans le moteur et le mobile, quelle peut les relier intérieurement dans une étroite union et les faire se communiquer, u AJotus est aclus mobilis, est etiam quodam modo actus motivi ; actus motivi non est alius ab actu mobilis (4). »
Remarquons, eu second lieu, que l'action motrice est esseniieWernent îine et contmue entve ses deux termes esTunl d'origine et d'arrivée. « Motum enim continuum quid- continu,piam est (o). » Mais elle n'est une et continue que si la grandeur qu'elle affecte est elle-même une et continue : « Quia magnitudo est continua, etiam motus est continuus (6). » Or, il n'y a Je continuité entre deux objets, nous dit le Philosoplie, qu'autant que leurs extrémités s'unissent et se confondent. Deux cboses pourraient se toucber et être contiguës sans foimer une véritable continuité ; il faut qu'elles se soudent pour ainsi dire et se continuent s Si les extrémités en contact restent deux et ne s'unissent pas, le mouvement sera divisé, et la continuité entre la cause et l'effet sera interrompue. Dès lors, comment l'etïet pourra-t-il procéder d'une cause avec laquelle il ne communique plus? Si la juxtaposition du mobile au moteur remplace leur union véritable, la succession demeure, la causalité disparait (7).
(1) s. Th., in I. Sent., dist. 37, q. m, a. 2. ad 3.
(2) S. Th., Qq dtsp.de VerU.,q. xxm, a. l,c.
(3) S. Th., in l. Ph'js., 1. III, lect. 4. ;4) S. Th., in l. Phys., Ibid.
(5) 'H piv 'jyp ■/■hr,7i; rjjj-yj.^. Arist., Mov . Eudemior.. I. II, c.3. (G) Ali yio TÔ aiysOo; civ«t nrn/ï- /.xi. vj y.vjr^ni.z hn (twe/â;. Aristoie, Phijs , 1. IV, c. 2.
('; « Il ne suftit pas de toucher poiu- être contiiui. . . Il faut que les
lialion
des
anioraeï.
2o2 THÉOIUE FONDAMENTALE: ACTE ET PUISSANCE
Il faut donc concevoir le moteur et le mobile comme unis et soudés ensemble pendant le conlacl, informés par un acte commun, de manière à n'être quun seul tout dans un môme lieu (1), et considérer cet acte reliant le moteur et le mobile comme une forme commune à l'agent qui la cause et au patient qui la reçoit : « Requiritur quod intelligamus molum ipsum quasi médium inter duo... sic explicatur ratio causa» et effectus (2). » — « Aclio qucTp transit ad aliquid extrinsecum est realiter média inter agens et subjectum recipiens actionem. Realiter vero consequitur unionem objecti cum agente (3). » conci- Cette doctrine met en lumière plusieurs axiomes de
'■alion i.TT 1 . 1,1 .
des ^ 1 Lcole qui, maigre leur apparente antinomie, son t également vrais. En voici les principaux :
« Actio est in passo (4). » L'acte de l'agent est dans le patient où il produit la passion, comme dans son terme, termiyras in qiio.
« Actio est in subjecto agente (5). » L'acte est aussi dans l'agent qui le produit, comme dans son principe, terminus a qvo.
« Aclio est realiter média inter agens et objectuni (6). >; Ou bien encore : « Actio est magis pro^Anqua agenti quam patienti (7). » Quoique l'action soit com-
exlrémités de chacune des deux choses qui se touchent et se suivent, deviennent une seule et même chose. Par conséquent, on voit que le continu n'est possible, que pour les choses qui peuvent naturellement former, par le contact, un tout unique. » Arist., Meta., 1. X, c. 12, fin. — « L'extrémité de ce qui altère se confond avec rextrémilé de ce qui est altéré. . . Entre le moteur et le mobile, il n'y a pas d'intermédiaire possible. » Arist., Phys., 1. VII, c. 3, De Générât., I, c. 6, § 6.
(1) Aoy.îlà-ri y.ivr,ai; shui twv (jd-jz/jZ-j . Arist., P/iys., 1. III, c. 1, § 1. — « Motum et movens oportet esse simul. » S. Th., la, q. 8, a. I, c.
(2) S. Th., in l. Phys., 1. III, lec. 4.
(3) S. Th., la, q. 54, a. 1, ad 3.
(4) Arist., Phys., 1. III. — ;i/e7«., VIU, c. 8.— Cf. S. Th., /Viy5..in,l. 5. (.')) S. Th., De pot., q. vu, a. 9, ad 7. — Pfiys., m, I. 5.
(6) S. Th., I, q. 5i, a. la, ad, 3. — Cf. Arist., Meta., V, c. 20.
(7) S. Th., IV Sent. Dist. 9, q. i, a. 2, sol. 2. — Arist., Méla..X, c. 7, §3.
.mune à l'agent et au patient, elle parait cependant appartenir davantage à celui qui la produit qu'à celui qui la subit.
Ou bien enfin cet autre axiome : L'action et la passion ne sont pas deux actes, mais un seul et même acte moteur: « Actio et passio non sitnt duo moins, sed 217UIS et idem moins (1). » Et cependant on ne saurait en conclure que l'action et la passion soient une même qualité, car les rôles d'agent et de patient, de moteur et de mobile sont bien différents : « Licet aclio sit idem ,motui similiter et passio, non tamen sequitur quod actio et passio sint idem, quia inactione importatur respectus ut a quo est motus in mobili ; in passione vero ut qui est ab alio (2).» — « Unus motus secundura substantiam est aclus utriusque, sed dilTert ratione. Est enim aclus moventis ut a quo, mobilis aulem ut in quo. Sed si actio et passio sunt idem secundum substantiam... ad diversa prœdicamenta pertinent... (quia) prœdicamenta diversificantur secundum diversos modos prsedicandi (3). » Ainsi se trouvent nettement déterminées les notions de passion, d'action et de mouvement, dont les conceptions fausses ou incomplètes se retrouvent au fond de toutes les difficultés de nos adversaires : elles peuvent se réunir dans cette phrase lumineuse d'un scolastique .moderne : c'est la même réalité qu'on appelle action en tant qu'elle est donnée par ragent,2Jas5ionen tant qu'elle est reçue par le patient, et mouvement en tant qu'elle relie le premier terme au second. « Eadem quippe affectio, quatenus ab agente proliciscitur, actio, quatenus in passo recipitur, passio, quatenus tendenlia viaque est ad terminum, dicitur motus (4). »
(1) s. Th., in l. Phys., 1. III.
(2) S. Th., la, q. 14, a. 2, c.
(3) S. Th., MHa., I.XI,Iect.9, fin.— Cfr. S. Th., Il Seul., dist. 40 ad 4m; iSum th., la, q. 45, a. 2. — Suarez, Mêla., disp. 49, s. \,
(4) P. T. Pesch. InsliliUiones phil. nul., p. 441.
Résumé Avanl clc terminer celte discussion, résumons brièsohiiions. vement les deux réponses que nous avons fuites aux deux objections de Leibnilz et des modernes : le lecteur en saisira d'un seul regard toute la portée.
\° Nous n'admettons nulljement qu'un agent puisse opérer un elTet là oi!i il n'est pas. Nous disons au contiaire que si le moteur produit un effet dans le mobile, c'est que le moteur est réellement dans le mobile par l'action physique qui y produit cet eiïet. El comment relfet serait-il dans le patient sans l'action qui produit cet effet? Séparer l'action et la passion, mettre l'action dans l'agent et la passion dans le patient, c'est rendre inintelligible la production de la passion. Pour comprendre la communication des substances, il faut donc admettre que les corps, quoique impénétrables par leurs masses et leur étendue résistante, se pénètrent mutuellement par leurs activités physiques.
2° Nous n'admettons pas davantage qu'un accident puisse se détacher de sa substance et voyager sans substance ; mais nous croyons qu'un accident relatif, tel que l'action, doit être commun simultanément à ses deux co-principes, actif et passif, et partant commun aux deux substances réunies par le contact et ne formant qu'un seul couple, un seul tout accidentel (1). En cela, il n'y a aucun déplacement, aucune « émigration » de celte qualité relative appelée action, puisque son essence est précisément de n'exister que dans les deux termes réunis. Mais comme ces deux termes jouent un rôle différent, que l'un est actif et l'autre passif, que l'un donne et que l'autre reçoit, nous croyons qu'on a fort bien exprimé cette différence en appelant l'action « transitive », puisqu'elle semble passer d'un terme à l'autre, du terminus a quo au terminus in quem, quoi-
(1) « Moliim et movens oporlet esse simul. » S. Thomas, la, q. 8. a. 1.
qu'eu réalité elle soit simultanénieut clans les deux termes à la fois, et qu'il n'y ait jamais de passion sans action, ni d'action transitive sans passion (1).
(1. « Sua ratio (actionis) non perflcitur prout ut in subjecto, sed pi'out transit in aliud, quo sublato, ratio hujus accidentis tollitiir. » — n Est alicujus ad aliquid. » S. Th., Q. Disp. De Pot., q. vii, a. 9, ad 7. — « Idem est actus moventis et moti. » — « Est actus potentiœ activi et passivi, » Phys., 1. III, lec. 4.
Dernière difficulté des modernes (1).
On Les philosophes modernes qui auront le plus de peine
vêirl**"ei à comprendre cetle théorie sont assurément ceux qui ^'1\oT' ont oublié ou méconnu la distinction réelle entre la substance et l'accident, l'être et son opération ; ceux pour lesquels les opérations d'un être se confondent si bien avec sa substance qu'ils sont identiques et ne se distinguent que d'une manière purement logique.
Lorsqu^'ils entendront Aristote et S. Thomas affirmer avec assurance « qu'il n'y a aucune difficulté à ce que l'acte d'un corps puisse pénétrer un autre corps immédiatement présent, sans se détacher du premier » ; « quod non est inconveniens actum unius esse in al-
tero continue et sine aliqua interruptione... » ; ces
philosophes ne vont-ils pas conclure : Donc il n'y aurait aucune difficulté à ce que la substance d'un corps puisse pénétrer une autre substance !...
Sans doute cette conséquence est absurde, mais elle n'est nullement contenue dans nos prémisses. Si nous supposions que la substance et l'opération sont identiques, notre thèse deviendrait impossible ; aussi S.Thomas fait-il expressément remarquer qu'elle ne s'applique pas à Dieu, qui est Vacte pur^ parce qu'on ne saurait distinguer en lui l'acte et la puissance, la substance et l'accident.
« Actio agentis quse facit sibi simile est aliquid egre-
(1) Nous ne pai'lerons pas ici des phénoménistes auxquels nous ■avons répondu plus haut (l'^ part., ch. 2).
diens ab agente in patiens, quod in Deo locum non liabel, quia ejus actio est ejiis subslantia (1). »
D'ailleurs, dans un Etre dont l'immensité est infinie, on ne saurait admettre d'action ad extra que par métaphore ou par analogie, car tout est en Lui, sans se confondre avec Lui, et rien n'est au dehors : « In ipso enim vivimus, movemur et snmus (2). »
Celte nouvelle difficulté ne saurait nous surprendre. S. Thomas qui, à la suite du Philosophe, avait prévu et réfuté toutes les subtilités imaginables de nos adversaires, ne pouvait oublier celle-ci. Mais il ne la discute point en cet endroit : la distinction réelle entre la substance et l'accident est une vérité qu'il suppose et que nous supposerons avec lui déjà acquise et démontrée.
Aussi ne pourrions-nous sans dévier de notre che- \,y/. min la traiter ici à fond. Il nous suffira de faire remar- '"^''"''''• quer à nos adversaires qu'ils pourraient bien n'être séparés de nous que par un malentendu.
L'Ecole n'a jamais soutenu que l'accident soit un être complet et indépendant (3), ni qu'il puisse subsister par lui-même séparé de la substance, mais elle soutient seulement qu'il est quelque chose de positif, de réel, dont la substance peut être privée, puisqu'elle peut tantôt l'acquérir et tantôt le perdre. Les accidents, par exemple, les opérations d'une substance, vont et viennent pour ainsi dire dans la substance qui demeure : or il est impossible que l'élément qui demeure soit identique à l'élément qui change. Il est impossible que
(1) s. Th., In divinis noniinibus, 9, 1. II.
(2) S. Paul, Act., c. 17, v. 28.
(3) « Illud proprie dicilur esse quod ipsum habet esse, quasi in suo esse subsistens. Unde soise substantise proprie et vere dicuntur entia, accidens vero non habet esse, sed eo aliquid est, et bac ratione dicitur ens, sicut albedo dicitur ens, quia ea aliquid album est album. Et propter hoc dicitur in VIIMetaph. quod accidens dicitur ?nfl.7is ewtis, quam ens. » S. Th., la, q. 30, a. 2, c. — Cf. Suarez. 1. V, Metapfi., c. VI, q. 6, s. 2. — Arist., Mêla., VII, c. 1 ; c. 4 ; et IX, c. 1.