‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 88 sur 118 · IV, 8c · texte numérisé non relu

IV, 8c

Dans la l'ormalion des édifices alomiques, il y a donc des plans légaux dont on ne peut s'écarter, aussi bien que dans l'évolution des organismes vivants, et parlant il y a une véritable orientation, une finalité.

Et cette finalité, nous allons Ja retrouver jusqu'au 4. Mécnplus bas degré de l'échelle des êtres, jusque dans les cinéiîques. mouvements purement mécaniques et accidentels des atomes au sein de la nébuleuse primitive d'où le cosmos actuel est sorti.

En effet, toutes les hypothèses cosmologiques des savants prennent pour point de départ de l'évolution cosmique un état de chose appelé le chaos^ mais qui est fort loin détre un parfait désordre, comme le mot semblerait l'indiquer. Les dés du prétendu hasard y sont déjà pipés, et la finalité est déjà dissimulée dans ces premières données.

En effet, pour contenir à l'état d'énergie de position, toutes les énergies passées, présentes et futures de l'univers, sous quelque forme qu'elles doivent se manifester dans la suite des âges : mouvement, chaleur, lumière, électricité, magnétisme, etc., les atomes de la nébuleuse gigantesque devaient être disséminés dans l'espace et éloignés les uns des autres, non pas d'une manière quelconque, mais à des distances convenables et suffisantes pour que le jeu, en sens opposé, de l'attraction universelle pût s'opérer utilement.

Les ressorts de la grande machine étaient donc parfaitement tendus, dans ce prétendu chaos, et prêts à fonctionner. Or le montage de la grande machine et puis son déclanchement suffiraient à prouver la finalité des mouvements cinétiques qui s'en suivirent ; — alors même qu'on négligerait les autres conditions prérequises à son bon fonctionnement, et notamment cette impulsion rolatoire dans un sens déterminé, de droite à gauche, que Laplace, Faye, Wolf et l'unanimité des

astronomes contemporains ont déclarée indispensable à l'orientalion du mouvement primitif (1).

Nous recliercherons dans une autre étude si cette puissance qui a orienté ce mouvement originel était distincte du monde, — transcendante ou immanente. Il nous suffit ici de constater que ce premier mouvement, d'où tous les autres ont été déduits, était parfaitement orienté, et de conclure à la finalité de l'évolution cinétique ellc-môme.

Les lois Allons encore plus loin, et négligeant ce fait primor- ''cnnït dial de l'orientation du mouvement dans la nébuleuse '"^fa^"' ori'Muelle, analysons de plus près les lois mêmes de la finalité, j^^canique, pour voir si le mécanisme pourrait être une explication complète et dernière sans aucun recours à la finalité. Nous verrons que le mécanisme n'est pas plus exclusif de la finalité que de l'art ou de la poésie ; qu'il rappelle, au contraire, comme un complément nécessaire.

Du reste, les plus rigides mécanisles n'ont-ils pas été les premiers à nous dire que leur conception mécaniste du monde en faisait un grand poème? Ils auraient pu ajouter qu'un grand poème est toujours une œuvre d'art et de finalité. Et nous aurions été d'accord.

Leibnitz l'avait bien vu, lorsqu'avec sa sagacité géniale, il disait qu'alors même que tous les phénomènes de la nature pourraient s'expliquer par le développement logique des lois du mouvement, il resterait encore à expliquer ces lois. Et comme leur caractère est de n'être pas nécessaires, à la manière des principes de mathématique ou de géométrie, mais seulement d'être les plus simples et les mieux adaptées au plan réalisé, ce savant concluait que, loin d'exclure la finalité, elles l'imposent au contraire à nos esprits.

(1) Cf. Faye, L'origine des mondes, p. 257.

TROISIÈME l'AIlTIE : LA CAUSE FINALE 321

« Il est surprenant, (Jisait-il,quede la seule considéralion (les causes efficientes on de lu matière on ne saurait rendre raison de ces lois du mouvement découvertes de notre lemps, et dont une partie a été découverte par moi-même. J'ai trouvé qu'il y faut recourir aux causes finales, et que ces lois ne dépendent pas du principe de nécessité... mais du principe de convenance, comme du choix et de la sagesse (1). » Et il aimait à répéter : « J'ai déclaré, plus d'une fois, que le mécanisme lui-même ne découle pas seulement de la matière et des raisons mathématiques, mais d'un principe plus élevé et, pour ainsi dire, d'une source métaphysique (2). »

Pour se bien convaincre d'une vérité si capitale, il oo suffirait d'examiner les principales lois de la mécanique, chaci'i'ne telles que : 1° la loi de l'inertie ; 2° la loi d'égalité d'ac- '^luf lion et de réaction ; 3° la loi d'indépendance des mouvements ; 4° la loi de la conservation de l'énergie ; 5° la loi de la continuité ; 6° la loi de la moindre action ; ou bien celles de Tattraclion, de la pesanteur, etc.

Le plus simple examen nous montrera que toutes ces lois sont évidemment contingentes, et n'impliquent aucune nécessité a priori.

La première et la principale de ces lois, celle d'inertie, j^oi est que lout corps persévère indéfiniment dans son état '*'"'*""^ de repos ou de mouvement, en conservant la même vitesse et la même direction, jusqu'à ce qu'une cause extérieure l'en tire. Or cette loi, que les faits confirment, ne peut se fonder sur aucune démonstration a priori. Xulle contradiction à supposer qu'il en est autrement, et qu'un corps, par exemple, perd de sa vitesse peu à peu, par une sorte de rayonnement, comme il perd sa chaleur et sa lumière. Nulle contradiction à supposer qu'il peut aussi modifier cette vitesse ou sa direction.

I Lmbnilz, Principes delà nature, 11.

■1 Leibiiitz, De naturel ipsa... Dutens, t. II, pars 2, p. 51.

ACTi: F.ï r-lISSANCK 21

d égalité

Et de fait, il en est ainsi pour les corps vivants; pourquoi pas aussi pour les corf»s bruts, si on leur attiibue des activités internes, des mouvements vibratoires moléculaires?

« Si nous la tenons (cette loi) pour certaine, observe fort judicieusement M. de Freycinet, c'est donc en vertu de circonstances que l'expérience seule devait mettre en évidence. On compr(Mid dès lors combien sont vaines les tentatives faites à diverses époques pour établir cette loi par le raisonnement (1). » El cet auteur, si compétent, répète la même observation au sujet des autres lois. Loi Ainsi la loi d'égalité entre l'action et la réaction,

découverte par Newton, — d'après laquelle il n'y a pas d'action petite ou grande, qui n'ait son exacte contrepartie en réaction qui la neutralise, — n'a jamais été trouvée en défaut par les observations astronomiques, et cependant « elle n'a lien d'un axiome rationnel. Elle exprime une simple vérité expérimentale, dont nous n'aurions jamais été assurés sans les recherches auxquelles se sont livrés les physiciens (2) ». Lci Ue même pour la troisième loi de Vindépendance des

p'ên- mouvements^ d'après laquelle le mouvement commun à plusieurs corps et les mouvements particuliers à chacun sont dans un état de mutuelle indépendance. Lorsque cette loi, — devenue aujourd'hui la base de tous les tliéoièmes relatifs à la combinaison des mouvements, — fut découverte par Galilée, « il s'éleva de toutes pai'ts. nous dit Aug. Comte, une foule d'objections a priori tendant à prouver l'impossibilité rationnelle d'une telle proposition, qui n'a été unanimement admise que lorsqu'on a abandonné le point de vue logique pour se placer au point de vue physique (3) ».

(1) De Freycinet, Essai sur la philosophie des sciences, p. 204.

(2) De Freycinet, ibid.,^. 'HiO.

i'd'i De Freycinel, iOid., p. 210.

de continuité.

Quant à la loi de la conservation de l'énergie, nulle Loi conlradiction à ce que la force puisse suscr ou s'épui- servati"n ser en se manifestant. On a cru longtemps qu'il en était ainsi, et puis l'on a discuté, pendant des sièiles, pour définir quel était l'élément permanent. Etait-ce la quantité de nionvenient, MV, ou la force vive, MV-, ou le

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