‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 89 sur 118 · MV · texte numérisé non relu

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travail de la force — :j— , ou bien le total de l'énergie

actuelle et de l'énergie potentielle, comme on l'admet aujouid'liiii ? En cela, aucune nécessité a priori.

La loi de continuité, par laquelle la nature ne fait j^,; jamais de saut, et procède graduellement, est pareillement une loi d'ordre et d'harmonie, de sagesse el de convenance esthétique, nullement une loi mathématique.

La loi de la moindre action, si vantée par Euler, jo; parce qu'elle rend compte des lois de la réflexion et de la p^dté. réfraction de la lumière, etc., est encore une loi de simplicité, d'économie générale et de sagesse, impossible à déduire géométriquement d'aucun principe. En quoi, en elTet, est-il nécessaire que la matière, indifférente entre tous les systèmes de mouvement, choisisse précisément celui qui demande le moins de dépense d'action motrice ? Cfla est beau, disait Leibnilz, mais en quoi nécessaire? Toutes ces lois, ajoutait-il, qui par leur jeu naturel arrivent à produire un ordre qui^ la raison déclare plus satisfaisant qu'aucun autre, prouvent le choix d'une intelligence et d'une sagesse su périem-cs, donc elles prouvent la finalité du mécanisme lui- môme.

Disons la même chose pour les lois de Vattraction , ^j universelle et de la pesanteur. En quoi sont-elles, plus ^'ll^l^Hl que les autres, nécessaires et <ïp>n*ori ? Quelle nécessité que les corps s'attirent au lieu de se repousser ou de ne pas s'attirer du tout ? Quelle nécessité (ju'ils s'altirent dans telle ou telle proportion des masses ou des carrés des dislances? Ainsi dans le cas si élémentaire, proposé plus haut, de la boule qui roule sur un plan incliné, en

apparence loute seule et sans finalité, nous découvrons la direction centripète de la loi d'attraction, c'est-à-dire une liiiiililé, et nous constatons que celle direction l'ondamenlale est déviée à cliaciue instant par le jeu de forces antagonistes, régies par les autres lois que nous venons d'étudier, et qui sont autant de finalités particulières, produisant une direclion résultante. En sorte que ce cas si simple de mécanisme est déjà tout imprégné de finalité.

Conclu- Inutile d'insister davantage, ni de passer en revue les générale, autros lois de la mécanique. La conclusion générule s'impose déjà avec une suffisante évidence, et nous allons la dégager.

Que la finalité des mouvements de la nature soit le résullat des merveilleux mécanismes que nous avons constatés dans le cosmos : mécanismes cinéliqiies, mécanismes physico-chimiques des édifices moléculaires, mécanismes organiques de la vie végétative, mécanismes automatiques de la vie sensible et animale, — nous le reconnaissons très volontiers ; mais ces mécanismes ei?x-mêmes sont le produit de l'idée directrice et de la finalité, en sorte que la notion do mécanisme, loin d'ex, lure la finalité, l'exige au contraire et l'eritraîne dans une alliance féconde, déjà exprimée par un savant botani'^te allemand, Reinke, dans le néologisme heureux do « n II ichinismetéléo logique ».

Les niécanicistes que nous venons de réfuter insisfinaiiié tenl encore, en nous faisant 'djserver (|ue Tordre existe à iniiliie mei'veille et sans cause finale en géométrie et en mathé-

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métiie. niatiqiie>. Pourquoi n en ser;iil-il pas do même en mécanique nu dans le prodijiieiix mécanisme de la nature? Loin de nous la pensée (h^ K'pondro en niant l'ordre et l'haï munie des nombres et .les figures géométriques.

qui avaient déjà si puissamment frappé l'esprit des pythagoriciens. Dans la plus simple figure de géométrie, dans un cercle, par exemple, tous les points et toutes les lignes sont disposés avec harmonie par rapport au tout, si bien que les rapports des parties au tnul ou des parties entre elles sont liés si rigoureusement et s'enchaînent si logiquement, qu'on peut les déduire l'un de l'autre ; déduire, par exem[)le, la longueur du rayon de la longueur de la circoiift^rence, ou réciproquement. Bien plus, nous reconnaissons que malgré cet ordre préétabli, il n'y a ici aucune espèce de finalité, ni intentionnelle, ni aveugle.

Pourquoi cela ? Aristote nous en a déjà donné le prin- pourquoi cipe ou la raison, en nous enseignant que les êtres mathématiques sont immobiles, comme le monde éternel des possibles ob. nous les concevons, et qu'ils ne sont sujets ni à la génération, ni à la corruption, ni au devenir. Le tout n'y est pas antérieur aux parties : ils sont également contemporains, ou plutôt ils existent en dehors du temps. Or là oi^i il n'y a ni avant, ni après, ni aucune espèce de succession, il ne peut y avoir ni cause ni effet, ni fin ni moyens, ni partant aucune finalité.

Que si, au lieu de considérer les figures géométriques Monde dans ce monde idéal des purs possibles qu'est le monde et monde mathématique, nous considérions leur réalisation concrète dans la nature, il en serait tout autrement. Si, par exemple, au lieu d'étudier la figure octaédrique en géométrie, on létudiait en cristallographie, dans la formation d'un cristal d'alun, il faudra bien se demander pourquoi ces milliers de particules matérielles et aveugles arrivent à se grouper constamment suivant celte forme octaédrique plutôt que telle ou telle autre. Ici. dans cette formation progressive, nous sommes en présence d'antécédents et de conséquents, de causes et d'effets, et partant la question des causes motrices et finales doit

liasard.

se poser, tandis qu'elle ne se pose môme pas dans le monde éternel et immobile des idées géométriques. On cherche seulement la oraison d'être de ces vérités partielles, et on la trouve dans la Vérité totale de l'Etre absolu.

On ne peut donc conclure de l'absence de finalité dans Tordre idéal et nécessaire, à son absence dans l'ordre réel et contingent, ni conclure d'un genre à un autre genre : ce serait le sophisme bien connu sous le nom de passage clvn genre à un autre (1).

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