‹ Études philosophiques (volume 3)Chapitre 96 sur 118 · I ^ j ' ■ ■> des · texte numérisé non relu

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taire et très incomplète, comme nous 1 avons deja éléments

, . • • • I f • ' „ subjectifs

reconnu, le peu qui en est saisi chaque tois n en sera y pas moins du réel. La relativité ou l'erreur ne pourront °''J®^"^'se glisser que dans le travail plus ou moins bien réussi de reconstruction synthétique, c'est-à-dire dans le choix et le groupement de ces fragments épars, venus par tous

(1) s. Th., Qq. disp.. q. 1 ; de Verilate, art. ll.Cfr. Sunun. th.. la, q. 17, a. 2. — Cf. supra, p. 216-218.

THEOIUK FONDAMENTALE: ACTE ET l'UlSSANCE

les sens, pour reconstituer dans son unité l'image de l'objet total. Mais c'est là une œuvre de mémoire et de jugemenl, surtout d'habitudes acquises ou d'association automatique d'images, et nullement l'œuvre de la perception pure, dont nous traitons ici.

C'est à la réflexion personnelle, et au besoin 5 la critique psychologique, qu'il faudra faire appel pour distinguer dans ces perceptions complexes, tout imprégnées de souvenirs, l'apport de la mémoire ou des habitudes et faire la part des éléments représentatifs et objectifs. iiestfaii Quant aux éléments émotionnels et subjectifs, tels lawns- que le plaisir ou la douleur, les attraits ou les aversions. .leoc. l'instrument qui distinguera ici entre le subjectif et l'objectif, le moi et le non-moi, n'est autre que la conscience ; nous n'avons pas d'instrument plus délicat, ni plus subtil, ni plus près des phénomènes à observer.

xVssurément It triage entre les éléments objectifs et subjectifs peut aussi se faire a priori. Nous avons déjà établi, en parlant de la puissance active et de la puissance passive, que tout ce qui est reçu passivement vient de l'objet, que tout ce qui est produit par réaction vient du sujet; mais c'est la conscience seule qui peut nous montrer l'application de ce principe, en nous faisant sentir que l'élément étranger, c'est le sensible qui nous frappe ; que l'étendue, le son, la couleur, le mouvement qui nous impressionnent ne sont pas le moi ; tandis que tout ce qui est actif, vivant, conscient, percevant, jouissant, souiïrant..., c'est le moi. Ainsi, lorsque je palpe une médaille en relief, je me garde bien d'attribuer le relief à mon organe, et le frôlement cutané à la médaille. L'évidence de l'extériorité ou do l'intériorité, dans les conditions normales, est un critérium absolument certain, comme toute autre évidence (1).

(1) I/évidence de la perception normale sur VoOJel propre ne n'Ui.s

5° Enfin il est un dernier problème que peut encore ja^pcirésondre la Ihéorie du mobile et du moteur, en établis- j';{"ré"i sant la différence radicale enlre la perception de f,,'^ll^, Vobjet et la perception de son image, soit de rimage ""'»*• du souvenir, soit de l'image dite consécutive on hallucinatoire (I). El ce n'est pas là une distinction de |)etite im[)ortance que nos physiologistes contemporains s'efforcent d'effacer; aussi voulons-nous insister quelque peu sur ce point qui nous paraît capital.

iNon, nous n'hésilons nullement à partager l'avis du philosophe Garnier et de ces médecins éminents tels que iJaillarger, Sandras et plusieurs autres non moins distingués, qui, dans la mémorable discussion de 1865 sur les hallucinations, dont la Revue scioiliftque rappelait récemment le souvenir, soutinrent qu'il y a un abîme infranchissable entre la vision d'un objet présent, et la représentation d'un objet absent; entre la perception externe et la perception de l'image.

Ces deux phénomènes diffèrent non seulement comme des étals forts et des états faibles, suivant l'expression (le Spencer, mais diffèrent en nature et ne se ressemblent que comme « le corps et l'ombre ».

Dire avec Taine, Galton et autres modernes que ^^^ l'image; du souvenir, c'est une perception plus faible '^"j[!i'°' spontanément renaissantp, n a plus aucun sens pour ",\P'f celui qui a compris la théorie du mobile et du moteur.

trompe jamais. Voyez la distinction que nous établirons entre l'oljjet propre (ohjfclum vtr se et l'objet imfiropre [ohjeclum per accidens)-. enlre la perception naturelle et l'association i'ruit de l'édLication des sens. Voyez aussi la réfutation des objections scientitiques ulaltoiiisme, e<^.) du us notre élude sur VObjecLivilé des sens externe^.

(I) L'image coMséci</!U« est l'impression subjective qui persiste dans l'œil à la suite de la vision normale, lorsque celte impression rélinienne a été trop forte ou trop prolongée. Lorsqu'elle est produite par le retour anormal de l'image cérébrale dans la rétine nous l'.ippellona h dlwiiialoire. Les deux obéissent aux mêmes lois de projection à l'extérieur, et ne dillèrent que par leur origine.

Analyse

des différences essenliplles.

Image coDséciilive ou liallucinaloire.

Dans la perception normale des sens, lohjet matériel est présent et son action est reçue dans le sujet sentant, comme l'aclion de l'agent dans le patient. Au contraire, dans limage du souvenir, l'objet matériel est absent, le sens ne reçoit plus son action, mais il se représente celle qu'il a autrefois reçue et dont il a conservé le souvenir ou l'impression. II ne reçoit plus, mais il reproduit ce qu'il a déjà reçu. Aflirmer que ces deux états sont identiques, ce serait dire qu'il est identique d'agir ou de pâtir, d'être mû ou de ne pas l'être ; idenli(|ue de percevoir le moi ou le non moi, l'image ou la réalité.

Une telle distinction est évidemment essentielle, et ne saurait être balancée par quelques ressemblances accidentelles que l'on peut toujours découvrir entre les phénomènes les plus disparates. Encore ferons-nous remarquer que ces prétendues ressemblances, que nos adversaires exploitent avidement, surtout entre la perception externe et limage consécutive, sont bien moins des ressemblances que des contrefaçons.

Par exemple, il est vrai (\v\eV'\n\iv^Q consécutive ^ç\\i être projetée à distance, sur un écraii, et contrefaire la vision normale. Mais l'homme qui jouit de ses facultés mentales et garde son sang-froid, ne s'y trompe point complètement et il découvre bientôt la contrefaçon manifeste, tellement elle est gro-sière.

Dans la vision normale les objets nous apparaissent extérieurs et fixes, malgré les mouvements de nos yeux. Au contraire l'image consécutive nous apparaît interne et mobile avec nos yeux ; elle flotte à notre gré à droite on à gauche, partout on nous la projetons, soit dans l'air, soit sur les objets qui nous entourent ; elle est transparente comme un léger nuage, et c'est au travers de ce nuage que nous percevons les objets de la vision normale. Ces objets semblent alors vus, pour ainsi dire, au travers de lunettes sur lesquelles on au-

rait peint cette image. Enfin, il nous faut un elFort de réflexion sur notre organe pour saisir l'image consécutive, surtout lorsque nous voulons l'étudier et nous on rendre compte, c'est une vision réfitxe, tandis que la vision normale est une vue directe.

D'autre part, la projection elle-même de l'image con- projecsécutive est 1res dissemblable. 'Images!*

Lorsqu'on projette sur un écran l'image consécutive, son diamètre augmente si l'écran s'éloigne, il diminue si l'écran se rapproche ; il s'allonge si l'écran s'incline : absolument comme le ferait une image projetée par une lanterne magique.

Au contraire, une image réelle peinte sur un écran et qu'on examine dans la vision normale, devient plus petite si on éloigne l'écran, plus grande si on le rapproche, et si on l'incline, son diamètre diminue dans le sens de l'inclinaison, de cette manière spéciale que les peintres appellent « le raccourci ». C'est précisément ce qui arrive pour les rayons d'une image extérieure qui sont reçus dans une chambre noire photographique ; et c'est juste l'inverse de ce qui a lieu pour l'image consécutive (1).

Nous pourrions démontrer géométriquement que la inverse loi physique qui régit ces deux cas est pourtant la même, c'est une nouvelle raison de conclure que les deux cas sont dissemblables Dans le premier, celui de l'image consécutive, nous portons en nous-mêmes l'objet de notre vision, c'est une vibration lumineuse de la rétine indépendante des corps extérieurs. L'œil pro;etle physiquement sa propre lumière, ou son impression lumi-

(1) Ces expériences sont faciles à réaliser. Regardez fixement la flamme d'une bouo;ie, l'image en restera fixée dans vos yeux après avoir éteint la bonj^ie, et vous pourrez alors, dafis Tobscurité, la projeter dans la direction que vous voudrez, sur un écran, une feuille de papier ou sur une plaque photographique où elle pourra laiss^er uns empreinte

de la

vision

normale .

neuse comme le ferait un appareil ordinaire de projection.

Dans le second cas, celui de la vision normale, l'objet de notre vision est, au contraire, une action lumineuse étrangère et extérieure qui change de f)lace, qui augmente ou diminue indépendamment de nous, et qui pénètre en notre œ'\[ comme dans une chambre noire de photographe.

Le premier mécanisme est celui d'une vision intérieure et subjective, avec projection dans une direction qui dépend de notre volonté.

Le second mécanisme est celui d'une vision extérieure et objective, dans une direction qui s'impose à notre volonté.

11 est donc parfaitement injuste de confondre la vision normale extérieure avec la vision de l'image consécutive.

îmage ^ue si l'ou sc bomait à comparer Vimage du souvenir ayec l'image consécutive ou toute autre impression dite subjective, nous ne ferions aucune dilliculté d'admettre entre elles des liens de parenté, de ressemblance et même de réciprocité.

C'est l'impression de l'œil qui se grave dans l'organe cérébral de la mémoire, en y laissant comme un vestige, une inijige en miniature, qui s'y conserve et s'y réveille parfois: il est donc naturel que celte image lui ressemble.

A son tour, l'image de la mémoire, au moins dans les cas d'hallucination morbide, pourrait, si nous en croyons les médecins spécialistes, revenir pour ainsi dire sur ses pa*^, ébranler de nouveau les cônes et les bâtonnets de la rétine d'où elle était partie, et y provoquer une impression pareille à l'impression qui l'a produite. Cette image subjective hallucinatoire serait

du

siiuvenir

semblable à l'image consécutive et se projetterait à lextéiieur suivant les mêmes lois.

Ainsi l'on dit que Newton, par un effort singulier d'imagination et de volonté, arrivait à reproduire une image consécutive causée par la lixation du soleil, après un intervalle de plusieurs jours et même de plusieurs semaines. Depuis cette époque, M. Taine (I) et un grand nombre de physiologistes ont cité divers exemples analogues.

Entre ces deux phénomènes il y a donc des liens très Résumé

, ,, des dif-

naturels. Dans lun et 1 autre cas, nous ne percevons férenccs. d'ailleurs que des images subjectives. Malgré cela, que de traits de dissemblance 1

1" L'image consécutive se déplace avec les mouvements intentionnels de l'œil, ou bien, si le regard est fixe, avec les mouvements de la tête ; qui donc a jamais pu par ces procédés mettre en mouvement l'image purement mentale du souvenir ?

2« L'image consécutive se projette à l'extérieur suivant les lois dont nous venons de parler, et se superpose aux objets de la vision normale ; qui donc a réussi à proiet'-r sur un écran l'image mentale du souvenir ?

3» Enlin, l'image consécutive ne paraît jamais suscitée par une simple association d'idées, comme les souvenirs ordinaires, parce qu'elle est une image rétinienne, et non pas une image mentale comme celle du souvenir.

Ainsi se trouve nettement vérifiée et confirmée par des preuves expérimentales cette distinction capitale, que nous avions déjà établie, par la théorie du moteur et du mobile, entre la perception normale de l'objet présent et la perception de l'image, soit de l'image du souvenir, soit de 1 image consécutive.

A, De Vlnlellige.nce, I, lOJ.- Voy. aussi Société de Biologie, 29 avril •1882.

théorie.

Conclu- En résumé, si la théorie du mobile et du moteur est impor- njéconnue, s'il n'y a plus d'nction transitive, si l'action *"c"te^* du moteur n'est plus réellement dans le mobile, et l'action du non moi dans le moi, je ne puis filiis désormais ressentir que le moi ou les modilications du m,oi, et voici les conséquences logiques :

1" Les trois espèces de perception que nous venons de distinguer se trouvent étrangement confondues dans une même perception intérievre de nos états de conscience plus forts ou plus fnibles, et la perception ^iï?^^- W^wrg des sens est supprimée.

2" Dès lors, la croyance invincible, ou plutôt l'évid<^nce invincible que je perçois avec le moi quelque chose qui n'est pas à moi, mais qui vient des objets extérieurs, est une illusion invraisemblable de la nature ; le sentiment d'extériorité est une divination inexplicable, et l'acte de projection à Texlérieur pendant la vision normale d'ufw portion de notre moi est un contre-sens invraisemblable, qui ne peut plus expliquer et justifier la projection de l'image consécutive.

3° Enfin, si nous ne percevons plus les actions des corps, mais uniquement les réactions du moi ^Téacixons d'une sensibilité variable avec les âges, les tempéraments, les individus et les espèces, nous sommes enfermés dans le sujet et le subjectivisme, sans en pouvoir logiquement sortir, puisque toutes nos idées claires ne prouvent que des objets possibles et non des objets réels ; et que tous nos raisonnements tourneraient fatalement dans un cercle d'idées possibles dont nous ne pourrions jamais contrôler la ressemblance avec les réalités extérieures. Impossible de savoir si dans la nature quelque chose correspond à nos concepts de cause et d'efTet, par exemple, et tous les principes de

Ja métapliysique démolirent siispendns en l'air, sans aucune application légitime aux choses «le ce monde, Nous voilà conduits par une logique impitoyable a" la subjectivité et à la relativité absolue de loutes nos connaissances, soit concrètes, soit abstraites. Désormais l'évidence n'est plus qu'une aOaire de sensibilité, de tempérament, d'organisation ; la vérité n'existe plus, mais elle est ilans un changement et un perpétuel <levenir !...

Pour échapper àcet abîmo du scepticisme, il n'y a plus comment qu'un seul moyen ou plutôt qu'un seul expédient. C'est ^"^''^pp^' un appel désespéré au bon sens ! un acte de foi aveugle ^^me?" dans la véracité de notre esprit !... Tantôt cetacte de foi est explicitement avoué : « Contemple/ l'ordre, vous disent-ils, jetez-vous dans l'ordre ! laissez vous bercer par l'ordre, et puisque l'ordre vous a donné une intelligence qui aspire au vrai et ne veut que le vrai, laissez cette intelligence courir oi!i l'ordre la pousse ! »

TantiH cet acte de foi est déguisé sous des apparences iscientifiques. Qu'est-ce que cette croyance des kantistes dans le « devoir cV être honnête », et dans la vérité des notions métaphysiques que ce devoir implique : tu dois donc tupeux,e,\,c. ; qu'est-ce que cette croyance qui s'impose et ne se prouve pas, sinon un acte de foi, un acte de bon sens ?

Tantôt enfin, il est plutôt inconscient que dissimulé. Ainsi, lorsque vous demandez à ces philosophes pourquoi le monde, cause inconnue de nos réactions sensijales, ne serait pas spirituel plutôt que corporel, pourquoi ce ne serait pas une cause unique au lieu d'être multiple, ils se contentent de vous répondre : « Mais c'est incontestable ! Il y a multiplicité des corps exté. rieurs, il y a multiplicité de consciences humaines ; c'est incontestable ! »

— Eh! commentle savez-vous ? Après avoir détruit

scientiliquement l'évidence de la perception extérieure, n'est-ce pas un appel au simple bon sens ?...

Ueureuse inconséquence, qui va nous faire rentrer dans la voie d'où nous n'aurions jamais dû sortir !

lùi eiïet, un acte de foi aveugle ne saurait suffire au sens commun auquel nous venons de faire appel. Le bon sens du genre humain croit au monde extérieur parce qu'il le louche de ses mains, qu'il le voit de ses yeux, qu'il est clair comme le jour !... La croyance invincible du bon sens, loin d'être le résultat d'une foi aveugle, est au contraire basée sur l'évidence de la perception immédiate des corps. Un acte de foi aveugle, bien loin d'être l'explication suftisante de la croyance du bon sens, n'en serait que la négation et la ruine.

Il laut donc revenir, avec le bon sens de nos pères^ à l'évidence de la perception immédiate des corps, laquelle repose h son tour sur la pierre angulaire qu'Arislote et S. Thomas ont posée depuis des siècles et hors de l.iquelle tout édifice scientifique de la certitude a été fatalement ruineux, la théorie du mouvement et de son action dite transitive.

<:onciii- Eu terminant, nous devons faire un aveu et reconnaî-

sion générale, tre que nous sommes bien loin d'avoir exploré toutes

les régions de notre immense sujet. 11 nous resterait

encore des excursions pittoresques, et des ascensions à

des hauteurs que les génies d'Aristote et de S. Thomas

n'ont pas crues inaccessibles.

Remontant dans la suite des âges la série innombrable des mobiles et des moteurs périssables, le philosophe de Stagire s'est élevé, le premier, d'un pas ferme et tranquille, jusqu'au Moteur premier, au Moleurimmobile, à la fois Cause motrice et Fin dernière de rUnivers (1).

;i) Voy. Arist. (B.-S.-ll. , Phys., 1. VIII , Mêla., 1. Xli.

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