‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 14 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

LE CERVEAU ET L'AME

Trois

€ Le cerveau est r organe de la petisée ». Nous pouvons en croire spiritualistes et matérialistes de tou- problèmes tes les écoles modernes, qui, sur ce point, s'unissent résoudre dans un accord assez inattendu. Malheureusement, jamais on ne vit de préliminaires de paix plus équivoques ni plus obscurs. Dès qu'il s'agit d'expliquer un peu et de préciser chacun des trois termes qui composent la formule magique, la trêve est rompue; les divergences de vues les plus profondes et les plus opposées se manifestent et s'accentuent nettement entre les mêmes philosophes, qui se divisent en groupes ennemis et, dit-on, irréconciliables.

En quel sens le cerveau est-il un organe ? Produitil la pensée comme d'autres organes sécrètent la bile ou la pepsine ?ou bien comme une lyre, entre les doigts de l'artiste, produit des accents sublimes sous le souffle inspiré du génie ? En d'autres termes, le cerveau est-il cause efficiente et principale de la pensée ou seulement cause instrumentale ?

Et puis, cette matière cérébrale serait-elle au même titre l'organe de toute espèce &q pensées) de la raison, pure aussi bien que de la sensation ; et n'y aurait-il pas quelque distinction profonde à établir entre ces deux ordres de phénomènes?

Le cerveau i

18 ÉTUDES PllILOSOPUinUliS

Enfin le cen-emi, premier mot de la célèbre formule, quiavaitsembléleplus clair, n'estpasdevenule moins mystérieux. Les révélations de la science moderne ne nous interdisent-elles pas de soutenir encore que le cerveau soit le seul organe sentant, à l'exclusion des autres parties du système cérébro-spinal, telles que la moelle épinière et les organes périphériques, et ne devons-nous pas désormais prendre ce mot de cerveau dans un sens métaphorique, comme on prend en rhétorique la partie pour le tout ?

Voilà, certes, de bien graves problèmes, bien dignes de notre attention et de nos méditations les plus sérieuses. Au fond, ils se résument dans le problème de la spiritualité de l'ànie, celui qui intéresse au plus haut degré les destinées de rhomme, et jusqu'à un certain point l'honneur de la raison humaine. Car si l'homme était condamné à une ignorance complète sur les vérités les plus importantes et les plus pratiques, à quoi lui servirait d'être raisonnable ? à quoi lui serviraient ce déoir et ce besoin de savoir que la nature a mis en lui comme un aiguillon qui le provoque à la conquête de la science, si l'objet principal de la science n'était plus qu'une chimère ? M^,ho,i, Loin de nous ces défaillances du scepticisme ! Rapositivc jjiujQj^s notre foi dans la sagesse de cette Nature, qui selon la belle parole d'Aristote, « n'a jamais rien fait en vain (1) » ; et puisque le problème est aussi vieux que le monde, ne craignons pas d'en chercher la vraie solution dans les antiques traditions de l'esprit humain, sans rien négliger toutefois de tout ce que le progrès des sciences a pu y ajouter d'informations nouvelles.

Sans doute le philosophe n'a pas à descendre lui-

(1) A celte formule célèbre, Arislole ajoute souvent le mot de Dieu : O Se 6côî zat Yi «pyfftç oùSîv [LxzfiV Trotôufftv [De cœlo, I. I, c. 4, § H).

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