PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME
même dans les laboratoires de physiologie et danatomie, mais il doit savoir ce qui s'y passe. Il ne doit pas avoir la prétention de refaire pour son propre compte des sciences déjà faites, mais il doit les connaître, au moins dans leurs grandes lignes, savoir y distinguer ce qui est certain de ce qui est hypothétique et douteux, de manière à asseoir sur des bases positives sa synthèse philosophique.
Vouloir dire avec précision et sûreté comment la pensée a pour organe le cerveau, sans connaître le cerveau et son merveilleux mécanisme; faire la philosophie de l'àme sans essaj^er de connaître son mystérieux instrument, ne serait-ce pas une présomption dangereuse, une aberration de méthode capable de nous conduire aux résultats les plus incomplets ou les plus faux ? L'étude de nos « idées claires » pourrait sans doute nous faire découvrir un ordre de choses possible, un plan idéal que nous aurions pu proposer au Créateur, s'il nous eût appelés en ses conseils, mais elle nous laisserait ignorer le plan, peut-être beaucoup plus complexe et plus profond, réalisé dans la nature.
Fidèle à la méthode essentiellement positive et expérimentale de l'école péripatéticienne, nous unirons donc aux principes de la raison pure les données de l'observation intérieure et extérieure, psychologique et physiologique, en commençant par celle-ci, parce qu'elle tombe sous les sens et qu'elle est la plus simple. Les révélations importantes qu'elle nous réserve suffiront d'ailleurs à justifier nos préférences.
c^réhro-
Le cerveau et le système cérébro-spinal.
Le système nerveux de la vie animale chez les vertébrés comprend deux parties essentielles : l'axe cérébro-spinal et les filets nerveux périphériques qui en sont pour ainsi dire le rayonnement, et qui aboutissent, les uns aux organes moteurs, les autres aux organes des cinq sens externes (1) (Voy. Planche anat., fig. I).
Aie Vaxe céi'ébro-spinal, comme son nom l'indique, est «pinai. composé de l'organe encéphalique et de la moelle épinière. Placé sur la ligne médiane du corps, il occupe l'intérieur de la tête et une partie notable do la colonne vertébrale. Les membranes qui l'enveloppent et le maintiennent ont reçu le nom de méninges : ce sont la pie-mère, l'arachnoïde et la dure-mère ; celle-ci est la plus épaisse et s'attache aux parois osseuses du crâne ou du canal Neviéhvdl.'L^méningitee^i l'inllaniiiiation de l'une de ces trois membranes.
Uorgane encéphalique contenu dans la boîte osseuse d'un crâne humain se subdivise en trois parties principales, distinctes mais étroitement liées : 1° le cerveau proprement dit, avec ses noyaux gris centraux [couches optiques et corps strié); 2° le cervelet ; et 3*^ la moelle allongée. Nous omettons à dessein plusieurs autres parties moins importantes (la glande pinéale, la protubérance annulaire, les pédoncules cérébraux et cérébelleux, la valvule de Vieussens, etc.)» pour éviter de compliquer inutilement les détails qui vont
(l)Nous laissons de côté le système nerveux ganrfUonnaire oa grand sympathique qui prend son origine dans l'axe cérél)ro-spinal et distribue aux organes de la vie nutritive la sensibilité et la motiiité viscérales.
cerveau.
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suivre, et qui paraîtront déjà bien compliqués, quoiqu'ils ne donnent qu'une idée très sommaire de l'ext4'èine complexité de l'organisation cérébrale, la plus inextricable et la plus mystérieuse de tout notre organisme. (V. fig.X, XI, Xll.)
En avant du crâne, et coiffant à peu près toutes les Le autres parties de la tête, se trouve le cerveau dont l'as pect extérieur est surtout remarquable par le nombrt considérable des plis et des replis capricieusemen ondulés, que Ton voit à sa surface, et que Ton compare tantôt à de petits boyaux serrés les uns contre les autres, tantôt à une étoffe de soie que l'on presserait avec les doigts, en la froissant délicatement. Ces plis, qui augmentent beaucoup la surface réelle de cet organe, ont reçu le nom de circonvolutions cérébrales. Jusqu'à ces dernières années, on ne se préoccupait guère de les décrire ni de les dessiner exactement. On commence aujourd'hui à leur accorder une plus grande importance, depuis que l'on a remarqué qu'ils étaient disposés dans un ordre spécial pour chaque espèce de mammifères. (V. fig. III, IV.)
Un profond sillon divise le cerveau en deux moitiés latérales fort improprement appelées hémisphères cérébraux, car chacune d'elles ressemble à un quartier plutôt qu'à une moitié de sphère. Quoique distincts, ces deux hémisphères sont unis Tun à l'autre par le corps calleux. C'est une large bande horizontale, que l'on trouve cachée au fond de la grande scissure médiane. Elle est composée d'une multitude de fibres qui relient entre elles les parties correspondantes ou homologues des deux hémisphères, de manière à leur permettre de communiquer et de vibrer à l'unisson.
Les deux hémisphères semblent donc être la répétition l'un de l'autre. Ils fonctionnent symétriquement et sont dans une mutuelle dépendance. Voilà pourquoi
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l'extirpation d'un seul lobe, chez un animal, ne détermineaucune pelUirIjakion remaiqiial)le, ni pour la motricité ni iionrla sensibilité. Chez l'homme lui-môme, on a constaté que la destruction le^ite et progressive d'un seul hémisphère peut passer inaperçue })endant la vie, l'hémispiière malade ayant été graduellement remplacé par l'autre dans ses fonctions (1).
Sur le côté de chaque hémisphère on voit un autre sillon dirigé obliquement {scissure de Sylviics), qui le divise en deux lobes : le lobe antérieur est le plus petit ; l'autre, plus considérable présente deux régions bien distinctes : le lobe moijen et le lobe postérieur (2). Chacun de ces départements est subdivisé, sur les planches anatomiques, en un certain nombre de circonvolutions désignées par des numéros d'ordre, mais dont les limites artillcielles ne sauraient avoir une grande précision (V. fig. IV).
Si l'on sépare les deux hémisphères en coupant le corps calleux qui les relie, on observe que le cerveau n'est pas constitué par une masse pleine. 11 est creusé à l'intérieur de quatre cavités qui communiquent entre elles et dont on ignore les fonctions : on les nomme les ventricules du cerveau.
Deux Mais il est un autre fait bien plus important, que ces. nous révèle l'exploration intérieure du cerveau, sur sa constitution intime. Cet organe parait composé de deux sortes de substances de couleurs différentes, auxquelles on n'attribue pas la même nature ni les mêmes fonctions.
a) La substance grise est principalement composée de cellules nerveuses de dimensions variables (3) ;
(1) Béclard, Physiologie, 1884, t. Il, p. 570.
(2) D'autres auteurs subdivisent eu quatres lobes : frontal, pariétal, occipital et temporal ; soit en tout huit lobes pour les deux hémisphères.
(3; La dimension des cellules nerveuses varie de 0 mm. 01 à 0 mm. 09 de diamètre. Les plus grosses dites géantes ont la forme pyramidale,
substan
gris i-catraui.