PREMIÈRE PARTIE. — LE CBfiVEAU ET l'aME
Donc, pourrons-nous en conclure, la sensation s'est arrêtée au centre médullaire, puisqu'elle n'a pu parvenir jusqu'au cerveau, et elle en est revenue, pour ainsi dire, sous forme de réaction motrice, seml)lal)le, en quelque sorte, à un rayon lumineux qui reviendrait sur lui-même par réflexion contre un obstacle. De là, le nom métaphorique dCacte réflexe que les physiologistes lui ont donné.
Un autre vertébré à sang froid, très excitable, comme l'anguille, par exemple, peut être divisé en tronçons: et chacun de ces tronçons conservera le même pouvoir réflexe (1).
Sur les invertébrés coupés par section, la même expérience est e.Klrêuiemcut i'iajjpante.
Au reste, l'observation laplus élémentaire nous découvre en nous-mêmes des mouvements analogues tout à fait involontaires, où les facultés supérieures du cerveau ne prennent aucune part : tels sont les mouvements de surprise, le retrait instinctif de la main qui se brûle, etc..
Ces expériences et d'autre analogues avaient déjà c.hezie» frappé l'attention des naturalistes grecs. Ce sont elles qui ont permis à Aristote, par une intuition remarquable, d'entrevoir le double jeu de ce mécanisme, et la double fonction centripète et centrifuge des nerfs sensibles et moteurs.
On a attribué à Rufus, sous le règne de Trajan, la distinction anatomique de ces deux espèces de nerfs ; mais Rufus nous avoue que ce fait était déjà connu d'Erasistrate, descendant d'Aristote (2) ; et nous avons
(1) Autre exemple : si l'on pique un nerf se rendant dans un membre périphérique de la grenouille, toute la portion placée au delà du point piqué se contractera, tandis que la portion située plus haut (vers le centre) ne manifestera aucun mouvement. Ce qui prouve bien que la force motrice est centrifuge, c'est-à-dire qu'elle se dirige des centres nerveux vers la périphérie.
(2) C/>. B. S.-Hilaire, Préface du tt-ailc des parties, p. 65. Les déconi
anciens.
2H ÉTUDES PUILOSOPUIOUES
des raisons de croire qu'Aristote lui-raéme ne l'ignorait pas tout à fait.
Dans un passage qui a passé inaperçu, comme tant d'autres, De aniimiliiiyn motione^ c. XI, § 0, le Staj^irite nous indique cette théorie en quelques mots, nous renvoyant pour une intelligence plus complète à la ligure schématique qu'ilen avait tracée lui-même dans ses fameuses planches anatomiques qui acccompagnaient son immortel ouvrage d'histoire naturelle.
Après avoir décrit un triangle isocèle ABC, dont le sommet serait A, et les deux angles inférieurs Bet C, il nous fait observer que la marche de l'excitation va toujours de B en A, pour revenir de A en C, et qu'elle ne peut jamais aller de B en G, sans passer parle centi'e A (1).
Cette intuition de génie, qui étonnera plus d'un savant, nous a paru d'autant plus remarquable à signaler, que la théoried'Aristote sur le cerveau etle système nerveux en général est la partie la plus faible, ou si l'on veut la plus grande lacune de sa physiologie,
i"/sr.i(>s ^^^^^ ^^^ hypothèses ont été imaginées pour expli- ^Tii-^ quer le transport des impressions sensibles périphériques aux centres, et des incitations motrices qui en
vertes modernes sur la distinction des deux espèces de nerfs, et sur le rôle conducteur de la moelle ont été faites par Charles Bell (1811), Magendie (182'i) et Longet (1841).
(1) Voici le texte en question : « Du reste, il est tout simple que les mouvements aillent ainsi des parties (périphériques) au centre, et discentreaux parties ; et qu'ils soient entre eux dans les rapports que nous voyons. Soit A, par exemple le centre. Les mouvements se rendent d'ahord vers le centre, suivant chacune des lettres qu'on a écrites ici ; puis ils repartent du centre une fois qu'il a été mis en mouvement et transformé. Lorsque le centre est multiple en puissance, quand il se rapporte à B,il va en B, quand il se rapporte à C il va en C, quand il se rapporte aux deux U va aux deux. De B il ne peut aller à C, mais de B il vient en A ; c'est le mouvement centripète ; et de A il va à C, c'est le mouvement centrifuge ». — (Aristote, De molione animalium, texte de Michel d'Éplièse, c. XI, § 6).
maux.