‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 19 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET l'aME

reviennent par les nerfs moteurs. La plus célèbre est celle des esprits animaux que soutenait Descartes et qui a eu tant de vogue aux XVIP etXVIIP siècles. On supposait que l'appareil nerveux était, comme l'appareil de la circulation sanguine, composé de vaisseaux ou de tubes remplis d'un fluide impondérable, les esprits animaux. Or c'est là une hypothèse qui a dû être abandonnée devantlesrésultatsd'une observation plus attentive. Le système nerveux manque complètement d'un organe d'impulsion assimilable au cœur. Déplus, les filets nerveux, dans leur partie centrale et essentielle, sont des filaments {cylindre-axe) qui ne ressemblent pas à des tubes creux de circulation ; et si, sur la plus grande partie de leur trajet, ces filaments sont entourés d'un et de plusieurs manchons de nature conjonctive, ceux-ci contiennent une substance demi-solide(la myéline ou moelle nerveuse) qui ne sauraitconfirmer en rien la prétendue circulation d'un liquide ou d'un fluide quelconque.

L'hypothèse d'un /?M^(ie^/ec^Wçwe a remplacé pen- du dant quelque temps celle des esprits animaux. Dans éfcliriun siècle où Télectricité faisait tant de bruit et susci- *'"" tait les plus belles conquêtes de l'esprit de l'homme sur la matière, il devait sembler tout naturel à MM. les électriciens d'assimiler le cerveau à une pile, et les nerfs à des fils télégraphiques.

Mais ce n'était là qu'une vue superficielle, une conjecture ni mieux fondée, ni plus soutenable que la précédente. Sans doute, en même temps que le nerf est excité, il se fait dans son tissu des variations thermiques, électriques et chimiques ; mais ce n'est pas dans ces phénomènes que consiste l'activité nerveuse. II est aisé de s'en convaincre.

Les partisan^ de cette opinion soutenaient tout d'àbord que les nerfs devaient être d'excellents conduc-

leurs du fluide électrique. Or les plus simples expériences ont démontré qu'ils sont au contraire de très mauvais conducteurs : ils ne sont donc pas faits dans ce but. Ainsi, d'après M. Béclard, leur puissance conductrice est seize millions de fois inférieure à celle des fds métalliques, à épialité de section.

Les autres dilférences entre les nerfs et les conducteurs métalliques de nos machines électriques ne sont pas moins essentielles. Une ligature sur un fil télégraphique n'intercepte pas le courant, et si le fil coupé par un accident a été ajouté bout à bout, il fonctionne aussi bien qu'avant sa rupture. Il.en est tout autrement des conducteurs nerveux. Une ligature sur un nerf arrête la transmission des impressions sensibles ; et si, après avoir coupé le nerf, vous l'ajoutez bout à bout, les phénomènes nerveux demeurent encore interrompus : le contact ou la continuité physique des deux bouts ne suffitplus,ilfautencoreleurcontinuité vitale, queTonn'obtiendraitpas par une sinipleligature,mais seulement par une cicatrisation complète.

On pourrait encore signaler bien d'autres différences telles que la vitesse qui est mille fois (1) plus grande dans les courants électriques que dans les courants nerveux ; qu'il nous suffise d'en ajouter une seule qui nous parait des plus caractéristiques.

Le courant électrique s'affaiblit à mesure qu'il avance, sur un fil d'une plus grande longueur. Au contraire, plus grande est la longueur du nerf excité, plus grande est la sensation produite. Si, par exemple, on applique la même excitation sur deux points différents

(1) Le courant électrique fait 30 kilomètres par seconde, tandis que 'e courant nerveux ne parcourt que i30 mètres. — Aucune action chimique organique nest capable de cheminer avec une vitesse de '30 mètres par seconde. Il n'est donc pas exact d'assimiler le courant nerveux « à une véritable succession de décompositions chimiques », comme Timagiue le D^ Beaunis (Nouveaux éléments, p. 302).

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