‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 22 sur 84 · PREMIERE PARTIE. — LE CERVEAU ET L AMK Si · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. — LE CERVEAU ET L AMK Si

et qui permet de localiser ses facultés sensibles dan? tout le tissu nerveux, ou, si l'on préfère, dans les parties decetissu dont l'organisation nous paraît le mieux appropriée à ces fonctions, nous aimons à croire que ces savants ne l'auraient pas dédaignée, et qu'ils l'auraient trouvée beaucoup plus commode. ' Quoi qu'il en soit, nous tenions à constaterque l'hypothèse du nerf purement conducteur ne saurait s'imposer au philosophe, puisqu'elle n'est rien moins que prouvée. Il est libre de s'en tenir, jusqu\à preuve du contraire, au témoignage de la conscience qui nous atteste que ce sont les nerfs qui sentent, que c'est ma main qui touche ou qui se brûle, et non pas le cerveau ; Il est libre de suivre sur ce point ses préférences philosophiques, s'il en a, etde soutenir queles nerfs jouissent d'une sensibilité probablement vague et confuse sur leur parcours, mais très nette et très précise dans leurs terminaisons périphériques, où les éléments nerveux semblent atteindre leur plus haut degré de différenciation. N'est-ce pas, en effet, la différenciation ou l'adaptation plus parfaite d'un organe qui nous révèle sa fonction? Ce principe physiologique, appliqué à chacun des organes périphériques, fournira à notre thèse des arguments spéciaux d'une grande valeur. Impossible de les exposer avant d'avoir vu le fonctionnement des sens externes. Nous devons les réserver pour une autre étude '^1) et nous borner ici à ces arguments généraux.

Telle est donc la fonction des nerfs. Les uns sentent et transmettent de la périphérie aux centres médullaires leurs impressions sensibles ; les autres, en sens in-

çt) Voy. notre Etude sur l'Objectivité, 2« partie, p. 129 et sui?.

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verso, transmettent les réactions motrices des centres aux muscles périphériques du corps tout entier. Pmti.m, La i/toclic épinière a des fonctions analogues. Elle miellé, recueille toutes les impressions venues des nerfs ponr les transmettre à son tour au cerveau qui les centralise pour les comparer et les emmagasiner dans la mémoire ; en retour elle apporte aux nerfs les incitations motrices et volontaires de l'encéphale. De plus, elle a une action propre sur les organes ; « elle est un centre nerveux au même titre que le cerveau >, nous dit le D' Béclard (1), et quoique son rôle soit habituellement secondaire et subordonné à celui du cerveau, il n'en est pas moins très réel. Eln sorte que lorsqu'on coupe une partie de la moelle épinière, la partie postérieure séparée du cerveau n'est pas complètement paralysée; elle conserve en partie la sensibilité et le mouvement. La moelle allongée et son bulbe n'étant que la continuation de la moelle épinière doivent avoir des fonctions identiques. On leur attribue en outre une grande importancedanslaproduction decertainsmouvements nécessaires à la vie nutritive. Si l'on pique avec une aiguille un petit sillon en forme de V que l'on remarque à l'endroit où la moelle épinière pénètre dans le crâne, les mouvements du thorax^, du diaphragme, etc., en un mot tous les mouvements indispensables à la respiration cessent à l'instant, et l'animal tombe foudroyé. Aussi M. Flourens avait-il appelé ce centre, le nœud vital. C'est là que l'épée de l'habile toréador doit viser le taureau ; c'est là que l'on doit frapper le lapin {coup du lapin) ou blesser la volaille pour les tuer promptement.

Fonctions Lc rôlc du co'velei est encore très obscur. Cepencemiet. dant OU le regarde comme nécessaire à la coordination

(1) Béclaril, Traité de physiologie, tome I, p. 398 (éd. de 1884).

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OU à r équilibration des mouvements. Sa lésion est suivie de troubles assez graves dans la locomotion. Si on l'enlève à un animal, graduellement et par couches successives, « Tablation de la première couche est suivie d'un peu de faiblesse et de désharmonie dans les mouvements. Aux couches moyennes, il se manifeste une agitation générale, mais sans convulsions : l'animal voit et entend, mais exécute des mouvements brusques et déréglés. Quand on arrive aux dernières couches il perd la faculté de marcher ou de voler, de rester debout ou en équilibre ; placé sur le dos, il s'agite sans pouvoir se retourner ; il voit le corps qui le menace, mais il ne peut l'éviter ; donc la volonté, la sensation et la conscience persistent, la coordination des mouvements est abolie (1) ».

Ces conclusions de Milne-Edwards ne paraissent pas rigoureuses à bon nombre de physiologistes. Ils opposent d'autres faits et particulièrement le cas de certains individus que lanaissance avait privés de cervelet et dont la marche n'avait rien d'anormal.

Le cerveau est la dernière étape et le centre le plus Fondions élevé, où s'élaborent toutes les impressions sensibles. cer>»au. C'est en lui qu'elles prennent conscience, se coordonnent, s'interprètent, se conservent dans la mémoire et revivent par Timagination. C'est encore lui qui est le centre d'où rayonnent les incitations motrices volontaires. Pendant longtemps, il est vrai, on avaitrefusé de croire qu'il fût lié aux mouvements du corps. C'était encore un préjugé qui a dû céder devant l'évidence des faits découverts par Ch. Bell, Magendie et Flourens.

Commentées diverses facultés motrices et sensibles se distribuent-elles dans l'organe cérébral ? C'est là

(\] Milne-Edwards, Précis d'histoire naturelle, p. 5i.

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une question des plus ardues et des plus mystérieuses, que nous chercherons plus tard à pénétrer. Ojntentons-nous, pour le moment, de rappeler le peu que l'on sait sur son fonctionnement physioloj^ique.

D'après les vues assez originales du D' Luys (1), les nerfs sensibles venus de tous les organes périi)hériques aboutiraient, sans se confondre, à ce point central que nous avons appelé les couches optiques, et de là s'irradieraient vers tous les points de l'écorce grise, pour y apporter les sensations et les emmagasiner. D'autre part, les nerfs moteurs reviendraient de tous les points de l'écorce grise vers l'autre noyau central, le corps strié, pour apporter les incitations volontaires et les distribuer à tous les membres du corps.

Les premiers ressembleraient à des rayons allant du centre à la circonférence ; les seconds au contraire à des rayons convergeant de la circonférence vers le centre. Les couches optiques seraient la porte d'entrée des sensations ; le corps strié serait comme une porte de sortie pour les mouvements volontaires.

Remarquons à ce propos qu'après leur sortie les fibres s'entrecroisent. L'hémisphère droitcommande les mouvements de la partie gauche du corps et réciproquement. Voilà pourquoi, dans les cas pathologiques tels que les épanchements cérébraux, le côté malade du cerveau est ordinairement opposé au côté du corps paralysé. Cependant il n'en est pas toujours ainsi. On a même constaté qu'un seul hémisphère pouvait suffire à mouvoir les deux côtés du corps ; ce qui tend à

1)Les hypothèses hasardéesdii D^Liiyssurla localisation dechaquesens dans diverses parties des couches optiques sont abandonnées, mais l'idée générale demeure. La plupart des physiologistes reconnaissent aujourd'hui que les couches optiques sont l'aboutissant de la plupart des fibres sensitives. Quelques-uns cependant (Wundt, Meynert) ont voulu en faire ua organe de mouvement.

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