‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 23 sur 84 · PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME

prouver que l'entrecroisement des fibres n'est que pai tiel (1).

Le cerveau est bien l'organe des mouvements volontaires, comme il est le siège des facultés supérieures de la sensibilité. Et cependant — remarque assez étrange dont nous chercherons plus tard l'explication, — cet organe de la sensibilité est par lui-même tout à fait insensible. On peut blesser l'écorce cérébrale, la déchirer, la cautériser, l'extirper même sans provoquer lamoindre douleur (2). Ce fait reconnu dès la plus haute antiquité avait induit en erreur Aristote(3) et la plupart des naturalistes grecs, qui hésitaient à considérer le cerveau comme le véritable organe de la sensibilité.

Bon nombre de phvsiologistes modernes doivent se esmi reprocher d avoir supposé, par un excès contraire, que sabie l'organe cérébral étaitabsolument indispensable à tou- sensaiiou? tes les manifestations de la vie sensible. C'était encore là un reste de la vieille hypothèse cartésienne ; mais on ne peut plus soutenir aujourd'hui quetoute vie sensible périrait avec le cerveau. Loin de là : après avoir enlevé à un animal ses hémisphères cérébraux, il paraît encore voir, entendre, sentir... mais il ne sait plus interpréter ses sensations ; il a perdu la mémoire, l'i-

(1) Voy. Béclard, Traité de physiologie, I, 571.

(2) « L'écorce cérébrale, c'est-à-dire la substance grisedcscirconvolutions, est inexcitable par les agents mécaniques et les agents chimiques. J'ajoute qu'elleest également inexcitable par l'électricitéde même que la substance grise des autres parties du système nerveux ». (Béclard, Physiologie, 11, p. 580). — Le même auteur fait remarquer (p. 580-585) que ce principe universellement admis n'est nullement atteint parles récentes expériences. Les courants électriques excitent l'organe cérébral parce qu'ils diffusent dans la substance blanche. La substance grise demeure inexcitable directement.

(H) a II n'est pas moins évident que, quand on le touche (le cerveau), il ne sent rien » — De partibus, 1. H, c. 7, § 3, — c. 10, § 5. — Hist. des animaux, 1. HI, c. 14, § 2, etc.). Cependant Aristote semble rapporter les sensations au cerveau dans plusieurs autres passages : Hist. des animaux, I. IV, c. 8, § 7. — De partibus, 1. IV, c. 10, § à, etc.

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inagination, et par conséquent l'initiative, la spontanéité, les instincts spécifiques, en un mot toutes les facultés supérieures de la sensibilité. Ces phénomènes si remarquables, que des préjugés d'école ont vainement essayé de révoquer en doute, s'imposent désormais comme des faits incontestables. Leurimportance philosophique est trop considérable pour qu'il ne paraisse pas utile d'en donnerici quelquesexemples, sauf à y revenir plus longuement lorsqu'il s'agira d'en préciser la théorie.

Voici le résultat des expériences inaugurées par MM. Longet, Cl. Bernard, Milne-Edvv^ards, Flourens, Vulpian, etc. et qui sont désormais classiques. Ils ont expérimenté non seulement sur des grenouilles, despigeons, et divers oiseaux, mais encore sur de jeunes mammifères ; dans ces différents cas les phénomènes observés paraissent parfaitement concordants.

L'animal auquel on vient d'extirper le cerveau entre dans une sorte de sommeil et d'immobilité, mais il conserve l'attitude normale. Le pigeon demeure gravement fixé sur son perchoir; il se redresse si on le renverse et se remet d'aplomb. Si Ponmetla grenouille sur le dos, elle se retourne ; si on l'incline sur une planchette, elle manifeste par ses mouvements qu'elle a conservéle sens de l'équilibre. L'oiseau conserve aussi la sensation de la fatigue : s'il est resté perché longtemps sur un pied, il éprouve le besoin de changer de position.

L'état soporeux où ces animaux paraissent plongés cesse dès qu'on les provoque ou qu'on les irrite. Ils ouvrent les yeux, s'agitent vivement et poussent des cris plaintifs. Il suffit de passer légèrement le doigt sur la peau du dos de la grenouille, entre les épaules, pour provoquer un cri qui se répète chaque fois qu'on réitère la sensation.

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