PREMTÈBE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'AME
L'oiseau se met à voler lorsqu'on le provoque ou qu'on le jette en l'air. Si on pince la grenouille au pourtour de l'anus, elle saute vivement et fuit la cause irritante. Placéedans l'eau, ce batracien exécute les mouvements habituels de natation, il évite avec agilité les obstacles placés sur son parcours, et donne par là une preuve manifeste qu'elle les a vus ou sentis.
A l'apparition brusque d'une lumière, l'iris se contracte et l'animal suit des yeux le va-et-vient du flambeau. Or ces phénomènes n'ont jamais lieu chez un aveugle dont la rétine serait complètement insensible à la lumière (1).
Certains bruits provoquent des soubresauts et des mouvements de surprise. Des grimaces répondent au contact sur la langue de liqueurs fort désagréables. Enfin c'est par de véritables mouvements de conservation et de défense qu'ils résistent lorsqu'on les menace ou qu'on les attaque violemment.
<< Les sensations paraissent donc conservées comme les mouvements (2)» — conclurons-nous avec le D"^ Beaunis et les physiologistes contemporains — seules les facultés supérieures, qui provoquent les manifestations spontanées et capricieuses de la vie de relation ou qui les dirigent, semblent paralysées ou anéanties. Ainsi l'animal ne reconnaît plus son maître, il ne sait plus se conduire lui-même, il ne cherche plus sa nourriture ; si on la lui apporte, il ne sait plus la prendre, il faut la lui ingurgiter. C'est par ce procédé que des pigeons ont été conservés vivants pendant cinq mois après l'opération. Claude Bernard a même observé, au bout de ce temps, une sorte de régénération de For-
(\) Cf. Paul Bert, Anatomie et physiologie animales, p. 265.
(2) Beaunis, Nouveaux éléments de physiologie, p. 10l'2. Cf. Béilard, Physiologie, I, 570-572. — Milne-Edward, Longet, Vulpian,Gl. Bernard, Luys, etc.
ÉTUDKS PIIILOSOIMIIQUES
{^^ane extirpé (analogue à celles des pattes d'écrevisses qui repoussent lorsqu'on les a amputées), et par suite le retour graduel des fonctions disparues.
De ces faits, désormais acquis à la science et sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir, il résulte, à première vue, que le cerveau n'est pas le seul organe de la sensation et qu'il n'est pas môme indispensable pour une vie sensible rudimentaire. Les hémisphères cérébraux ne sont qu'un appareil de centralisation et de perfectionnement pour les sensations, et nullement leur organe essentiel.
C'est là une vérité capitale (qu'aucune théorie philosophique n'a le droit d'ignorer, encore moins de contredire; elle va se trouver confirmée par les données générales de l'anatomie comparée. Un coup d'œil d'ensemble jeté rapidement sur l'échelle des êtres sensibles va sufïire à notre but.
Systèmes
Derveni compares.
Bien loin d'être identique chez tous les animaux, le système nerveux se modifie en se simplifiantpeuàpeu, à mesure que l'on descend vers les degrés inférieurs, jusqu'à ce point que le microscope ne suffit plus à en découvrir les traces chez les êtres les plus infimes. Nous avons déjà fait une remarque analogue en étudiant les organes de la vie nutritive dans la série des êtres (1). Nous avons vu des animaux et des plantes mono-cellulaires , complètement amorphes , opérer sans organes distincts les fonctions si diff"érentes de la digestion, de l'absorption, de l'assimilation, de la circulation, de la respiration et même delà reproduction. Nous allons voir maintenant que. sans organes nouveaux, ces mêmes êtres peuvent sentir et se mouvoir.
(1) Voy. noire Étude sur la Vie, ch. I.