PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET LAME
L'amibe que nous avons déjà citée, comme un exemple des plus caractéristiques, présente des phénomènes très nets de sensibilité et de locomotion. Cette petite masse gélatineuse, comparable à une gouttelette d'huile microscopique, tantôt rampe avec activité comme un vers, tantôt se meut en allongeant en tous sens ses pseudopodes improvisés pour la marche. Que si vous les blessez, elle les retire aussitôt, comme un limaçon rentre ses cornes et fait boule, quand on le touche.
Or l'amibe n'a aucun système nerveux visible à nos plus forts microscopes. On en découvre les premières traces rudimentaireschezcertainszoophites delà classe des cœlentérés. On y voit quelques cordons nerveux et de petites taches pigmenlaires que l'on pourrait peut-être prendre pour les organes de la vision.
Chez les échinodermes, le système nerveux central apparaît avec la forme d'un anneau qui entoure la bouche, etduquelrayonnent cinq branches nerveuses principales. D'après certaines descriptions, on y trouverait déjà des organes oculiformes et des vésicules auxquelles on attribue des fonctions auditives. (Voy. Planche anat., fig. II.)
Chez les mollusques, on rencontre divers ganglions distribués dans les différentes parties du corps, sans ordre apparent, mais qui se rattachent, autour du tube digestif, à un collier nerveux central œsophagien. De ces ganglions partent des nerfs qui se distribuent dans tout le corps et particulièrement dans les organes de la vue, de l'ouïe, de l'odorat qui se dessinent assez nettement.
ChezlesanneZ^setlesar^^oj)oc?^s,lesganglionssonf disposés sur un autre plan. Ils s'unissent par paires ou s'enchaînent en forme de chapelet ou de chaîne médiane qui aboutit au collier central œsophagien.
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A mesun- que l'organisme se perfectionne chez les insectes, ces ganglions tendent à se souder et à se réunir en avant dans une seule niasse d'où partent dans toutes les directions des filets nerveux.
Enfin l'axe cérébro-spinal apparaît chez les vertébrés et les organes des sens externes se compliquent et se perfectionnent.
L'encéphale des poissons encore rudimentaire n'offre qu'une analogie assez éloignée avec celui des mammifères. Certaines espèces, telles que l'amphioxus, en sont même complètement dépourvues. Le cerveau des batraciens et des reptiles semble intermédiaire entre celui des poissons et des oiseaux. Ceux-ci ont rencéphale peu développé ; leurs hémisphères n'ont ni circonvolutions cérébrales ni corps calleux. En revanche les lobes optiques et le cervelet paraissent plus développés que chez les mammifères.
Le cerveau de ces derniers se rapproche beaucoup du type humain que nous avons décrit. La différence extérieure ne consiste guère que dans le nombre et la richesse des circonvolutions dont les espèces inférieures sont plus ou moins dépourvues. Les marsupiaux ont le cerveau tout à fait lisse, les insectivores et les rongeurs, presque lisse, tandis que les carnassiers et les quadrumanes ontles circonvolutions bien développées. A cet égard, certains singes seraient les égaux de l'homme ; il nous faudra donc chercher la raison de l'immense supériorité de celui-ci ailleurs que dans son organisation matérielle.
Après cette comparaison très sommaire des appareils du système nerveux dans toute l'échelle des êtres sensibles, il ne sera pas inutile d'ajouter quelques mots sur les conditions biologiques nécessaires à leur bon fonctionnement.
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Tout organe a besoin de nourriture et de certaines conditions conditions matérielles pour qu'il puisse vivre, c'est-à- logi.iuei. dire se faire et se refaire sans cesse, comme nous l'avons longuement expliqué en parlant de la vie, et du tourbillon vital (1).
L'oxygène étant un des principaux éléments nutritifs, il n'y a pas de vie possible sans lui, surtout chez les animaux à sang chaud. Or c'est la circulation normale du sang dans l'intérieur des tissus qui l'y apporte, provoque les combustions vitales, et entraîne, pour les éliminer, les résidus de toutes ces combustions. Le cerveau ne saurait échapper à cette condition biologique commune à tous les organes vivants.
Quand le sang ne circule plus dans le muscle, sacon- Losans tractilité s'éteint. De même, quand il ne circule plus dans le cerveau et tout l'appareil «érébro-spinal, les facultés motrices et sensibles sont aussitôt suspendues ; et indirectement les facultés rationnelles voient leur exercice empêché.
La syncope en est un exemple frappant : le cœnr s'arrête et aussitôt l'individu tombe privé de connaissance et de l'usage de tous ses sens. Mais le principe de vie ne disparaît pas pour cela : il attend, il lutte parfois avec une énergie surprenante contre ces désordres passagers ; et quand le cours normal de Firrigation sanguine est rétabli, il reprend peu à peu les fonctions qu'il n'avait nullement abdiquées.
Il est facile de reproduire artificiellement des phénomènes analogues. Après avoir lié Taorte d'un lapin, d'un chienoud'un cochon d'inde,etaboli quelques instants le mouvement et la sensibilité dans le train postérieur de l'animal, on enlève la ligature, et l'on voit se ranimer progressivement, avec le retour de la circu-
(1) Voy. Notre étude sur la Vie et VÉvohition clos espèces, ch. I,
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lation dans l'axe cérébro-spinal, la sensibilité et le mouvement disparus.
On peut aussi provoquer une saignée abondante, et lorsque Panimal anéanti va succomber des suites de riiéraorrliagie, oninjectedans ses veines un sangétranger, qui ranime la vie sensible prête à s'éteindre.
C'est en vertu du même principe que les chirurgiens qui veulent insensibiliser un membre pour y pratiquer une opération sans provoquer d'hémorrhagie, entourent ce membre d'une forte ligature en caoutchouc qui a pour eiïetdirect d'interrompre la circulation. La su})pression de la ligature est suivie du retour graduel de la sensibilité et du mouvement. Anémie. SI Vcinémic ou privation de sang paralyse la sensiemi" bilité, Vhyperémie ou surabondance de sang arrive au même résultat par une voie tout opposée. La congestion cérébrale, en effet, empêche la circulation du sang qui demeure stagnant, au lieu d'arroser les tissus : elle aboutit donc comme l'anémie à les priver d'oxygène. Une saignée sullit d'ordinaire à faire disparaître l'état congestif, ainsi que l'étourdissement ou le coma qui l'accompagne, et à ramener la luciditédesfacultésavec le réveil de la conscience. Ces phénomènes d'anémie ou d'hyperémie peuvent être suivis à l'œil nu sur le cerveau des chiens auxquels on a remplacé une partie de la boite osseuse du crâne par un verre de montre. Au travers de cette fenêtre artificielle on peut voir la circulation du sang dans les- vaisseaux vasculaires du cerveau s'activer pendant le travail, diminuer pendant le repos et le sommeil, s'exagérer pendant l'ivresse du chloroforme.
De ces diverses observations il résulte clairement que les opérations sensibles et motrices sont liées nécessairement au travail nutritif ou bio-chimique des organes ; en d'autres termes que la vie nutritive est la