PREMIÈRE PARTIE. — LE CERVEAU ET L'aME 4'J
condition sine quà non^ et même le suhstratum de la vie sensible : celle-ci dépense ce que l'autre accumule. La substance nerveuse semble avoir besoin en efifet te
somm-il
d'accumuler, par ces actes nutritifs, 1 énergie potentielle qu'elle doit dépenser ensuite. Mais cette provision d'énergie est limitée ; aussi, après des actes trop répétés ou trop intenses, le système nerveux épuisé tombe dans un état de prostration ou de reconstitution nutritive ; et ce n'est qu'au bout d'un certain temps de sommeil et de repos que les actes nutritifs lui ont rendu sa première activité. Delà l'axiome bien connu: « Le sommeil est au cerveau ce que le repos est au muscle ».
Voici en quel beau langage Claude Bernard a exprimé ces vérités :
« La génération des tissus et des organes s'opère silencieusement à l'intérieur, hors de nos regards; au contraire les phénomènes de destruction ou de mort vitale sautent aux yeux : aussi est-ce par eux que nous sommes amenés à caractériser la vie. Et cependant quand le mouvement se produit et qu'un muscle se contracte, quand la volonté et la sensibilité se manifestent, quand la pensée s'exerce, quand la glande sécrète, alors la substance des muscles, des nerfs, du cerveau, du tissu glanduleux, se désorganise, se détruit et se consume ; ce sont bien des phénomènes de destruction et de mort (1) Toute manifestation d'un
phénomène dans l'être vivant est nécessairement liée à une destruction organique. » Et il conclut par l'aphorisme célèbre : « La vie c'est la mort ! » (2).
Une autre condition indispensable à l'organe céré- ^^a
J- " • chaleur.
bro-spinal, comme à tout autre organe vivant, c'est la
(1) Cl. Bernard, Phénomènes de la vie, I, p. 40.
(2) Cl. Bernard, La science espérimenlale p. 188.
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chaleur. L'oxygène et la clialéur sont étroitement liés. C'est l'oxydiilion lente des tissus qui est la source première de toute chaleur vitale, et c'est un certain degré de température qui détermine et provoque cette combustion.
Le froid engourdit les organes et paralyse la circulation du sang. On sait que chez les nianiraifères en état d'hibernation, la respiration est diminuée, la digestion arrêtée, les mouvements suspendus et toutes les facultés sensibles plongées dans une léthargie profonde.
Demême, l'homme soumis à l'action du froid éprouve une tendance invincible au sommeil qui n'est que le prélude d'un engourdissement mortel. Voilà pourquoi, lorsqu'ils veulent insensibiliser un membre, les chirurgiens le plongent parfois dans de la glace, ou le refroidissent en i)roj étant sur lui un jet d'éther pulvérisé. La diminution progressive et même la cessation de toute sensibilité et de toute puissance excito-motvice est une conséquence bien connue de ce procédé. Nous avons vu ailleurs que la congélation de certains poissons et batraciens pouvait aller jusqu'à les plonger dans un état de mort apparente ou de vie latente qui disparaissait progressivement avec le retour delà chaleur normale.
La chaleur, qui est un excitant physiologique, produit aussi, lorsqu'elle s'exagère, le trouble et finalement la paralysie de la vie nutritive et de la vie sensible de l'organisme ; mais le procédé paraît être un peu différent. Quand la température d'un animal s'élève d'une manière excessive, de 4 ou 5 degrés audessus de la normale, elle détruit la richesse du sang, en transformant rapidement l'oxygène en acide carbonique ; mais elle attaque surtout, comme une sorte d'agent toxique, un des éléments essentiels de récono-
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mie, l'élément musculaire (1). Elle produit la coagulation de la substance intérieure delà fibre musculaire, détruit par conséquent ses propriétés contractiles, et provoque ainsi, par rigidité, l'arrêtducœur, l'arrèl de la mécanique respiratoire, et des autres mouvements nécessaires à la vie. Son action sur les muscles peut être foudroyante.
La chaleur a aussi une influence directe sur les éléments nerveux, et il est très probable qu'elle peut exercer sur eux une action toxique analogue à celle qu'elle produit sur les muscles. Avant queceux-ci n'aient été frappés de rigidité, on voit les animaux placés dans une étuve surcbaulîee, en proie à une grandeagitation, à des convulsions, à des souffrances aiguës ; et finalement ils tombent en poussant un grand cri et expirent.
Nous savons aussi par le témoignage des médecins, ou bien des voyageurs qui traversent les régions torrides de l'Afrique et de l'Asie, que les insolations sont accompagnées de troubles des facultés sensibles, de pertes de la mémoire, d'hallucinations et de délire.
Notre propre expérience suffirait d'ailleurs à nous apprendre que lorsque, par quelque cause physique ou morale, nous avons «la tête en feu», suivant l'expression pittoresque du langage populaire, nous sommes devenus impuissants à tout travail de tête.
La chaleur et le froid excessifs ne sont pas les seuls Le»
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agents nuisibles aux organes nerveux et cérébraux. Il Jq est des poisons proprement dits, dont l'activité vraiment étonnante mérite bien que nous ne les passions pas sous silence.
(1) L'anéantissement des propriétés du muscle se produit entre 35" et 'âo° pour les animaux à sang froid ; 43°-45<' pour les mammifères ; iS'-lAj* pour les oiseaux.
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(la cerveau.