‹ Études philosophiques (volume 4)Chapitre 29 sur 84 · ETUDKS IMIII.OS0PniOLI · texte numérisé non relu

ETUDKS IMIII.OS0PniOLI

la main, je sens clairement qu»' la sensation cutanëeesl é^'ale à l'objet étendu, qu'elle en est comme le mouh; et l'empreinte adéquate? Nous sentons alors que IVtendue appartient non seulement à l'objet senti, mais encore à nous-mêmes qui sentons. Eb I comment un sujet qui Jie serait pas étendu jjourrait-il recevoir l'impression d'un objet étendu? (Jue s'il ne peut pas en recevoir l'impression, comment pourrait-il le sentir ? C'est le même sujet qui reçoit l'impression et qui la sent. Dire que l'impression estdans un sujet (lecorps), et que la sensation est dans un autre sujet (l'âme), c'est abuser des mots, car il est impossible de se mcitre à deux ^ouv sentir , pour penser, ou pour parler (1).

Aussi lorsque nousentendonsdes maîtreséminents, comme M. Janet, affirmer que «l'étendue ne peut être que dans l'objet senti et non dans le sujet sentant (2)», nous nous demandons avec anxiété si la sensation ne devient pas impossible. Si vous faites reculer l'étendue jusque dans l'objet, vous interdisez tout accès de l'objet vers le sujet; dès lors plus d'action de l'objet sur le s ujet, et partant plus de connaissance sensible, car la perception des sens n'a lieu que lorsque l'action de Fobjet est reçue dans le sujet : «cognitio fit secundum quod cognitum est in cognoscente (3) ».

D'ailleurs revenons au témoiiïna£:e de la conscience.

(1) On connaît la plaisanterie fameuse île ces trois ami s voyageant à l'étranger. Aucun deux n'était assez fort pour parler la langue du pays, mais lun pensait le mot, l'autre le prononçait et le troisième y ajoutait l'accent !

(2) Janet, Le cerveau et la pensée, p. 172.

(3) De celte ressemblance forcée entre l'action et la passion, entre l'objet qui agit et le siijel qui sent (ressemblance accidentelle qui n'empêche pas la diversité des substances), Aristolo concluait : « Id quod sentit débet esse aliqua magnitudo ; non tamen ad senliendum idoiieum esse, nefjue sensus est magnitudo, sed est qunedam proportio atque facultas illius (magnitudinis) ». Ce n'est pasl'étenduequipar elle-même est sensible, mais c'est en elle que se trouve la puissance de sentir. — (Aristote, De anima, i. II, c. 12. i 2).

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Il est clair (jue le toucher actuel de telle pièce de monnaie est une sensation nettement localisée et étendue : c'est un fait d'expérience incontestable.

La forme extensive est aussi inhérente aux autres perceptions des sens externes. La sensation visuelle a aussi des parties pincées à côté les unes des autres, qui se distribuent dans l'espace. 11 y a longueur, largeur et même profondeur, une droite et une gauche, un haut, un bas et un milieu. Qu'esH;-ce que la couleur, le son, le goût, sinon une étendue lumineuse, une étendue sonnante, une étendue sapide ? Les représentations de l'imagination ont aussi une forme extensive, quoique plus indécise et vaporeuse, qui suppose encore un sujet étendu, à moins de croire que forme extensive veuille dire inétendue.

Si des sensations représentatives nous passons à celles qui ont un caractère atïectif, la démonstration de notre thèse devient encore plus facile. L'analyse la plus élémentaire de ces phénomènes nous montre que non seulement nous sentons l'étendue d'une manière étendue, mais encore que le sujet sentant se sent lui-même formellement étendu, c'est à-dire avec des parties multiples juxtaposées dans l'espace.

Lorsque nous éprouvons quelque douleur, un violent mal à la tête ou aux dents, ou bien quelque chatouillement agréable de répiderme, du nerf olfactif, etc., nous sentons clairement que ces diverses parties de nos organes sont elles-mêmes alî'ectées de plaisir ou de douleur. Aussi portons-nous instinctivement la main à l'organe qui soulfre comme pour le secourir et le soulager. *

Répondre, avec certains philosophes, qu'il n'y a là qu'un simple jugement d'induction, par lequel nous attribuons à telle partie de notre corps la causalité du plaisir ou de la douleur qu'éprouverait notre âme

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seule, n*est pas une solution suffisante. îl ne suffit nulleinenl de connaître une cause pour en induire qu'elle doit être alfectée par son effet. Je vois cette aiguille qui vient de blesser ma main, et l'idée ne me vient point quelle éprouve la douleur qu'elle m'a causée. Or tel est ici notre cas : non seulement nous percevons que c'est tel organe lésé, telle dent cariée qui cause notre douleur, mais nous constatons avec une évidence non moins grande que cet organe lui-même est atfecté de cette douleur. Ce sont les nerfs qui sentent : c'est un fait évident. Les sj^stèmes des philosophes ont beau dire qu'il en doit être autrement ; de fait, cela est ainsi : tant pis pour les systèmes !

Sans doute, il serait exagéré de dire que la sensation d'une douleur nous révèle toujours la figure exacte et la position précise de l'organe qui soutfre. Celte figure et cette place sont ordinairement connues par une perception concomitante des autres sens, surtout de la vue et du toucher, ou bien par une association d'images dues à la mémoire. Ainsi l'amputé imaginera facilement que les nerfs dont il soutfre ont la figure du membre amputé. Une habitude nouvelle pourra seule corriger cette imagination désormais sans objet; mais la douleur de l'amputé n'en est pas moins localisée dans une étendue corporelle. Cette localisation peut être plus ou moins vague, plus ou moins exacte — surtout avant les données de l'expérience et l'éducation des sens, — mais elle est naturelle et nécessaire, et nous ne pourrions concevoir une soufl'rance corporelle qui ne serait dans aucune partie du corps.

Tant il est vrai que la sensation affective, comme la sensation représentative, est essentiellement extensivo. Elle nous est donnée dans un organe, elle se distribue dans l'espace ; la sensation sans un mode

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